MAROC
15/04/2019 14h:21 CET

Détenus du Hirak: Leurs familles refusent leur transfert et appellent à une marche à Rabat

“Ce transfert vise à briser l’union qu’ils ont tissée entre eux et affaiblir son impact”.

Getty Editorial

MARCHE - Quelques jours après le transfert des détenus du Hirak répartis dnas différentes prisons à Fès, Tétouan, Tanger, Nador et Al Hoceima, leurs familles se mobilisent. Réunies au sein de leur association “Thafra lil Wafae wa Attadamoun” (“La paix pour la loyauté et la solidarité”) que préside Ahmed Zefzafi, le père de Nasser Zefzafi (transféré dans la prison locale de Ras El Ma à Fès), elles expriment leur colère et annoncent un grand rassemblement dimanche prochain, 21 avril, à Rabat. Objectif: organiser une marche pour revendiquer la libération des détenus du Hirak et de tous les détenus politiques, précisent-elles dans un communiqué publié sur la page Facebook de Mohamed Ahamjik, le frère de Nabil Ahamjik, lui aussi transféré à Fès. 

Appel qui suscite des échos au sein de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Cette dernière a publié un communiqué, hier, pour montrer son soutien à cette démarche assurant qu’elle y participera à travers son bureau central et ses sections locales. L’association invite aussi “les forces vives contre la répression et la détention politique, ainsi que les citoyens à participer en chœur à cette marche”. 

“Nous avons tenu à rejoindre cette initiative parce que, pour nous, il ne devait pas y avoir de détention à l’encontre de manifestants qui ne faisaient que revendiquer leurs droits les plus légitimes que ce soit à Al Hoceima, à Jerada ou ailleurs”, déclare au HuffPost Maroc le président de l’AMDH, Ahmed El Haij. Pour ce dernier, rallier cette marche, c’est dénoncer “l’approche sécuritaire” et “la violente répression à l’encontre de ces manifestants”. “Les chefs d’inculpation, dont ils ont fait l’objet, notamment celui l’atteinte à la sécurité de l’Etat, n’ont pas de fondements avec la réalité des choses”, estime El Haij. Et de souligner que des “Facebookers et des journalistes” ont également fait l’objet de procès suite aux manifestations. “Les détentions et les condamnations ne sont que des punitions visant à faire peur aux autres”, soutient le militant, réitérant sa conviction que “les manifestants ne menaçaient pas la stabilité de l’Etat et ne pouvaient donc être jugés à des peines aussi lourdes”. 

Quant au transfert, ni l’AMDH, ni les familles ne l’acceptent. Si la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) justifiait le transfert des détenus du Hirak par la volonté de les rapprocher de leurs familles, celles-ci pensent plutôt le contraire. “Ils ont été répartis et mis avec des détenus de droit commun qui ont des antécédents judiciaires”, dénoncent-elles, appelant à ce que leurs fils soient réunis dans une seule et même prison, celle civile d’Al Hoceima ou locale de Selouane à Nador, afin de leur faciliter la tâche à toutes de leur rendre visite.

“Ce transfert vise à briser l’union qu’ils ont tissée entre eux et affaiblir son impact”, pense, de son côté, le président de l’AMDH. La défense de ces détenus, elle, s’insurge contre “l’illégalité de la procédure”. Le coordinateur de la défense des détenus du Hirak, l’avocat Mohamed Aghnaj, a estimé que “dans le cadre du procès équitable et du droit d’accès à la justice, la direction de la prison ne doit pas procéder au transfert d’un détenu provisoire au cours de la durée de l’interjection judiciaire d’autant que le concerné n’en a pas encore profité”. C’est au pourvoi en cassation que fait allusion l’avocat. Après le verdict en appel prononcé tard dans la nuit du 5 avril, les détenus disposent de 10 jours pour faire leur choix. Si la tendance générale n’était pas de se pourvoir en cassation, il semblerait, d’après Me Abdelkarim El Moussaoui, membre également de la défense de ces détenus, que ces derniers aient changé d’avis. “Il y aura un pourvoi en cassation”, nous déclare-t-il, ce lundi.  

Sur sa page Facebook, Me Aghnaj tire à boulets rouges sur cette décision de transfert, accusant la direction de la prison de Oukacha d’avoir failli aux droits élémentaires des détenus, notamment, cite-t-il, de “consulter leurs avocats”, “de bénéficier d’un encadrement médical pour les grévistes de la faim” et d’“empiéter sur ses intérêts et son avis personnel”. “Sans cela, cette mesure (transfert) peut-être considérée comme une sanction masquée”, conclut-il. 

Par le biais de leur marche, les familles veulent se faire entendre, appeler à ce que leurs fils soient traités “humainement” et que le compromis entre la DGAPR et le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) soit maintenu après le transfert. Grâce à ce compromis, les familles avaient à leur disposition un autocar qui les conduisait à Oukacha chaque mercredi, jour de la visite, et pouvaient également parler plus longtemps au téléphone à leurs fils détenus en prison. 

“Pour sauver la vie de nos détenus en grève de la faim, pour les libérer de prison (...) Nous appelons les militants des droits de l’homme, les forces politiques à se joindre à cette marche en soutien aux détenus du Hirak”, clament les familles dans leur communiqué. 

Pour rappel, des peines allant de 20 ans de prison ferme à un an de prison avec sursis avaient été prononcées, le 26 juin 2018, puis confirmés en appel le 5 avril. Nasser Zefzafi, Nabil Ahamjik, Ouassim Boustati et Samir Ighid purgent une peine de 20 ans de prison ferme. Trois autres accusés sont, eux, condamnés à une peine de 15 ans de prison ferme et six à 10 ans de prison ferme. 14 autres détenus sont condamnés, pour 7 d’entre eux, à 5 ans de prison ferme et pour les 7 autres à 3 ans de prison ferme. 12 des détenus ont, par ailleurs, écopé de 2 ans de prison ferme et un seul accusé à un an de prison avec sursis.

Le journaliste Hamid El Mahdaoui, lui aussi, jugé dans le même procès, a vu sa condamnation en première instance confirmée: trois ans de prison ferme pour ne pas avoir alerté la police “des appels d’un inconnu lui proposant des armes”.