TUNISIE
17/04/2018 12h:44 CET

Des tunnels entre la Tunisie et la Libye ? C'est ce qu'affirme le Syndicat de la sécurité républicaine

Un ancien conseiller à la présidence de la République serait impliqué dans l’affaire.

Chris McGrath via Getty Images
Photo illustrative - Tunnel utilisé par Daesh à Mossoul en Irak.

Les agents de la garde nationale ont découvert un tunnel de 70 km de long reliant la Tunisie à la Libye pour permettre l’infiltration d’éléments terroristes de Daesh, faciliter le départ de Tunisiens aux zones de conflit et peut être leur permettre de l’emprunter au retour en Tunisie, a indiqué le secrétaire général du syndicat de la sécurité républicaine Mohamed Rezgui.

Les affirmations de Rezgui sont pour le moins troublantes de par la quantité de détails qu’elles contiennent.

400 espions entrés à l’époque de la Troïka

Lors de son audition lundi au Bardo par la commission parlementaire d’enquête sur les filières terroristes, Rezgui a révélé l’existence d’autres tunnels reliant la Tunisie à la Libye et à l’Algérie et a fait état de l’entrée de 400 espions en Tunisie, notamment lors du mandat de la Troïka (2012-2014) ainsi que des prédicateurs, dont 9 interdits de séjour en Tunisie depuis l’ère bourguibienne.

Il a affirmé que “tous les documents détenus par le ministère de l’intérieur faisant état de l’entrée d’étrangers en Tunisie, notamment de personnes interdites d’entrée, ont été détruits en 2012”.

A propos de la vidéo projetée lors de son audition, il a précisé que le dossier des filières “est très ambigu” et affirmé que certains cadres de la sécurité au ministère de l’intérieur sont “impliqués dans la sécurité parallèle” qui a facilité l’enrôlement des jeunes pour aller combattre dans les zones de conflit.

“Le congrès des amis de la Syrie tenu en 2012 et les appels au soutien des Palestiniens ont permis à 400 espions de s’infiltrer en Tunisie, par le biais des lycées et des facultés avant la vague lancée ensuite pour l’enrôlement des étudiants”, a-t-il estimé.

Implication de l’association “Amal”

Rezgui a fait état de l’implication de spécialistes de la sécurité de l’aéroport de Carthage dans la constitution d’un noyau d’entraînement de terroristes au maniement des armes à La Manouba, Ennahli et aux monts de Sejnane.

Il a accusé l’association -dissoute depuis- de bienfaisance Amal, opérant à Raoued et fondée par l’ex-chef de l’unité de sécurité de l’aéroport de Carthage Abdelkarim Laabidi, d’avoir aidé à l’envoi de 500 tunisiens dans les foyers de tension.

Au sujet de la falsification des passeports, le responsable syndical a fait état du vol d’une copie du système d’impression des passeports et de l’état civil pour faire délivrer de faux passeports, accusant des “responsables sécuritaires” dans ce dossier.

Il a indiqué que toutes les commissions d’enquête dans ces affaires ont été délibérément sabotées.

De son côté, le secrétaire général adjoint du syndicat, Houcine Saidi, a indiqué que les renseignements révélés à la commission parlementaire sont puisés dans les rapports du ministère de l’intérieur rédigés à la lumière des aveux des terroristes arrêtés qui confirment un plan de diffusion de la pensée radicale, de création d’un climat propice au changement de l’Etat pour aboutir à l’instauration du Califat, par le bais de la sécurité parallèle, des activités des prédicateurs et des espions.

Le but : Faire échouer la transition démocratique

“Ce plan a commencé avec le démantèlement de la structure de la sécurité de l’Etat, la retraite anticipée des cadres du ministère de l’intérieur, la réintégration des cadres démis, la nomination de responsables sécuritaires selon les allégeances et les entraînements suspects à Sejnane, Mannouba et Kairouan pour saboter la sécurité dans le pays”, a-t-il estimé.

Saidi a fait état d’un “premier noyau terroriste crée à Djerba par le prédicateur Mohamed Essouri, mort à Qatar, et l’entrée d’espions venus de plusieurs pays, tels que le Qatar, la Turquie, les Emirats, Israël et la France, et ce dans le but de faire échouer la révolution et la transition démocratique, empêcher l’esprit révolutionnaire de gagner d’autres pays arabes et tenter de créer le chaos dans le pays en lançant l’opération de Rouhia dont a été victime le colonel Ayari”.

Rezgui a par ailleurs déclaré que 33 entraîneurs du mouvement Hamas se seraient également introduits en Tunisie de façon clandestine, et auraient assuré des formations à des Tunisiens.

Ces entraînements auraient alors été découverts par un policier en 2012 qui aurait été tué, pour le faire taire.

Un ancien conseiller à la présidence impliqué

Cité par Mosaique FM, celui-ci a affirmé que le syndicat a déposé plainte contre ceux qui ont permis aux prédicateurs et entraîneurs d’entrer en Tunisie.

Toujours selon Mosaique FM citant Rezgui, 70 prédicateurs seraient entrés en Tunisie il y a des années. Il aurait ainsi appelé à auditionner les responsables sécuritaires qui leur ont permis l’entrée au territoire.

Rezgui a également déclaré qu’un ancien conseiller à la présidence de la République serait impliqué dans l’affaire.

Discrédit et règlement de comptes

Les membres de la commission ont souligné la gravité des données fournies par le syndicat de la sécurité républicaine et exigé de les vérifier.

Certains autres députés, notamment ceux d’Ennahdha, se sont étonnés que malgré “ce volume considérable de renseignements détenus par une structure sécuritaire, celle-ci n’a pas réagi tout au long de ces années”. Ils ont appelé à corroborer ces informations auprès du ministre de l’Intérieur.

Un autre groupe de députés a estimé que les auditions se sont transformées en un échange d’accusations et de règlement de comptes entre hommes de sécurité, loin de l’enquête sur les filières terroristes.

De son côté, le ministre de l’Intérieur, Lotfi Brahem, a selon Sehms FM, nié être au courant des affirmations de Mohamed Ali Rezgui, ajoutant que le ministère est “responsable de ses déclarations envers le peuple tunisien et la justice, et que les suppositions et les déclarations qui relèvent du fantasme ne peuvent pas faire l’objet de discussions sans documents de preuve.”

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