TUNISIE
08/11/2018 16h:34 CET

Des Tunisiens qui ont subi les tests anaux racontent leur calvaire à Human Rights Watch

HRW dénonce la persistance du recours aux tests anaux.

NurPhoto via Getty Images

Ils sont jeunes et moins jeunes. Ils sont étudiants, chômeurs, réalisateurs, ingénieurs, etc. Tous ont vécu l’abomination des tests anaux après des rapports sexuels consentis ou des viols. L’ONG Human Rights Watch (HRW) dénonce dans un rapport, publié le 8 novembre, et intitulé “Des arrestations pour ‘homosexualité’ menacent le droit à la vie privée”, la poursuite du recours aux tests anaux en Tunisie. 

Assimilée à de la torture, la pratique des tests anaux a été fustigée par plusieurs associations nationales et internationales. Cela n’a pas empêché la persistance de cette pratique, en se fiant aux différents témoignages recueillis par HRW entre 2017 et 2018. 

“Les autorités tunisiennes confisquent et parcourent les téléphones d’hommes soupçonnés d’homosexualité, les contraignant à subir des examens anaux et à avouer leur orientation sexuelle”, fait savoir l’ONG, qui évoque des cas de violation du droit à la vie privée, des mauvais traitements infligés par la police, d’extorsion d’aveux, de privation du droit d’accéder à un avocat. 

Les circonstances de la pratique des tests anaux sont diverses: viols, bagarres, délation de voisins ou délits de faciès. Les personnes ont été arrêtées en vertu de l’article 230 du code pénal criminalisant l’homosexualité ou encore l’article 226 du même code relatif à l’outrage public à la pudeur. 

HRW rapporte le cas de K.S, ingénieur âgé de 32 ans, qui est allé porter plainte pour viol collectif et s’est retrouvé sur les bancs des accusés, contraint à subir un test anal pour voir s’il est “habitué à la sodomie”. 

Une personne âgée de 17 ans a été arrêtée plusieurs fois suite à des accusations de sodomie. Le jeune homme a été contraint à un examen anal. Au test anal s’ajoute une autre pratique controversée, la thérapie de conversion que l’adolescent a dû subir pendant des mois. 

HRW rappelle que le test anal et l’arrestation des personnes à cause de leur orientation sexuelle sont contraires aux articles 21, 23 et 24 de la Constitution tunisienne relatifs à la protection de la vie privée, l’inviolabilité du domicile, l’égalité entre tous les citoyens, et l’interdiction des mauvais traitements et de la torture. 

L’ONG se base aussi sur les dispositifs du Code de procédure pénale interdisant les perquisitions à domicile et la saisie d’objets sans un mandat judiciaire et l’article 1 de la loi n° 63 sur la protection des données à caractère personnel. 

En 2017, le Comité des droits de l’homme de l’ONU, qui surveille le respect de cet instrument juridiquement contraignant, avait dénoncé la pratique des tests anaux et l’arrestation des personnes à cause de leur orientation sexuelle. 

“L’ État devrait interdire les examens médicaux intrusifs qui n’ont aucune justification médicale et ne peuvent être consentis de manière libre et éclairée par les personnes qui les subissent et qui seront, de ce fait, poursuivis en justice (...)”, avait souligné le Comité onusien. 

À l’époque, le ministre chargé des Relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations des droits de l’homme, Mehdi Ben Gharbia avait annoncé que la Tunisie s’engage à “arrêter le recours aux tests anarchiques, sans consentement et sans assise légale”. 

Ce rapport de HRW démontre que le recours au test anal persiste malgré l’engagement de l’État d’y mettre fin progressivement. 

À noter que  le 11 octobre,13 députés ont présenté un code des libertés individuelles. L’abrogation de l’article 230 du Code pénal est incluse dans ce projet de code. 

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