TUNISIE
16/07/2019 14h:51 CET

Des tensions à Ennahdha à cause de la course aux législatives?

Des rumeurs sur des démissions niées, Rached Ghannouchi potentiel candidat sur Tunis 1, remue-ménage sur les listes électorales....Que se passe-t-il à Ennahdha?

FETHI BELAID via Getty Images

L’ambiance semble tendue au sein du parti Ennahdha, et pour cause, la course aux différents postes au sein de cette structure en apparence solide, semble faire tanguer la machine. 

Rached Ghannouchi candidat aux législatives?

Contacté par le HuffPost Tunisie, une source au sein du conseil de la choura d’Ennahdha explique les dessous de ces derniers soubresauts observés à l’intérieur du parti, les qualifiants de “sains” et “démocratiques”.

Si les bases avaient élu et donc choisi leurs candidats pour les prochaines législatives avec “beaucoup de surprises”, il semble que le président du parti et son bureau exécutif aient décidé d’y apporter quelques modifications, ce qui a eu le don “d’exaspérer” certains dirigeants.

“Ce n’est un secret pour personnes, Rached Ghannouchi veut quitter la scène politique en ayant occupé un poste majeur à la tête de l’État. Il sait qu’il ne pourra pas être directement élu via les urnes au poste de président de la République, il a donc décidé de viser les législatives avec pour perspective d’obtenir la présidence de l’ARP” nous explique un membre du parti.

Cette présidence de l’ARP passe nécessairement par une élection lors des prochaines législatives. Et celle-ci passerait par sa position en tant que tête de liste sur Tunis 1, poste qui était supposé revenir à Abdelatif Mekki: ”C’est le président du parti, il ne peut pas se présenter n’importe où. Il aurait pu choisir le choix de la facilité en se présentant tête de liste dans un de nos fiefs où l’on est certain de remporter largement le scrutin, mais Tunis 1 pour ce que ça représente, lui donnerait toute la légitimité pour se présenter au poste de président de l’ARP par la suite”.

De son côté, le porte-parole du parti Imed Khemiri a affirmé, mardi, sur les ondes de Mosaïque Fm, que les listes pour les législatives sont prêtes et seront bientôt présentées. “Nous n’avons pas encore décidé qui présidera la liste sur Tunis 1 mais la participation de Ghannouchi aux législatives ou à la présidentielle est une possibilité”.

Oussema Sghaier, dirigeant du parti, a affirmé à la Radio Express FM qu’il n’était pas au courant de ces dissensions: “la décision concernant les listes de Tunis 1 et 2, de l’étranger et de quelques gouvernorats, à l’instar de Sousse, Tataouine et Kebili, sera prise aujourd’hui” a-t-il indiqué.

Cette décision, qui entraine, un “jeu de chaises musicales” a déplu à bon nombre de dirigeants qui se trouvent du coup barrés de certaines listes et par conséquent candidats dans d’autres circonscriptions à l’instar d’Abdelattif El Mekki qui se retrouverait au Kef ou Abdelahmid Jelassi qui passerait de Tunis 2 à Nabeul selon Business News. D’autres médias évoquent également la rétrogradation de Samir Dilou à Bizerte, où il céderait sa place de tête de liste à Bechir Lazzem.

“Je ne peux pas confirmer ou infirmer pour les noms que vous me citez mais plusieurs figures importantes du parti qui ont gagnés leurs places lors des élections internes se retrouvent effectivement parachutés ailleurs par le bureau exécutif comme le prévoit le règlement interne” explique ce membre du parti.

Contacté par Express Fm, Abdelattif El Mekki n’a pas souhaité commenter indiquant qu’il s’agit de la “cuisine interne du parti”.

Le trouble message de Samir Dilou 

Le député du mouvement Ennahdha a-t-il envoyé un message subliminal, dimanche pour annoncer les tensions au sein du parti? 

Dans un message publié sur sa page Facebook, il avait affirmé que “l’ambiance est tendue...je pense sérieusement à me retirer définitivement”.

Interprété par plusieurs médias comme une démission à venir, Samir Dilou a préféré rétropédaler suite à l’ampleur pris par son message.

Dans une autre publication, mardi, ce dernier nie son intention de démissionner d’Ennahdha: “Certains sites propagent une fausse information sur ma démission d’Ennahdha (...) ceci est un mensonge” a-t-il affirmé.

Selon notre source au sein du Conseil de la Choura, Samir Dilou n’aurait jamais envisagé de démissionner du parti et encore moins de son poste de député: “Je pense qu’il s’agit d’un coup de pression qu’il a tenté de faire pour resserrer les rangs après la cacophonie propagée par certaines pages sur les réseaux sociaux. C’est quelqu’un qu’on écoute et qui fait preuve de sagesse. En publiant ce message, il attire l’attention en appelant à l’unité”.

Ali Laarayedh confirme à demi-mots

Intervenant vendredi sur les ondes de la Radio Nationale, l’ancien chef du gouvernement et dirigeant du parti Ennahdha Ali Laarayedh a confirmé à demi-mots certaines tensions au sein du parti.

Il a expliqué que le bureau exécutif était en droit d’apporter les modifications qu’il voulait après les élections des militants du parti conformément aux prérogatives allouées à celui-ci.

“Il n’existe pas de différends idéologiques ou politiques à Ennahdha (...) Cependant il existe une concurrence qui n’existait pas auparavant, ce qui est naturel et normal pour un parti politique (...) pour des postes à l’intérieur du parti mais aussi pour des postes à l’intérieur de l’État” a-t-il décrit estimant que cela ne posait pas de problème.

“Quand est-ce que cela devient un problème? Quand cette concurrence devient le principal objectif et fait oublier le message qu’un membre du parti doit faire passer. Cela ne sera plus une richesse mais un appel à la division, au combat et à la haine. Nous n’en sommes pas encore arrivé là” a-t-il poursuivi.

 

La démission de Lotfi Zitoun était-t-elle annonciatrice de ce remue-ménage?

Le 08 juillet dernier, Lotfi Zitoun a annoncé sa démission de son poste de conseiller politique de Rached Ghannouchi sans donner de raisons par rapport à cette démission.

Certaines voix à l’intérieur du parti avaient alors affirmé au HuffPost Tunisie que celui-ci ne souhaitait pas entrer dans une course électorale au profit du président d’Ennahdha.

Si selon Abdellatif El Mekki “cela était attendu à cause de points de vue discordants qui ont eu lieu ces derniers temps notamment concernant la question du changement ou non de chef du gouvernement”, notre source au sein du Conseil de la Choura a une autre explication. “Aujourd’hui vous comprenez mieux pourquoi Lotfi Zitoun a démissionné. Il ne voulait pas que Rached Ghannouchi se présente à un quelconque scrutin car quelque soit le résultat de celui-ci, il pensait que le Cheikh n’en sortirait pas indemne”.

Selon lui, face à la montée en puissance de partis qualifiés de “populistes” et un fort taux d’abstention “probable”, Rached Ghannouchi n’obtiendrait pas “un plébiscite à la hauteur de sa personne. Pire, cela pourrait lui faire perdre son aura au sein du parti même en cas de victoire qu’elle soit à cause d’un faible écart avec ses poursuivants ou à cause d’un faible taux de participation”.

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