MAROC
05/04/2019 18h:38 CET | Actualisé 12/04/2019 12h:12 CET

Des parents d'élève du lycée Louis Massignon s'opposent à un projet numérique

Les parents risquent de débourser de 6500 à 8800 dirhams en matériel numérique.

AEFE

ENSEIGNEMENT - La colère gronde parmi certains parents d’élèves du Lycée français international Louis Massignon à Casablanca. Ces derniers, qui s’étaient déjà opposés cet été à un projet d’école numérique au sein de leur établissement, ont l’impression ces derniers jours d’être retourné à la case départ. 

Dans une lettre ouverte partagée ce vendredi, le collectif des “Parents indignés” dénonce le fait que, plus de 9 mois après avoir dû renoncer à cette initiative, la direction de l’établissement revienne en force avec ce même projet d’implanter le numérique sur 3 niveaux, les classes de CM1, de 5e et de Seconde. Ils accusent également l’établissement français de “monter en puissance” afin que d’ici trois ans, l’enseignement du CM1 à la terminale soit totalement numérique.

Les “parents indignés” pointent du doigt le manque de transparence du lycée à leur égard. “On ne connait pas le projet pédagogique en lui-même”, explique un parent d’élève, qui souhaite conserver son anonymat, au HuffPost Maroc.

“L’année dernière, le projet a commencé avec quelques classes pilotes, pour lesquelles nous n’avons eu ni retour, ni résultats. Après, en fin d’année, on nous a remis des bons pour acheter des PC, ce à quoi les parents se sont opposés”, poursuit le parent. “Cette année ils nous relancent avec des messages sur notre plateforme mais sans annoncer quoi que ce soit. La commission numérique s’est tenue, aucun PV n’a été transmis et aucun sondage n’a été effectué auprès des parents d’élèves”.

Ce parent indique par ailleurs que ce n’est que lorsque les bons de commande des PC ont commencé à être distribués que l’école a organisé des réunions à l’intention les parents. Trop tard pour certains, qui regrettent également le manque de soutien d’autres associations de parents d’élèves de Massignon. 

Le HuffPost Maroc a sollicité les témoignages de l’Association des parents d’élèves de Massignon (APEM) et l’Association de parents d’élèves (APE), sans succès. 

 

Un coût conséquent

Au-delà du manque de communication, c’est le coût imposé aux parents d’élèves qui attise les tensions. “On parle d’un matériel qui coûte jusqu’à plus de 6.500 dirhams pour les CM1. Une fois en 5e, ce matériel devra être remplacé par un ordinateur de 8.800 dirhams. C’est un coût supplémentaire pour les familles qui suffoquent face à ces augmentations continues”, regrette notre source. Une addition qui risque d’être particulièrement salée pour les parents ayant plus d’un enfant dans l’établissement.

Le matériel devra par ailleurs être commandé auprès du même revendeur ayant remporté l’appel d’offre cet été. “Qu’en est-il de notre liberté d’acheter le matériel que l’on souhaite, tant soit peu que l’on soit convaincu par ce projet?” 

Des nouvelles charges auxquelles s’ajoutent l’augmentation prochaine de 3% des frais de scolarité “pour des raisons structurelles”. Selon ce “parent indigné”, l’école augmenterait désormais la pression auprès des élèves pour pousser les parents à acheter au plus vite le matériel demandé. Une situation de stress difficilement tenable pour certains parents. “On a des enfants de 9 ans qui pleurent parce qu’ils ont peur d’être exclus et des parents qui paniquent face à la détresse de leurs enfants.” 

Peur de voir les enfants devenir des “cobayes”

Le coût du matériel n’est pas seul en cause pour expliquer la colère de ces parents. Ces derniers craignent ainsi l’idée de faire de leurs enfants des “cobayes” d’un système pédagogique qui pour l’instant est inédit au Maroc. “C’est un projet expérimental et nous avons peur que nos enfants en soient les cobayes, et que dans deux trois ans on n’ait pas de résultats”.

“Ils nous ont expliqué qu′un tiers de la durée des cours se fera sur des ordinateurs, avec des manuels numériques, installés sur les PC, mais on n’a pas d’idée sur la pédagogie”, poursuit notre source.

La question de la sécurité d’enfants transportant de coûteux ordinateurs portables à Bouskoura, zone où se situe l’établissement, a également été soulevée. “On respecte les parents qui y adhèrent, mais on souhaiterait avoir le choix et qu’on ne nous impose pas un projet qui n’est ni concerté, ni abouti. On n’est pas contre le progrès, nos enfants travaillent déjà avec le numérique. On est contre le numérique imposé par l’acquisition d’un matériel couteux”, conclut ce parent inquiet.