MAROC
17/06/2018 16h:27 CET | Actualisé 17/06/2018 16h:30 CET

Des milliers de femmes défilent à Huelva en Espagne contre les abus dans les fermes agricoles

En soutien aux ouvrières marocaines ayant porté plainte pour agressions sexuelles.

SAT Andalucia/Twitter
"Du travail oui, mais avec des droits - Sans esclavage de travail ni sexuel"Marche de soutien aux saisonnières de Huelva, 17 juin 2018.

MANIFESTATION - Au moins 2.000 femmes, selon les organisateurs, ont défilé ce dimanche 17 juin dans les rues de Huelva, localité située au sud-est de l’Espagne, en soutien aux saisonnières - notamment marocaines - ayant porté plainte pour agressions sexuelles dans plusieurs exploitations agricoles de la région.

Deux mots d’ordre: “Fresas si, pero con derechos” (“des fraises oui, mais avec des droits”) et “No mas abusos” (“plus jamais d’abus”). Ces travailleuses espagnoles, invitées à manifester par le Syndicat andalou des travailleurs (SAT) et des associations féministes, protestaient contre diverses sortes d’abus dont seraient victimes les ouvrières temporaires qui viennent chaque année récolter des fraises dans les champs de Huelva.

″À Huelva des milliers de femmes descendent dans les rues pour défendre les droits des saisonnières #DesFraisesOuiMaisAvecDesDroits #PlusJamaisD’Abus”

“Nous avons l’obligation de mettre en lumière cette situation et nous voulons interpeller l’administration publique car tout ce contexte résulte d’un manque de responsabilités de leur part, ainsi que de l’inspection du travail et des médiateurs interculturels, malgré le fait que 17.000 femmes marocaines travaillent à Huelva et plus de 120.000 au total”, a indiqué l’avocate et membre du Syndicat andalou des travailleurs, Pastora Filigrana, à l’agence de presse espagnole Europa Press.

Cette marche fait suite à la polémique née après la publication, fin avril, d’une enquête conjointe réalisée par BuzzFeed News et Correctiv, alertant sur des cas d’agressions sexuelles commis sur des ouvrières marocaines en Espagne. Plusieurs femmes avaient ensuite déposé plainte contre leurs employeurs, dans au moins trois fermes de la région de Huelva. Une enquête est actuellement en cours.

“Des milliers de femmes aujourd’hui à Huelva disent ÇA SUFFIT. La dignité a des prénoms et des noms de famille. Maintenant, certains vont devoir mesurer davantage leurs faits, leurs complicités et leurs silences. Maintenant, pour la convention unique de la campagne andalouse, minimum 60€ pour 6 heures de travail”

Après avoir dépêché une commission sur place au mois de mai, le ministère du Travail marocain a affirmé, la semaine dernière dans un communiqué, suivre les résultats de l’instruction judiciaire sur cette affaire. Il a également indiqué qu’il prendrait, avec les départements gouvernementaux concernés, les dispositions qui s’imposent et qu’il assurerait le suivi des plaintes.

Le ministère “maintiendra sa vigilance et poursuivra son action commune pour améliorer les conditions de travail des ouvrières agricoles et assurer leur protection contre toute exploitation” a-t-il ajouté, demandant aux travailleuses concernées de “dénoncer tout mauvais traitement à leur encontre”. 

Des dénonciations souvent difficiles à faire pour les ouvrières marocaines, par crainte de représailles, difficulté de communication ou manque de moyens pour se déplacer vers les bureaux de la police, ces femmes travaillant souvent à plusieurs kilomètres de la ville.