MAROC
11/08/2018 16h:56 CET

Des militants associatifs dénoncent des arrestations et expulsions abusives de migrants au Maroc

Des migrants régularisés auraient également été arrêtés.

MIGRANTS - Cela fait plusieurs jours que certains militants associatifs tirent la sonnette d’alarme. Plusieurs membres d’associations de défense des droits de l’homme et des migrants affirment que les autorités marocaines effectuent depuis plusieurs jours des arrestations massives de migrants, notamment dans les régions de Tanger et Nador.

L’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Nador a notamment publié ces derniers jours plusieurs photos et témoignages de migrants, certains régularisés, affirmant qu’ils ont été expulsés de leurs campements ou domiciles, avant d’être mis dans des cars qui les ont emmenés dans le sud du Maroc. “Certains ont été emmenés à 5 kilomètres de Tiznit”, affirme au HuffPost Maroc la militante des droits des migrants Helena Maleno, en précisant que plusieurs villes du Maroc, dont Rabat, sont concernées par ces expulsions.

Des opérations qui ont débuté mardi à Nador, nous précise Omar Naji, membre de l’AMDH Nador. “Plusieurs attaques de campements ont eu lieu. Ce matin, des personnes ont été mises dans des bus et expulsées vers le sud du Maroc”, déplore-t-il. Des migrants parmi lesquels, selon l’AMDH, se trouvent des personnes régularisées ou encore des étudiants, pour la plupart originaires d’Afrique subsaharienne.

Scénario similaire à Tanger

A Tanger aussi, plusieurs histoires similaires auraient eu lieu. C’est ce que nous explique Aissatou Barry, migrante régularisée et présidente de l’association Les Ponts Solidaires. Cette dernière raconte avoir été expulsée de son domicile par un “voisin” qui lui a affirmé obéir aux ordres des autorités.

Aissatou affirme qu’elle a été “jetée” sans sommation de l’appartement qu’elle louait. Un cas qui ne la concernerait pas elle uniquement: “Ils sont des centaines de migrants à avoir subi cela”, déclare-t-elle.

Cette dernière annonce également au HuffPost Maroc qu’elle et plusieurs autres personnes dans sa situation dans la ville du détroit comptent se rendre lundi dans les bureaux du wali de Tanger pour demander des explications.

L’Union européenne pointée du doigt

Pour les acteurs associatifs, cette vague d’arrestations serait une “réponse” du Maroc aux aides accordées récemment par l’Union européenne au royaume pour l’aider à contrôler les flux migratoires.

“Le Maroc répond à la pression de l’Union européenne” affirme Helena Maleno, “mais il ne doit pas oublier qu’il s’est également engagé avec ses frères africains”. Omar Naji dénonce de son côté une “campagne de communication en direction de l’Europe”.

Pour l’AMDH, les autorités se trompent de cible: “nous demandons depuis des années l’arrestation des grands trafiquants, et à la place on arrête leurs victimes”.

Le ministère de l’Intérieur n’a pour l’instant pas communiqué sur cette affaire.