06/04/2018 14h:49 CET | Actualisé 06/04/2018 14h:49 CET

Des Marocains impliqués dans un réseau de trafic d'anguilles avec la Chine

Coup de filet en Espagne.

Cheryl Ravelo / Reuters

CONTREBANDE - La police espagnole vient d’opérer un gros coup de filet. La Guardia Civil a arrêté dix personnes, des Espagnols, Chinois et Marocains, qui exportaient de manière illégale des anguilles sur les principaux marchés asiatiques, notamment en Chine.

Installés en Espagne, les individus exportaient, au moins depuis 2016, cette espèce en voie de disparition. Un business juteux qui leur a permis de réaliser des bénéfices nets de 37,5 millions d’euros, rapporte l’agence espagnole EFE ce vendredi 6 avril. Le réseau avait des ramifications au Portugal et au Maroc, précise l’agence Europa Press.

Un réseau qui fonctionnait “comme une mafia”

Selon le capitaine Jose Manuel Vivas, porte-parole du Seprona, le Service de la protection de la nature de la Guardia Civil, les membres de cette organisation fonctionnaient “comme une mafia”, a-t-il expliqué à Europa Press. Ils sont accusés de crimes de contrebande et d’appartenance à un groupe criminel.

La police a également localisé plusieurs bâtiments situés dans diverses villes espagnoles où se trouvaient 364 mallettes contenant plus de 5.000 kilos de civelles (alevins d’anguilles) prêtes à être envoyées en Chine.

Le réseau, qui se limitait au départ à l’achat de ces civelles et à leur envoi vers la Chine à travers des “mules”, a augmenté son activité de manière significative et sa présence a été “consolidée” ces dernières années, a précisé le capitaine Vivas. Des cargaisons ont ainsi été interceptées au Portugal, où le réseau avait installé une base provisoire d’envoi.

Cheryl Ravelo / Reuters
Deux sacs de civelles interceptées à l'aéroport de Manille, aux Philippines, en juillet 2012.

Les membres de l’organisation avaient aussi transféré une partie de leur activité illégale à Algeciras, dans le sud de l’Espagne, pour éviter d’être repérés au Portugal. Une cargaison a également été détectée dans le port de Tarifa lorsqu’un citoyen marocain a tenté de traverser le détroit sur un ferry, ce qui a “déclenché toutes les alarmes”, précise Europa Press.

La police espagnole a également mis la main sur une cargaison de 129 kilos de civelles dissimulées dans la cale d’un camion en partance pour Maroc. De là, elles devaient être envoyées en Chine.

Le Maroc renforce ses contrôles

Les civelles, un mets notamment apprécié par les Espagnols mais également en Asie où les producteurs attendent généralement qu’elles grandissent et deviennent des anguilles pour les commercialiser, sont inscrites depuis mars 2009 sur l’annexe 2 de la Convention sur le commerce international des espèces de flore et de faune sauvages menacées d’extinction (CITES). Leur exportation est très contrôlée.

Au Maroc, la civelle est ainsi interdite d’exportation sans permis CITES délivré par le Haut Commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD), qui a mis en place un plan de gestion de la civelle et renforcé ses contrôles. Malgré cela, la douane marocaine met régulièrement la main sur des cargaisons illégales de civelles prêtes à être exportées à l’étranger.

Ainsi, le 20 mars, un passager asiatique a été interpellé à l’aéroport Mohammed V de Casablanca lors du contrôle d’un vol à destination de Hanoï, au Vietnam, en passant par Dubaï. Il avait caché 32 kilos de civelles vivantes dans 12 sacs en plastique cachés dans deux valises. Quelques jours plus tôt, près de 60 kilos de civelles avaient été saisis au même endroit.

Le seuil de pêche autorisée annuellement au Maroc est fixé à 2.000 kilos de civelles et 20 tonnes d’anguillettes.