ALGÉRIE
05/04/2019 17h:02 CET | Actualisé 06/04/2019 11h:04 CET

Des manifestants refusent les excuses de Bouteflika et le renvoient au jugement divin

L’ex Président Bouteflika a fait acte de contrition au lendemain de sa démission forcée à la tête de l’Etat. Dans un geste qui a beaucoup surpris, celui qui a présidé à la destinée du pays pendant vingt ans, s’est fondu d’une lettre aux algériens pour leur demander pardon.

“Les jours et les années se sont succédé, tantôt maigres et tantôt prospères, donnant lieu aux actions qui ont été les miennes, certaines satisfaisantes et d’autres moins, le propre de l’action humaine étant qu’elle est toujours à parfaire (…) L’erreur étant humaine, je vous demande pardon pour tout manquement, par une parole ou un geste, à votre égard”, écrit Bouteflika.

Pour autant une grande majorité des algériens refusent d’accorder le pardon. Dès le lendemain de la publication de la lettre, les réseaux sociaux se sont enflammés contre l’ex président et sa famille. Un sentiment que des manifestants ont tenu à réaffirmer sur des pancartes lors de la manifestation du Vendredi 5 avril. “Il est impossible de lui pardonner. Il a créé des clans de voleurs qui ont pillé notre pays”, dénonce Djemoui Djoudi cadre du secteur de la santé et dont la vie a basculé le jour où il a dénoncé certaines pratiques dans son secteur.

“J’ai été expulsé de mon logement juste parce que je refusais d’être complice de ce qui se passait dans mon secteur. On m’a trainé dans la boue et fait vivre l’enfer”, raconte-t-il. “Il a avilie le peuple. On en est arrivé à célébrer son cadre et à faire des cadeaux à son portrait. Pour toutes ces raisons, je refuse ses excuses. Jamais je ne lui pardonnerai pour ce qu’il nous a fait endurer”, affirme-t-il.

“On n’oubliera jamais. Il nous a fait trop de mal avec sa famille. S’il n’était pas malade, je demanderai qu’on le juge et le condamne pour les 20 ans de hogra et de rapine”, déclare Warda, une retraité de l’enseignement qui porte un tee shirt sur lequel on peut lire “Un seul héros le peuple”.

Pour elle, la démarche du président s’apparente plus à de la ruse qu’à une demande de pardon. “Il a rusé toute sa vie. A la fin de sa vie, il veut nous faire croire qu’il regrette ses erreurs, mais les algériens ne sont pas dupes. Cet homme nous a menti et à laisser sa bande de frères voler notre pays”, déclare-t-elle.

Mourad, jeune commerçant à stationner son J5 blanc juste à côté du siège d’Air Algérie, la compagnie aérienne nationale. Rapidement avec deux copains, il décharge des bouteilles d’eaux minérales, des canettes de soda et des boissons énergisantes. Sur la portière il accroche des tee-shirt à la gloire du hirak. S’il est à fond avec les manifestations et réclame le départ du “clan mafieux”, il n’oublie pas le business. “Faut vivre aussi ya Kho”, explique-t-il quand on lui demande s’il est normal de vouloir faire des affaires, un jour pareil.

La lettre de Bouteflika, il ne l’a pas lu mais il en a entendu parler. “Je n’oublie qu’il nous a ramené la paix, mais après il a laissé sa mafia nous voler et nous piller”, déclare-t-il, avant de rajouter “Bouteflika c’est maintenant de l’histoire ancienne. C’est à dieu qu’il doit demander pardon”.