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06/11/2018 11h:23 CET | Actualisé 06/11/2018 11h:23 CET

Des Juifs de Tunisie et de René Trabelsi

C’est justement, parce qu’elle s’ouvre, que la Tunisie est une exception, dans un univers chaotique.

FETHI BELAID/AFP/Getty Images

La Tunisie a bercé mon enfance. Dès mon plus jeune âge, j’entendais ma mère parler d’une ville au nom chantant, dansant, mais lointaine, l’Ariana. Elle se disait elle-même, être fille de l’Ariana, elle parlait en arabe avec sa mère, sa cuisine était une douce cuisine tunisienne, elle chantait ce pays, la Tunisie. Elle me décrivait la ville, les gens, les alentours avec tant de nostalgie et de regret, que je ne pouvais qu’être attentif. Qu’était-ce donc que ce pays qui manquait tant à ma mère? Pourquoi du nord de la Méditerranée, ne voyait-elle pas la mer de la même manière, que du sud? Pourquoi chantait-elle le rivage tunisien, sa côte, la mer de ce côté de la Méditerranée plutôt que de l’autre? Elle me raconta que le jour où elle dût suivre son père et quitter la Tunisie, elle se mit à pleurer dans l’avion. Elle ne se remit jamais de son “biladi, biladi”. Doux pays, qui berça son monde, son enfance. J’ai raconté cette charge émotionnelle forte dans un article qui a été publié dans les colonnes du Huffpost TunisieMa mère, cette juive de Tunisie.

 

Plus généralement, je n’ai jamais vu, ni entendu -que je fusse en France, au Canada ou en Israël- qu’un Juif tunisien divorce de son pays. Peut-être y avait-il eu quelques fois, une tension, une incompréhension, liée aux soubresauts et répercussions malheureuses du conflit israélo-palestinien, comme les manifestations de 1967, à Tunis, qui ont effrayé la communauté juive. Mais, cette tension s’estompait avec le sourire, lorsqu’ils/elles parlaient de ce pays. La Tunisie se transmet dans les familles juives tunisiennes, de parents à enfants. La Tunisie est respectée, la Tunisie est aimée, de parents à enfants et petits enfants. 

Lorsque j’ai mis le pied pour la première fois à l’Ariana, j’ai vu ce spectacle incroyable. Ma mère enlevait ses chaussures et marchait pieds nus, au grand dam de mon père. C’était le contact de la terre, puis les larmes, mais douces, lorsqu’elle revit la maison natale, les maisons de ses grands-parents et arrières grands-parents. Plus tard, j’ai eu le privilège et l’honneur d’assister au pèlerinage de la Ghriba, en Tunisie. Je n’avais jamais vu tel spectacle.

Il se dégage de ce lieu, une incroyable magie. Et moi, le laïque, je ressens profondément la spiritualité du lieu, son histoire, sa culture, les traditions, l’amour.

Parce qu’il n’est pas de plus grande faute que l’oubli, nous étions venus témoigner de notre amour pour un lieu chargé d’histoire et si l’émotion nous submerge, c’est que, en ces lieux, juifs et musulmans s’embrassent et se touchent. C’est bien qu’il y a comme de la magie. 

Pourquoi devrait-on oublier que les Juifs ont vécu en Afrique du Nord? Pourquoi devrait-on abandonner cette Synagogue, qui est et doit impérativement demeurer un lieu de culte et de pèlerinage?

Et puis, même s’ils ne restent plus que 1500 juifs en Tunisie alors qu’ils étaient 100.000, il en reste encore. Notamment à Djerba.

C’est cette île enchanteresse que l’un de ses fils, René Trabelsi connaît bien. Youssef Chahed a adressé ce 5 novembre 2018, un message fort d’ouverture, un message fort, en nommant René Trabelsi, ministre du Tourisme, justement parce que ce tunisien aime profondément son pays. Fils de Tunisie et de confession juive, René Trabelsi est un homme d’affaires, il est par ailleurs membre de la commission d’organisation du pèlerinage d’El Ghriba. Mieux encore, René Trabelsi est le troisième Tunisien de confession juive à occuper une fonction ministérielle, depuis l’indépendance de la Tunisie, après Albert Bessis et André Barrouch.

Alors, je veux croire que l’impossible est possible. 

J’ai toujours pensé que la Tunisie pouvait être un pont entre nos deux rives, que sa voix pouvait porter bien au-delà du Maghreb. C’est justement, parce que la Tunisie s’ouvre au monde, que la jeune démocratie tunisienne est respectée. C’est justement parce qu’elle met en place des processus démocratiques qu’elle est entendue. C’est justement, parce qu’elle s’ouvre, qu’elle est une exception, dans un univers chaotique. Héritage, droits des femmes et des minorités, liberté d’expression voilà des atouts de réussite, d’un pays éclairé qui accorderait les droits auxquels chaque tunisien a le droit, minorités et femmes comprises.

Ces propositions/cette récente nomination aussi, donnent tout leur sens aux revendications de liberté et d’égalité de la révolution. Et la Tunisie n’est pas n’importe quel pays, il doit être et rester un modèle de clairvoyance, de fraternité et de tolérance. À cette condition, il sera un phare de lumière en Afrique du Nord. Reste que pour être un phare, il faut avoir une image pacifiée et la préserver. 

Il faut aussi de l’autre rive de la Méditerranée, ne pas laisser nos amis tunisiens. À mes compatriotes français, je dis alors. Venez en Tunisie, venez témoigner de votre amitié, vous y serez toujours les bienvenus.

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