MAROC
29/06/2018 13h:25 CET

Des fossiles de "rhinocéros" datant de 55 millions d'années découverts au Maroc

Ce sont les plus vieux restes découverts de cette espèce ressemblant aux rhinocéros.

Wikimedia Commons
Reconstitution du squelette complet d'un "arsinoitherium".

DÉCOUVERTE - Les plus vieux restes fossilisés de mammifères ressemblant aux rhinocéros que l’on connaît aujourd’hui ont été découverts au Maroc, dans la carrière de phosphates de Ouled Abdoun, près de Khouribga, bassin minier connu pour abriter de nombreux fossiles.

Datant de 55 millions d’années, des morceaux de mâchoires étudiés par une équipe de chercheurs ont permis d’en savoir un peu plus sur les animaux qui peuplaient la savane africaine pendant l’ère géologique de l’Éocène inférieur, bien avant les girafes, hippopotames et antilopes.

Philippe Loubry MNHN
Carriere de phosphates d'Ouled Abdoun.

Selon l’étude publiée jeudi 28 juin dans la revue scientifique Current Biology, cet animal, appartenant à l’espèce des embrithopodes et au genre “arsinoitherium”, ressemblait beaucoup à un rhinocéros mais se rapprochait davantage, par sa constitution, des éléphants ou lamantins.

Les restes dentaires fossilisés retrouvés au Maroc représentent deux nouvelles espèces du genre “stylolophus”, rapportent les chercheurs. La plus petite d’entre elles faisait probablement la taille d’un mouton. Elle est également la première à montrer la présence, chez les embrithopodes, d’incisives élargies et inclinées vers l’avant, sous la forme de défenses naissantes, comme on le voit chez certains autres mammifères du même groupe, comme les éléphants.

Photographs by Philippe Loubry MNHN Drawing by Charlene Letenneur MNHN
Mâchoire inférieure droite et reconstitution.

Les précédents plus anciens fossiles connus d’embrithopodes, découverts en Afrique et en Turquie, dataient de 48 millions d’années. Cette nouvelle découverte montre, selon les chercheurs, que les premiers embrithopodes venaient du continent africain. Certains se seraient retrouvés sur les actuelles rives turques après la dispersion de l’espèce depuis le continent africain à travers l’océan Thatys, qui existait entre l’Afrique et l’Eurasie.

Wikimedia Commons

“Les embrithopodes sont de grands et étranges mammifères éteints qui appartenaient, avec les hyracoïdes et les éléphants, à la première faune mammifère méga-herbivore qui habitait l’île Afrique”, explique dans un communiqué de presse l’auteur principal de l’étude, Emmanuel Gheerbrant, directeur de recherche au CNRS à Paris. Ils peuplaient l’Afrique “bien avant l’arrivée, il y a environ 23 millions d’années, des lignées d’ongulés eurasiens tels que les artiodactyles, comme les girafes, les buffles, les hippopotames et les antilopes, et les périssodactyles, comme les zèbres et les rhinocéros”, ajoute-t-il. “Ils appartiennent à la vieille faune africaine endémique.”