MAROC
03/05/2019 14h:32 CET

"Des femmes et des ânes", un projet de bande dessinée pour dénoncer le harcèlement de rue au Maroc

"Nous dénonçons les prédateurs sexuels en les mettant en scène et en les faisant parler".

Des femmes et des ânes/Facebook

FEMMES - Depuis quelques jours apparaissent sur nos fils Facebook ces dessins d’ânes aux corps d’hommes, harcelant des femmes dans la rue. Une image qui pourrait prêter à sourire, si elle ne traduisait pas une réalité des plus pesantes pour les femmes, au Maroc.

Ces dessins sont extraits d’une bande dessinée, baptisée “Des femmes est des ânes”. Elle est l’oeuvre de deux scénaristes, les franco-marocaines Yasmina Flaiou et Abla Alami, et l’illustrateur français Francis Faillenet, auteur de tous les dessins et de la ligne graphique.

“L’idée est venue d’inepties que nous avons entendues et lues sur les réseaux sociaux”, explique au HuffPost Maroc, Abla Alami, une des initiatrices du projet. “Nous savions que c’est un sujet profond et grave de la société marocaine déjà évoqué par d’autres féministes. Notre différence c’est que pour la première fois, nous dénonçons les prédateurs sexuels en les mettant en scène et en les faisant parler dans une BD”, poursuit-elle.

Des femmes et des ânes

“Des femmes et des ânes”, un titre qui est presque un oxymore pour ses auteurs. Le mot femme a été choisi pour “redonner sa place à la Femme car ce mot est souvent ignoré à sa juste valeur. Une femme veut être courtisée et respectée et non pas harcelée”.

“Ânes”, au contraire, est un mot particulièrement violent dans le vocabulaire marocain, quoi que régulièrement utilisé par la gent féminine pour qualifier les harceleurs. “L’âne a été choisi pour piquer les coupables dans leur ego”, explique Abla Alami. “Nous savons que ce pauvre animal est considéré comme l’insulte suprême par certains Marocains”.

Inspirée de faits réels

Dans les premiers extraits publiés en ligne, on peut voir des scènes on ne peut plus familières au Maroc. Une jeune femme se faisant accoster par un dragueur extrêmement lourd, une seconde se faisant violemment insulter pour avoir ignoré son harceleur, ou encore une troisième ayant recours à la force, pour ensuite être blâmée par un policier.

Une impression de déjà vu pas vraiment étonnante, les auteurs s’inspirant d’expériences réelles pour alimenter leur BD. “Les scènes sont toutes réelles et les sources sont des femmes marocaines auprès desquelles nous recueillons les témoignages et que nous mettons en scène. Les interviews sont inspirées des interactions que nous avons pu avoir avec des Marocains sur le sujet, des femmes ou en consultant de vidéos misogynes sur le net”, détaille Abla Alami.

Les auteurs insistent cependant sur le fait que cette bande dessinée ne vise pas la totalité des hommes, mais “certains”. “Nous savons également que les Marocains ne sont pas tous des harceleurs. ‘Certains’ est un mot exclusif (de tous nos hommes) et inclusif des coupables qui se reconnaîtront”.

“Pour le moment nous avons beaucoup plus de retours positifs que de négatif”, relève la scénariste. “Cela ne fait que quelques jours que nous nous sommes ‘dévoilés’ dans les media sociaux. Nous sommes cependant prêts à toutes réactions”.

Viser le plus grand nombre

Si quelques extraits ont été publiés en ligne, la BD verra bien le jour sous forme papier. “La bande dessinée ‘Des femmes et des ânes’ sera un recueil, en un livre, mais nous souhaitons d’abord faire interagir le public avec nos publications régulières sur les réseaux sociaux”.

Un projet que l’équipe créatrice souhaite faire découvrir au plus grand nombre, et pas uniquement au Maroc. “Nous menons un combat féministe et nous souhaitons bien sûr faire connaître la bande dessinée au Maroc et en France, où elle sera aussi publiée, mais également dans d’autres pays comme l’Égypte, la Tunisie et l’Algérie puisque ce comportement y existe aussi. Nous souhaitons par la suite la faire traduire en arabe et en anglais car nous savons qu’elle fera réagir d’autres personnes sur ce problème sociétal”.

En attendant, ces derniers continueront de publier des extraits sur les réseaux, mais aussi des “interactions des femmes et peut-être aussi des ânes”, ironise Abla. 

En attendant, c’est sur les réseaux qu’il faudra découvrir les extraits, mais aussi des “interactions de femmes et peut-être aussi d’ânes”, ironise Abla.