ALGÉRIE
22/02/2019 19h:31 CET

Des dizaines de milliers de manifestants déferlent dans les rues d'Alger

ASSOCIATED PRESS

Les rideaux des magasins baissés, des rues désertes, des automobilistes pris de paniques et les portes du métro fermées. Vendredi à 14h, certains quartiers populaires de la capitale ont vécu au rythme des manifestations contre le 5ème mandat. 

Tout a commencé après la prière. A la place du 1er mai, ils sont plusieurs centaines de jeunes à se rassembler sous le regard des forces de l’ordre. “ya Bouteflika, ya Saïd chaab la yourid ouhda khamissa”, “Bouteflika et Said le peuple ne veut pas du 5ème mandat”, hurle la foule qui a décidé de rejoindre la Grande-Poste en passant par le Boulevard Hassiba Ben Bouali.

Le premier contact avec les forces antiémeutes a lieu au boulevard Amirouche, près du commissariat central. Un premier cordon de policier se forme et tente d’empêcher les manifestants d’avancer et de rejoindre d’autres manifestants qui les attendent un peu plus loin. Le face à face ne dure que quelques minutes et rapidement les policiers ne peuvent contenir le flot de personne qui scandent  “Silmia, Silmia”, “pacifique, pacifique”, alors que des youyous fusent des balcons.

A la Grande-Poste, la foule décide de rejoindre le palais du gouvernement, qu’elle parvient à atteindre sans difficultés. Sur place, très peu de policiers sont déployés pour assurer la sécurité du bâtiment qui abrite les bureaux du chef de gouvernement, Ahmed Ouyahia.

La foule se rassemble et hurle sa rage contre le premier ministre. C’est à ce moment que l’éditeur du site Dzair presse, Adlène Mellah est porté en triomphe par les manifestants. L’homme qui a passé plusieurs semaines en prison pour ses propos contre le régime, mais dont le père fait partie de la direction de campagne du président Bouteflika pour un 5ème mandat, veut s’adresser à la foule. Peine perdue, la grande majorité des manifestants quittent la place du palais du gouvernement, direction la présidence de la république en passant par le boulevard du Telemy, en chantant “lahkin El Mouradia Chwiya Chwiya”, “on arrive à El Mouradia chwiya chwiya”. Des automobilistes bloqués, klaxonnes au passage de la foule, sans que l’on sache s’ils le font par solidarité avec les manifestants ou par peur d’être victimes d’actes de vandalismes. Au niveau de la mosquée Omar bnou El khattab au Telemly, des “Allah Akbar” fusent, mais rapidement des manifestants demandent que cela cesse. “Il ne faut pas qu’on soit accusé de rouler pour le FIS”, explique l’un d’entre eux.

A son arrivée près du palais du Gouvernement, un imposant dispositif de sécurité est en place. Les policiers ont ordre de contenir la foule et de l’empêcher d’avancer. Les premières escarmouches ont lieu et les policiers tirent une pluie de gaz lacrymogènes sur la foule, qui refuse de céder et tente d’ouvrir une brèche dans le dispositif.

Après une vingtaine de minutes d’affrontements parfois violents, le cordon policier cède face à la pression de la foule. Un officier supérieur hurle des ordres à ses troupes pour qu’il reconstitue rapidement les rangs. Peine perdue. Les manifestants passent et poursuivre leur chemin vers le boulevard de Pékin, le quartier de la présidence.  A leur arrivé la foule est face à un imposant cordon de sécurité, constitué de deux rangés de forces antiémeutes et de quatre engins de police qui bloquent le passage. “Baissez vos visière”, ordonne un officier à ses troupes avant que les forces de l’ordre ne tirent une pluie de gaz lacrymogène sur les manifestants.

Au même moment des policiers en civil, matraque à la main, tabassent les manifestants. Rapidement un épais nuage de fumée se forme sur place et l’air devient irrespirable provocant de nombreux malaises. Plusieurs manifestants s’écroulent, alors qu’un homme le visage entaillé en sang, est pris en charge par les secours.

Petit à petit, les forces de l’ordre parviennent à repousser la foule vers le boulevard Souidani Boudjemaa. Au cris de pouvoir assassin, certains tentent de résister, mais le déluge de lacrymogène anéanti leurs résistances. “C’est la ligne rouge”, hurle un officier de police en direction d’un manifestant, comme pour lui signifier que le régime ne reculera devant aucune répression pour préserver la Présidence.