MAROC
02/09/2019 15h:58 CET

Des combats de judo truqués pour éviter une rencontre Iran-Israël?

Le judoka iranien Saedi Mollaei accuse sa fédération de lui avoir imposé de perdre des combats, afin d'éviter qu'il ne croise la route d'un concurrent israélien.

JUDO - “Aujourd’hui, j’aurais pu être le champion du monde...” Au cours de la dernière semaine du mois d’août se disputaient à Tokyo les championnats du monde de judo, dernière grande échéance avec l’épreuve phare: les Jeux olympiques qui se dérouleront l’été prochain dans la plus grande ville japonaise. 

Une compétition marquée par les trois médailles d’or des judokates françaises, mais aussi par une contre-performance notable, celle de Saeid Mollaei. Champion du monde en titre des -81kg, il avait entamé à la perfection son tournoi, remportant ses deux premiers combats par ippon avant de s’incliner en demi-finale puis en repêchage pour la médaille de bronze.

“Aujourd’hui, j’ai combattu contre un champion olympique, un médaillé de bronze olympique et d’autres adversaires. Et je les ai tous battus”, a-t-il relaté auprès de la Fédération internationale de judo (IJF). Voilà pourquoi, après des débuts en fanfare, ses défaites ont intrigué. Et l’explication du sportif fait plus de bruit encore: ses défaites n’auraient rien de sportif, mais seraient liées à un contentieux géopolitique d’ampleur

À cause de la loi dans mon pays et la prudence qu’elle requiert, j’avais l’interdiction de combattre contre un judoka israélien”, raconte encore Saeid Mollaei. À 27 ans, il aurait effectivement croisé la route, en cas de victoire, de Sagi Muki, un combattant israélien qui a fini par gagner la compétition. “Le président du Comité national olympique iranien et le ministre des Sports m’ont appelé pour me dire de ne pas combattre. J’ai demandé pourquoi. Ils m’ont répondu que c’était la loi et que ceux qui ne la respectaient pas avaient des problèmes.” 

 

“Je suis un athlète, pas un politicien”

Ainsi, Saedi Mollaei affirme avoir subi des pressions de la part d’officiels haut placés de son pays, pour lui demander de ne pas gagner ces combats. L’Iran ne reconnaît pas l’existence d’Israël, et dans quelque sport que ce soit, il est interdit à ses ressortissants d’affronter des Israéliens. Pour le faire céder, les autorités iraniennes seraient allées jusqu’à menacer le père du judoka, lui demandant d’appeler son fils pour qu’il l’implore de renoncer à ses ambitions de victoire. 

“J’ai eu peur pour moi et pour ma famille. Alors je n’ai pas combattu. J’ai respecté la loi et je n’ai pas combattu”, continue le judoka iranien. Il explique par la suite ne s’être donné qu’à 10% de ses capacités durant son combat pour la médaille de bronze, craignant s’il l’emportait de se retrouver sur le même podium que le judoka israélien et d’avoir à lui serrer la main. “Je suis un compétiteur et je veux pouvoir le montrer en permanence, mais je vis dans un pays qui me l’interdit.” 

“Je voyais de la terreur dans ses yeux”, a confirmé à l’IJF Abdullo Muradov, un responsable de la fédération qui a été chargé durant les championnats d’accompagner Saedi Mollaei une fois que les demandes de défaites des officiels iraniens ont été connues. “Il était complètement désespéré, c’était terrible à voir. Ce sont des situations qui ne devraient arriver à personne.” Selon le récit de l’IJF, des employés de l’ambassade d’Iran auraient même approché le combattant en pleine compétition pour le menacer. 

“Je suis un athlète, pas un politicien. Et je n’ai jamais été impliqué dans quoi que ce soit de politique. Je veux pouvoir être en accord avec la charte olympique”, déclare le concerné, toujours dans la vidéo de la Fédération internationale de judo. Il en remercie ensuite le président, expliquant que ce dernier lui a garanti qu’il pourrait concourir lors des Jeux de Tokyo. Au vu de ses performances, il pourrait légitimement viser une médaille d’or dans le pays de naissance de son sport.  

Des précédents en tennis, des mesures en football

Pour l’heure, Saeid Mollaei aurait fait une demande d’asile en Allemagne. Sa fédération, elle, l’accuse d’avoir préparé son coup en vue de faire défection et de quitter l’Iran. La Fédération internationale, elle, a pris position derrière le judoka iranien, par la voix de Marius Vizer, son président autrichien. “Nous ne sommes jamais pour ou contre un pays en particulier, nous sommes là pour défendre l’intégrité de notre sport et ses valeurs, pour promouvoir le sport comme un vecteur de fraternité, d’unité et de paix dans le monde”, a-t-il déclaré. 

En mai dernier, l’IJF s’était félicitée publiquement d’avoir réussi à mettre la pression à l’Iran et de l’avoir contraint à faire concourir ses athlètes contre les Israéliens. Mais la scène des Mondiaux de Tokyo vient donc prouver l’inverse. 

Or d’autres pays du monde musulman ont dû faire face à la même situation. Durant les championnats du monde de Tokyo, les judokas égyptiens ont notamment créé la polémique en refusant de serrer la main à leurs opposants israéliens.

Il y a quelques années, c’est en tennis que des cas similaires avaient émergé. Très probablement pour éviter de se retrouver face aux joueurs israéliens Dudi Sela et Amir Weintraud, le Tunisien Malek Jaziri a plusieurs fois abandonné de manière extrêmement étrange. À chaque fois, sa fédération lui aurait demandé de le faire... avant d’être sanctionnée. 

En football et dans d’autres sports collectifs, l’État d’Israël est placé au sien des confédérations européennes, en dépit de sa localisation géographique réelle. Le but est ainsi d’éviter des déplacements et des confrontations avec les pays musulmans qui ne reconnaissent pas le pays voire qui sont en conflit avec lui. 

Cet article a été initialement publié par Le HuffPost France.