MAROC
06/04/2018 17h:18 CET | Actualisé 07/04/2018 14h:25 CET

Mondial 2026: Des chiens abattus près d'Agadir avant le passage de la mission de la FIFA?

“Des chiens stérilisés et vaccinés font partie des victimes”, selon des témoins.

ullstein bild Dtl. via Getty Images
Des chiens errants sur le port d'Essaouira au Maroc (image d'illustration)

SCANDALE - Ce sont des images qui risquent d’entacher celle du Maroc, à quelques jours du passage dans le royaume de la mission de la FIFA dans le cadre de la candidature du Maroc à la Coupe du monde de football 2026. 

Selon des témoignages de plusieurs habitants et bénévoles d’associations de protection des animaux à Aourir, petite localité au nord d’Agadir, des chiens errants ont été abattus jeudi 5 avril au soir, aux alentours de 22 heures, par des hommes armés de fusils, pour “faire le ménage” selon eux avant l’arrivée de la commission d’inspection. Ces derniers auraient été “mandatés par la wilaya”.

4 chiens tués selon un témoin

Dans une vidéo que nous avons pu consulter, on peut ainsi apercevoir des hommes ramasser ce qui semble être le cadavre d’un chien, avant de le mettre à l’arrière d’un véhicule dans une ruelle de la ville. Des chiens stérilisés et vaccinés par des associations de protection des animaux feraient partie des victimes selon les témoins.

Selon un habitant présent au moment de l’abattage, une cartouche a été tirée ”à moins de 10 mètres” d’où il se trouvait, blessant un chien dont il s’est occupé “pendant plus d’un an, qui est stérilisé, vacciné, tagué. (...) Il s’est traîné vers moi pour chercher de l’aide et il est mort dès qu’il est arrivé à mon niveau”, indique-t-il dans une déclaration écrite. “4 chiens ont été tués à 20 mètres des maisons, dans le noir, avec seulement l’éclairage des lampadaires”, affirme-t-il.

DR

Altercation avec le caïd

Selon d’autres témoignages reçus par le HuffPost Maroc, des personnes habitant près de la plage Banana Beach à Aourir ont confirmé avoir vu plusieurs hommes, une dizaine selon certains, dont le caïd, descendre jeudi soir à proximité de leurs habitations où errent de nombreux chiens pour les abattre. Tous affirment avoir entendu des coups de feu.

Certains témoins (la plupart sont étrangers), qui ont filmé la scène, disent également s’être fait confisquer leur portable par le caïd, qui a supprimé devant eux les vidéos qu’ils venaient de prendre. Une altercation aurait eu lieu et le caïd aurait proféré des insultes racistes à leur encontre, leur disant de “retourner dans leur pays”, selon l’un des témoins.

Une habitante de Tamraght, localité proche d’Aourir, a également partagé ce samedi des photos de traces de sang et de cartouches dans les ruelles du village (voir ci-dessous). Une publication qui vise notamment à sensibiliser les personnes à leur propre sécurité.

Des faux témoignages? 

Contactée par le HuffPost Maroc, la vice-présidente responsable du bureau communal d’hygiène à Agadir, qui gère notamment la question des chiens errants, n’a pas souhaité s’exprimer sur cette affaire et a immédiatement coupé court à la conversation.

Selon un autre membre du même bureau qui a souhaité rester anonyme, “il n’y a pas eu d’abattage de chiens”. Ce que racontent les témoins est “faux” selon cette source. “Les chiens n’ont pas été abattus, ils ont été capturés pour être stérilisés, comme cela est fait quotidiennement”, explique-t-elle, rappelant qu’une convention a été signée en novembre 2016 entre l’association de protection des animaux “Coeur sur la patte”, la municipalité d’Agadir et la wilaya Souss-Massa, pour lancer un programme de stérilisation et de vaccination afin de lutter contre la rage et réduire la population des chiens errants. 

Dans cette convention, la wilaya a l’interdiction de tuer les chiens tagués, c’est-à-dire portant une étiquette sur l’oreille. Depuis la signature de la convention, un millier de chiens ont été capturés, stérilisés, vaccinés, tagués et relâchés dans leur lieu de capture. Le coût total de l’opération, toujours en cours, avoisine 1,5 million de dirhams (dont 800.000 dirhams de subventions de la ville). 

Contacté par le HuffPost Maroc, l’avocat de l’association “Coeur sur la patte”, Me Youssef Rharib, indique avoir pris connaissance des témoignages des habitants d’Aourir et des images qu’ils ont postées sur les réseaux sociaux, mais l’association “n’a pas déclaré officiellement ces événements, ce sont des témoins et bénévoles qui ont affirmé cela”, précise-t-il.

Des précédents

Ce n’est pas la première fois que l’abattage de chiens errants fait polémique au Maroc. En juin 2016, des images de chiens abattus puis brûlés dans une décharge dans la ville de Chichaoua (région de Marrakech) avaient scandalisé de nombreux citoyens et internautes. Des habitants de la ville, armés de fusils, avaient mené ce raid. Quelques mois plus tôt, les services communaux de Salé et Ksar El Kebir avaient également abattu des chiens errants. Les images avaient provoqué un tollé sur les réseaux sociaux.

Pour les associations de protection des animaux, l’abattage des chiens errants pratiqué au Maroc depuis de nombreuses années n’est pas parvenu à limiter leur nombre ni la prolifération de maladies comme la rage qui fait une vingtaine de morts par an.

Que dit la loi?

Selon l’article 609 du code pénal marocain, “ceux qui occasionnent la mort ou la blessure des animaux soit par l’emploi ou l’usage d’arme sans précaution ou par des jets de pierres ou d’autres corps durs, qui exercent publiquement des mauvais traitements envers les animaux domestiques ou qui les maltraitent par le fait d’une charge excessive sont punis d’une amende de 10 à 120 dirhams”. Un article jugé insuffisant par les partisans de la protection animale et bien souvent inappliqué.