MAROC
18/06/2018 11h:01 CET

Des chercheurs identifient les cellules capables de "réécrire" des souvenirs traumatisants

Une première.

metamorworks via Getty Images

SCIENCE - Des neuroscientifiques suisses ont localisé les cellules permettant de reprogrammer des souvenirs durables d’expériences traumatiques en souvenirs de sécurité, une première en la matière, selon l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) qui a mené une étude à ce sujet.

“Les souvenirs d’expériences choquantes peuvent être à l’origine de problèmes mentaux comme le trouble de stress post-traumatique”, a indiqué l’EPFL dans un communiqué. D’après l’étude publiée dans la revue Science, près d’un tiers de la population présente des troubles liés à la peur ou au stress à un moment ou un autre de sa vie.

“Nos découvertes ont permis, pour la première fois, de mettre en lumière les processus à la base du succès du traitement des souvenirs traumatisants”, a expliqué Johannes Gräff, professeur de sciences de la vie, qui a contribué à la recherche.

“Dans le domaine du traitement des souvenirs traumatisants, une question fait depuis longtemps débat: l’atténuation de la peur passe-t-elle par la suppression de la trace de peur d’origine dans la mémoire et son remplacement par une nouvelle trace de sécurité, ou par la réécriture de la trace de peur d’origine en trace de sécurité?”, indiquent les chercheurs.

Alors que la recherche dans ce domaine se concentre sur la compréhension de la capacité du cerveau à réduire les souvenirs traumatiques, peu d’études ont analysé les options de traitement pour atténuer les traumatismes durables (ou “peur éloignée”).

Les scientifiques de l’EPFL ont ainsi constaté, en travaillant avec des souris, que l’atténuation de la “peur éloignée” dans le cerveau est liée à l’activité du même groupe de neurones que celui impliqué dans le stockage de ces souvenirs. Ils ont localisé ces neurones dans le gyrus denté, une zone de l’hippocampe (structure du cerveau présente chez les mammifères) impliquée dans l’encodage, le souvenir et la réduction de la peur.

Les souris utilisées dans l’étude étaient génétiquement modifiées, dotées d’un gène “rapporteur” qui produit un signal identifiable et mesurable, comme une protéine fluorescente, à la suite de l’activité neuronale.

En utilisant un exercice d’entraînement à la peur générant des souvenirs traumatiques durables, les scientifiques ont d’abord identifié dans le gyrus denté la sous-population de neurones qui est impliquée dans le stockage de souvenirs traumatiques à long terme.

Les souris ont ensuite suivi un entraînement de réduction de la peur qui ressemble à la thérapie d’exposition chez l’humain, la forme de traitement la plus efficace actuellement.

″Étonnamment, lorsque les chercheurs ont observé de nouveau le cerveau des souris, certains des neurones actifs lorsqu’ils se remémoraient des souvenirs d’épisodes traumatiques étaient toujours actifs alors que les animaux ne montraient plus de signes de peur”, notent les chercheurs.

Aussi, moins les souris avaient peur, plus les cellules étaient réactivées, prouvant l’implication d’une même population de neurones dans le stockage et l’atténuation des souvenirs traumatiques.