MAROC
05/09/2018 16h:40 CET | Actualisé 06/09/2018 20h:01 CET

Des associations marocaines s'insurgent contre les expulsions "abusives" de migrants au Maroc

Et tirent la sonnette d'alarme, témoignages accablants à l'appui.

Betty Lachgar/MALI

MIGRANTS - Depuis cet été, de nombreux acteurs associatifs dénoncent la nouvelle politique offensive de l’État Marocain à l’égard des migrants. En août dernier, l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Nador a notamment publié plusieurs photos et témoignages de migrants, certains régularisés, qui affirment avoir été expulsés de leurs campements ou domiciles, avant d’être mis dans des cars avec pour destination le sud du Maroc. “Certains ont été emmenés à 5 kilomètres de Tiznit”, a affirmé au HuffPost Maroc la militante des droits des migrants Helena Maleno, en précisant que plusieurs villes du Maroc, dont Rabat, sont concernées par ces expulsions.

Ce mardi 5 septembre, plusieurs associations Marocaines, parmi lesquelles l’AMDH, le Gadem, Attac Maroc, le CCSM, l’AIM, ou encore le CMSM, ont dénoncé dans un communiqué une “violation flagrante aux droits basiques des subsahariens”. 

D’une seule voix, les militants pointent du doigt une “campagne généralisée d’entrée par effractions aux domiciles des migrants, et aux locaux d’associations travaillant aux profits des migrants subsahariens, opérations musclées de démantèlement de camps, arrestations arbitraires suivies d’expulsions collectives et déplacement massifs vers la frontière de l’Est et le Sud du pays”. Les associations qui affirment également qu’au cours de ces expulsions, des enfants ont été séparés de leurs mères. 

Témoignages accablants

Si le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) ne fait pas partie des signataires de ce communiqué, ces derniers ont cependant pris position contre ces expulsions. Le mouvement a également dénoncé dans un communiqué l’inaction du CNDH, pour qui ces actions se déroulent dans “le cadre légal”.

Des membres du MALI se sont ainsi rendus à Tanger pour recueillir le témoignage de jeunes migrants, dont celui de femmes accompagnées de jeunes enfants, expulsés de leurs logements ou encore un jeune homme jeté par des policiers d’un des bus qui les emmenaient vers les provinces du sud:

Des premières victimes

En août dernier, TelQuel rapportait que deux migrants maliens sont morts pendant ces opérations d’expulsion vers le sud. Ces derniers ont tenté de fuir en sautant du bus. Moumine Traoré, âgé de 16 ans, est mort sur le coup. La seconde victime n’avait, elle, pas encore été identifiée.

“Hier, de ce côté de la frontière, nous avons enterré Moumine, le garçon de 16 ans mort pendant les raids. Il y a des lieux de dignité et de mémoire entre la violence. Brave, tu es resté sur la route.”

Des opérations qui continuent encore aujourd’hui selon la militante des droits des migrants Helena Maleno. “C’est vraiment dommage ce qui arrive”, se désole cette dernière interrogée par le HuffPost Maroc, face au changement de d’attitude du royaume envers les migrants. Pour la militante, ces nouveaux raids font “perdre l’espoir” aux migrants régularisés qui espéraient une nouvelle vie au Maroc.

Une situation qui, selon elle, accentue également la xénophobie dans les quartiers où sont installés certains migrants subsahariens: “les voisins viennent les expulser de chez eux car ils ont peur de voir la police arriver dans le quartier”.

C’est ce qui est arrivé il y a quelques semaines à Aissatou Barry, migrante régularisée et présidente de l’association Les Ponts Solidaires. Cette dernière a raconté au HuffPost Maroc avoir été expulsée de son domicile par un “voisin” qui lui a affirmé obéir aux ordres des autorités.

L’ancien président du GADEM et sociologue Mehdi Alioua dénonce de son côté une “nouvelle politique migratoire à coup de matraque et de déportations massives qui ne visent que les personnes noires de peau”, comparant la situation actuelle à celle ayant eu lieu en Algérie en 2016.

 

Pression européenne

Pour les acteurs associatifs, cette vague d’arrestations serait une “réponse” du Maroc aux aides accordées récemment par l’Union européenne au royaume pour l’aider à contrôler les flux migratoires.

“Le Maroc répond à la pression de l’Union européenne, mais il ne doit pas oublier qu’il s’est également engagé avec ses frères africains”, souligne pour sa part Helena Maleno. Omar Naji dénonce de son côté une “campagne de communication en direction de l’Europe”.

De nouvelles politiques dont les migrants ont visiblement connaissance. Certains dénoncent dans cet extrait recueilli par le MALI “les européens qui paient les autorités marocaines pour qu’ils nous maltraitent”:

“Nous demandons depuis des années l’arrestation des grands trafiquants, et à la place on arrête leurs victimes”, se désole de son côté l’AMDH.