MAROC
09/08/2019 16h:28 CET

Derrière ces images captivantes de requins phosphorescents, une probable découverte

Des requins qui brillent dans l'obscurité? Pas seulement. Des scientifiques ont identifié des molécules responsables de cette fluorescence verte qui pourraient lutter contre les infections bactériennes.

ANIMAUX - Ce n’est pas forcément la meilleure façon de passer inaperçu, mais certains requins, tapis au fond des océans, émettent une lumière fluorescente verte. On sait désormais comment, et quasiment pourquoi.

Des chercheurs ont identifié les molécules à l’origine de cette fluorescence, selon leur étude publiée jeudi 8 août dans la revue iScience. “C’est très différent de toutes les autres formes de fluorescence marine”, notamment des méduses ou du corail, explique à l’AFP l’un des coauteurs, David Gruber, professeur à la City University de New York.     

“C’est une petite molécule plutôt qu’une protéine. Cela montre que les animaux font indépendamment évoluer cette capacité à absorber la lumière bleue de l’océan pour la transformer en d’autres couleurs”, poursuit le biologiste marin.

L’étude se penche sur deux espèces de requins, le roussette maille (Scyliorhinus retifer) et le requin-houle (Cephaloscyllium ventriosum), que le chercheur a pu observer en plongeant dans le Scripps Canyon, au large de San Diego, en Californie.

“Ils font environ un mètre de long, restent au fond, sont assez timides et ne nagent pas très bien”, décrit le chercheur, qui a remarqué, avec son confrère Jason Crawford, de l’université de Yale, que leur peau avait deux tons: un clair et un foncé.

Absorber la lumière bleue

Les deux hommes ont extrait une molécule fluorescente se trouvant uniquement dans les zones les plus claires de la peau et permettant aux requins d’absorber la lumière bleue -la seule à leur parvenir dans les profondeurs (30 mètres ou plus) où ils vivent- pour émettre du vert. 

David Gruber a relevé au cours de ses plongées que les requins évoluaient en groupes, de deux à dix individus. Leur fluorescence, avance-t-il, pourrait ainsi les aider à s’identifier ou à différencier les sexes. Selon les chercheurs, une meilleure connaissance de la fluorescence des animaux marins pourrait à terme permettre des avancées en matière d’imagerie médicale.

Leur récente découverte montre en tout cas à quel point les requins, animaux pourtant ancestraux, renferment encore de nombreux secrets. “Ce sont des créatures formidables dotées de super-pouvoirs fascinants, comme leur incroyable sens de l’odorat ou leurs ampoules de Lorenzini qui leur permettent de détecter des champs électromagnétiques”, dit David Gruber. Les requins étudiés “se trouvent tout près de la jetée de San Diego et, pourtant, nous ne perçons ce mystère que maintenant”, ajoute-t-il.

Une fois cette molécule découverte et ses premières fonctions plus évidentes mises à jour, les scientifiques se penchent sur ses éventuelles autres fonctions. Et l’une d’entre elles pourrait être une fonction immunitaire. 

La molécule, sur ces zones claires de la peau pourrait jouer un rôle dans les défenses de l’animal. Notamment en le protégeant de certaines infection bactérienne. Certains types de mécanismes moléculaires phosphorescents auraient en effet un pouvoir neutralisant.

Cet article a initialement été publié sur le HuffPost France.