MAROC
30/10/2018 13h:20 CET

Déraillement du train à Bouknadel: les premières révélations de l'enquête

Un autre déraillement évité de justesse, des failles dans la sécurité, des enregistrements vidéos qui disparaissent...

Anadolu Agency via Getty Images

ACCIDENT - Deux semaines après le déraillement d’un train à Bouknadel, près de Kénitra, qui a causé la mort de 7 personnes et fait 125 blessés, le site d’information Médias24 dévoile en exclusivité les premières conclusions de l’enquête. Un autre déraillement évité de justesse, des failles dans la sécurité, des enregistrements vidéos qui disparaissent... Le rapport des enquêteurs permet d’éclairer plusieurs zones d’ombre mais soulève également de nombreuses questions sur la responsabilité dans cette affaire. Voici les premiers détails.

Un premier déraillement évité de justesse

Un peu plus d’une heure avant le drame survenu le mardi 16 octobre à 10h21 à proximité de la gare de Bouknadel, un autre train, le n°153, a failli connaître le même sort à quelques kilomètres du lieu de l’accident.

Selon Médias24, suite à un problème technique au nord de Sidi Taïbi, juste après Bouknadel, les services de sécurité et de circulation de l’ONCF décident d’un changement de voie pour le train de 9h05. Celui-ci, qui doit normalement passer sur la voie n°1, est aiguillé sur la voie n°2 au niveau de Sidi Taïbi. La vitesse maximum autorisée est alors de 100 km/h.

Mais selon l’enquête de gendarmerie, la vitesse du train se situait entre 120 et 130 km/h. “Nous roulions entre 150 et 160 km/h”, admet de son côté le chef de train, qui avoue avoir eu “une absence” malgré les trois panneaux de signalisation de vitesse et d’aiguillage, et avoir demandé au conducteur de freiner au dernier moment. L’accident est évité de peu, mais les violentes secousses paniquent les passagers qui alertent l’ONCF.

Des panneaux de signalisation en panne?

Un peu plus tard, le TNR9, train qui relie Casablanca à Kénitra, a connu un sort bien plus tragique. Suite aux frayeurs suscitées par le quasi-déraillement du premier train, un nouveau changement d’aiguillage vers la voie n°2 est décidé par l’ONCF, cette fois-ci au niveau de Bouknadel, juste avant Sidi Taïbi.

“Tous les témoignages indiquent que la signalisation lumineuse a correctement fonctionné et qu’elle limitait la vitesse à 60 km/h tout en annonçant un changement de voie. Ce que le conducteur nie farouchement et à plusieurs reprises. Selon lui, la signalisation ne fonctionnait pas”, écrit Médias24. Le train roule alors à 158 km/h, soit plus de deux fois plus que la vitesse autorisée à ce niveau-là, provoquant son déraillement et sa collision avec un pont routier.

L’entreprise Bombardier, fournisseur du système de signalisation, assure qu’il y a “un seul risque d’erreur sur 12 milliards d’opérations“. Plus tard ce jour-là, dans la nuit, les gendarmes constatent, photos à l’appui, que les panneaux de signalisation lumineuse sont encore allumés. D’autres témoignages indiquent que les panneaux fonctionnaient correctement, ce que nie le conducteur, blessé lors de l’accident et actuellement en détention.

Des failles sécuritaires

L’enquête a également permis de révéler plusieurs failles dans la sécurité, selon Médias24. Premièrement, “aucun dispositif central ne permet de connaître instantanément la vitesse des trains en mouvement”, contrairement à d’autres pays, notamment européens, où des dispositifs arrêtent automatiquement les trains en excès de vitesse.

Deuxièmement, “il n’y a aucun moyen autre que la signalisation lumineuse pour prévenir le conducteur d’un changement de voie”. Les liaisons radio présentes dans les locomotives étaient en panne, selon les enquêteurs. Si la signalisation ne fonctionnait pas, le conducteur ne pouvait donc pas signaler le dysfonctionnement ou être prévenu autrement d’un changement de voie.

Troisièmement, les enregistrements vidéos de la caméra située à l’avant du train ont disparu. “Le contenu du disque dur a été effacé ‘par inadvertance’ par les techniciens du prestataire externe”, écrit Médias24. “Dès qu’ils ont branché le disque dur sur un lecteur externe (pour en extraire les données, ndlr), le message ‘formatage en cours’ est apparu. L’un des techniciens a alors coupé l’électricité et débranché le disque dur, mais en trois secondes (!), le disque dur de 465 Go était déjà effacé”. Difficile donc de savoir si les panneaux lumineux étaient bien fonctionnels au moment du passage du train, les images ayant été effacées.