TUNISIE
18/07/2019 16h:23 CET

Dépression, stress, émigration, libertés...Ce que pensent les Tunisiens selon un sondage d'Arab Barometer

56% des Tunisiens âgés entre 18 et 29 ans ont déjà pensé à quitter le pays

burdem via Getty Images

La “5ème vague” de l’Arab Barometer réalisée en collaboration avec l’Institut de sondage One to One a été publiée jeudi et a mis en évidence plusieurs défis auxquels les citoyens font face.

Ce sondage réalisé entre octobre et décembre 2018 sur 2400 personnes âgées de 18 ans et plus, a établi plusieurs conclusions.

L’économie, principal priorité

Selon le sondage, près d’un tunisien sur deux (48%) estime que la situation économique du pays est le principal défi aujourd’hui. 

La préoccupation des Tunisiens face à la situation économique devance très largement la lutte contre le terrorisme (13%), la corruption (12%), les problèmes politiques (7%) ou encore la sécurité (5%).

Arab Barometer

 

La fatalité face à la corruption

9 tunisiens sur 10 -90%- considèrent que la corruption est “très répandue” ou “moyennement répandue” dans les institutions de l’État et agences publiques.

Ce chiffre est en hausse de 21 points par rapport à 2013.

Arab Barometer

Le sondage s’est également focalisé sur la corruption dans deux secteurs en particuliers: la santé et l’éducation.

À la question “est-il obligatoire de payer des pots-de-vin pour accéder à un meilleur service public d’éducation?”, 43% des Tunisiens interrogés ont estimé qu’il était “ nécessaire” ou “absolument nécessaire” de payer des pots-de-vin à un agent public pour un meilleur service. 

À titre de comparaison, ce chiffre grimpe à 69% en Égypte, 66% au Liban ou encore 64% au Maroc.

Arab Barometer

 

Pour le secteur de la santé publique, 47% des citoyens estiment qu’il est “nécessaire” ou “absolument nécessaire” de payer un pot-de-vin pour obtenir une meilleure qualité de soin.

À titre de comparaison, ce chiffre grimpe à 63% au Liban, 60% en Égypte, et 52% en Irak.

Une majorité de jeunes tunisiens pensent à émigrer

À la question “Avez-vous déjà pensé à émigrer de votre pays?”, 1 Tunisien sur trois a répondu par l’affirmative.

Arab Barometer

 

Ce désir d’émigrer touche particulièrement les 18-29 ans. Sur cette tranche d’âge, 56% des personnes interrogées ont déjà pensé à quitter le pays.

Pour les 30-39 ans, ce chiffre baisse à 41%. Globalement, plus avance dans l’âge, moins le désir d’émigrer existe.

Si l’on se réfère au niveau d’éducation, 51% des Tunisiens qui ont fait des études supérieurs ont pensé à émigrer. Ce chiffre baisse à 23% chez ceux qui se sont arrêtés au primaire.

Arab Barometer

 

Ce taux reste dans la moyenne par rapport aux 10 autres pays arabes étudiés indique les auteurs du rapport. À titre d’exemple, au Soudan, un soudanais sur deux a déjà pensé à émigrer. En Jordanie, 45% des personnes interrogées l’ont également pensé. Au Maroc, ce chiffre atteint les 44%.

Arab Barometer

Une inébranlable confiance en l’armée

Concernant la confiance accordée aux institutions de l’État, 90% des Tunisiens interrogés ont “confiance” ou “totalement confiance” en l’armée, la police, elle ne récolte que 62% de confiance.

Enfin, seulement 42% des personnes interrogés ont “confiance” ou “totalement confiance” en la magistrature tunisienne.

Arab Barometer

 

Vers moins de libertés?

La perception des libertés chez les Tunisiens est en déclin même si elle reste la plus élevée par rapport aux autres pays arabes étudiés.

Ainsi 66% des Tunisiens interrogés pensent que la liberté d’expression est “garantie” ou “moyennement garantie”. Ce chiffre baisse de 11 points par rapport à 2011 et de 6 points par rapport à 2016.

Concernant la liberté de protestation, 48% des personnes interrogées estiment qu’elle est “garantie” ou “moyennement garantie”. 

Enfin, une personne interrogée sur deux estime que la liberté d’association est “garantie” ou “moyennement garantie”.

Un désintérêt de la chose politique

Le désintérêt de la chose politique est de plus en plus inquiétant en Tunisie.

Selon l’Arab Barometer, près d’un Tunisien sur 4 se déclare intéressé par la politique (24%), soit 22 points de moins qu’en 2013.

Arab Barometer

Stress et dépression

Selon l’Arab Barometer, les Tunisiens font partie des personnes les plus stressées et les plus dépressives des citoyens des 11 pays étudiés.

53% des Tunisiens interrogés ont affirmé avoir été “plusieurs fois” ou “souvent” stressés durant les 6 mois précédents le sondage.

40% des citoyens ont déclaré se sentir “plusieurs fois” ou “souvent” déprimés
au cours des six mois précédant l’enquête.

Les femmes sont les victimes principales du stress (56% des femmes interrogées) tout comme de la dépression (41% des femmes interrogées).

Si le stress touche plus les 30-39 (62%), la dépression touche surtout les plus de 50 ans (41%).

Par rapport aux autres pays arabes étudiés, la Tunisie présente le taux le plus élevé de personnes stressées devant l’Irak (49%), la Jordanie (42%) ou encore la Palestine (40%).

Concernant la dépression, la Tunisie arrive juste derrière l’Irak (43%) mais devance la Palestine (37%) ou encore la Jordanie (34%).

L’Arab Barometer est un projet de recherche indépendant qui fournit des
informations sur la vie sociale, économique et politique dans le monde arabe au moyen de sondages auprès de citoyens ordinaires de 12 pays arabes, à l’initiative de l’Université de Princeton. Le projet vise à permettre aux citoyens du monde arabe d’exprimer leurs besoins et leurs intérêts.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.