18/07/2019 18h:02 CET | Actualisé 19/07/2019 13h:51 CET

Départs successifs à la CGEM: Le vice-président Faycal Mekouar claque la porte

La chute de la maison Mezouar?

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ÉCONOMIE - Coup de tonnerre dans le milieu des affaires à Casablanca. La rumeur a été confirmée: Faycal Mekouar, numéro deux de la CGEM et binôme du patron des patrons, Salaheddine Mezouar, a déposé sa démission, près de 24 heures après celle de Fadel Agoumi, directeur général délégué de la confédération. Ce jeudi lors d’un point presse à Casablanca, un Mezouar fragilisé est revenu sur les départs successifs d’éléments forts de la confédération. 

Convoquée à la dernière minute, la presse s’est réunie au siège de la CGEM pour un éclaircissement sur le départ de Faycal Mekouar, vice-président de la confédération du patronat marocain et colistier de Salaheddine Mezouar lors du scrutin de mai 2018. Au terme d’une victoire écrasante et sans suspense contre le tandem Marrakchi-Benhida, le duo vainqueur avait succédé à l’indéboulonnable Miriem Bensalah-Chaqroun, le 22 mai 2018, marquant un nouveau chapitre dans l’histoire des élections de la CGEM: pour la première fois en 18 ans, les membres du patronat ont eu à départager entre deux binômes pour les représenter. 

Après plus d’une année dans l’ombre de Salaheddine Mezouar, Fayçal Mekouar claque la porte et complète la liste, qui doucement s’allonge, des démissions successives: avant lui, Ahmed Rahhou (vice-président), Mohamed Talal (vice-président), Hammad Kassal (président de la commission Délais de paiement) et plus récemment, Fadel Agoumi, directeur général délégué, ont abandonné leur place dans les hautes sphères du patronat. 

Des départs qui en disent long sur l’ambiance au sein de la CGEM où, selon les dires en interne, Mezouar poursuit son petit ménage depuis son élection et dépoussière les rangs des vétérans de la confédération. Entouré de ses vice-présidents, il a dressé, ce jeudi après-midi, le bilan d’une première année de présidence. “Nous avons fini l’acte 1, nous passons à l’acte 2” a déclaré Mezouar en prélude à de longues déclarations sur le départ de son numéro deux, absent à la table des VP. 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il s’est longuement attardé sur le modus operandi qu’il a imposé à ses équipes dès son élection, pour contrôler et superviser l’ensemble de la confédération. Malgré certains dysfonctionnements en interne, la stratégie Mezouar “différente” de celles des précédentes présidences, est pour lui “efficace”. “Mon travail d’analyse et d’écoute n’était pas pour interférer dans les prérogatives de qui ce soit. Mais j’ai la mission d’intervenir et faire évoluer les choses, je me suis engagé avec mon partenaire et ma responsabilité en tant que président est de faire en sorte que ça marche” insiste-t-il. “J’ai une philosophie: je sais où je veux mener, je fais en sorte d’aider les uns et les autres à évoluer et s’adapter. C’est ça faire bouger et faire vivre une organisation” poursuit-il.

Une démission “inélégante” 

“Faycal et moi avons eu une certaine dynamique pendant la période de campagne. Forts des échanges, partages et remontées, nous avions décidé d’aller vers l’avant et continuer d’avancer ensemble. Nous avions ajusté et veillé à ce que l’ensemble des structures de la CGEM puisse avancer en harmonie et par rapport aux objectifs assignés” précise Mezouar. S’il se dit être un président “qui accompagne”, il a pourtant perdu en route son homme de confiance, se dédouanant de toute responsabilité liée à ce départ.

Et c’est sur le registre de l’émotion que table le président pour expliquer la démission de son bras droit. “Il est un ami avec lequel j’ai travaillé naturellement en toute confiance, nous avons fonctionné ensemble et fait face aux difficultés ensemble. Je me suis interdit de faire quoi ce que soit sans qu’il ne soit au courant ou consulté. J’ai tout fait pour qu’il soit, au même titre que moi, le plus visible possible, le plus respecté et écouté, en interne notamment” avance Mezouar, “attristé” par cette décision.  

Des divergences entre les deux hommes, il y en a eu. “C’est quelque chose de naturel”. Mais le départ de Mekouar est une décision que le patron des patrons juge peu élégante, surtout “par rapport au degré de confiance établi”, poursuit-il. “C’est inélégant de recevoir une démission sans prendre la peine de s’assoir et en discuter avant. Une machine s’est mise en branle après cette annonce. Je ne suis pas venu ici pour me battre contre les miens mais avec les miens pour l’intérêt du monde de l’entreprise. Je ne comprend pas... (il marque un long silence et reprend). Il m’a fait plusieurs remarques, je lui en ai fait aussi, quoi de plus banal. On a été élus ensemble, la moindre des choses c’est de mettre les choses sur la table. Rien ne justifiait, à mon sens, une telle décision”, martèle Mezouar. “Quand on fonctionne dans la confiance, on reste dans la confiance, et moi quand je m’engage avec quelqu’un, je reste jusqu’au bout!”. 

Après un bilan survolé des réalisations du patronat pour cette première année sous son égide, “la CGEM continue sa vie, l’acte 2 continue, il y aura probablement un acte 3” ajoute-t-il. Sur le ton de l’avertissement (et à la troisième personne du singulier), il insiste sur un respect primordial de l’institution pour éviter les conflits en interne. “On pose les problèmes et on discute. Si le problème devient Mezouar, et la manière avec laquelle il fonctionne en ouvrant la CGEM à de nouveaux visages, à de nouvelles compétences, si on considère que cela est un crime de lèse-majesté, alors il y a maldonne. Il faut accepter le style”. 

De nouvelles élections en interne devraient avoir lieu prochainement lors d’une assemblée. Pour l’heure, la place de VP général sera assurée en intérim par l’un ou l’une des sept vice-président(e)s de la gouvernance Mezouar, après approbation du Conseil d’administration.