MAROC
15/07/2015 12h:01 CET | Actualisé 15/07/2015 13h:05 CET

Le ministre de la Culture entame la délégation de gestion des sites historiques (INTERVIEW)

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Comment le ministère de la Culture espère rentabiliser les sites historiques

MONUMENTS – Le ministère de la Culture vient de lancer un appel à concurrence pour "l’exploitation des services de gestion économique et d’animation culturelle" de trois sites historiques à Marrakech. Sont concernés par cette opération le Palais Bahia, le Palais Badiâ et les Tombeaux saadiens à Marrakech. Comment cette délégation des services se fera-t-elle et dans quel but? Le ministère de la Culture ne risque-t-il pas de perdre le contrôle de ces monuments qui sont aujourd'hui sous sa tutelle? Éclaircissements avec Mohamed Sbihi, ministre de la Culture.

HuffPost Maroc: Pourquoi cette délégation de la gestion économique et culturelle de ces monuments?

Mohamed Sbihi: Il faut préciser tout d'abord que ce n'est pas une privatisation mais une simple délégation d'un certain nombre de prestations au niveau des sites historiques. Cela concerne la gestion économique et l'animation culturelle de certains monuments. Au ministère de la Culture, nous avons toutes les compétences pour mener à bien des tâches comme la documentation, les études et la restauration des monuments, mais nous ne sommes pas nécessairement pourvus de compétences humaines pour une bonne gestion économique de ces sites.

Dans le détail, quelles sont les opérations qui seront déléguées?

Tout ce qui a trait à la gestion économique, l'accueil des visiteurs, la gestion de la billetterie, la promotion et la communication de ces monuments, l'entretien courant, la gestion d'espaces (salons de thé et services, ndlr) et l'animation culturelle. Cela concerne également la mise en place de ce tout ce se rapporte aux visites guidées, l'organisation de manifestations sur le site pour accroître leur rayonnement, les activités pédagogiques à destination des écoles et du jeune public, la mise en place d'une scénographie au sein de ces sites en relation avec leur historique pour mieux le mettre en valeur.

Cela ne risque-t-il pas de faire perdre au ministère de la Culture le contrôle qu'il a sur les monuments?

Il faut comprendre que nous restons présents sur les sites pour le contrôle et les opérations de grande envergure. Toutes les actions de restauration restent sous la responsabilité du ministère de la Culture. Ce n'est pas une location mais juste la délégation d'un certain nombre de prestations à des opérateurs privés.

Espérez-vous une rentabilisation de ces sites avec ce changement de mode de gestion des monuments?

Absolument. Nous enregistrons actuellement deux millions de visiteurs sur l'ensemble des sites. Nous estimons atteindre le chiffre de cinq millions de visiteurs au bout de trois ans, à travers une gestion plus professionnelle de ces sites, et nous aspirons à avoir 20 millions de visiteurs sur l'ensemble des monuments à l'horizon 2020.

Lorsque les prestations seront améliorées au niveau de l'accueil, et que des audio-guides seront mis en place, les visites seront mises à niveau. Nous comptons aussi commercialiser des produits dérivés sur place. Rien ne nous empêchera d'augmenter le prix d'entrée qui est de dix dirhams aujourd'hui en moyenne. Si l'on monte ce tarif à 50 dirhams à condition d'améliorer très nettement les prestations, nous arriverons à une moyenne de 500 millions de dirhams dont au moins le tiers servira à la restauration de ces sites et à l'amélioration de leur protection. Nous pensons aussi instaurer des tarifs préférentiels pour les jeunes, les familles et les étudiants.

Comptez-vous généraliser cette initiative à l'ensemble des monuments?

Ce mode de gestion va en effet être graduellement instauré sur l'ensemble des monuments. Dès que l'on aura achevé la procédure pour ces trois sites pilotes, nous lancerons un appel à concurrence courant septembre pour trois autres monuments. L'offre concernant le Palais Bahia, Palais Badiâ et les Tombeaux saadiens à Marrakech devrait être opérationnelle pendant le troisième trimestre de 2015.

Les prochains sites choisis se trouverons dans d'autres villes. Nous disposons d'autres sites très intéressants qui ont besoin de cette modernisation qui passera par la professionnalisation des services. Il s'agira de sites majeurs, comme Volubilis, sur lesquels le ministère a énormément investi. Par exemple, pour le Palais Bahia, nous avons mené de grands chantiers de restauration. Pour Volubilis, nous avons construit un centre d'information sur le patrimoine pour accueillir le public.

Pensez-vous que des entreprises marocaines ont suffisamment l'expérience dans ce secteur?

L'appel à concurrence nous montera si oui ou non. De toute manière, l'appel est lancé au niveau international. Si c'est une entreprise internationale qui remporte cette offre, elle sera tenue de créer une entité de droit marocain pour pourvoir assurer la gestion de ce site dans de brefs délais.

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