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28/11/2018 10h:08 CET | Actualisé 28/11/2018 10h:30 CET

Dégagisme FLN: Ould Abbès et le BP n’avaient pas le code, ils ont été déconnectés

"Au-delà de cette cuisine, la plus grande victime dans ce “dégagement général”, ce sont les statuts, qui comme les Constitutions du pays, ne servent à rien devant le fait du prince"

Reuters

Djamel Ould Abbès est définitivement mis à la retraite. Tout comme pour Amar Saadani, certains sur les réseaux sociaux s’inquiètent de ne pouvoir rire du spectacle servi par des cabotins -selon le dictionnaire, “de mauvais et prétentieux acteurs”- sous un régime à bout de souffle où la politique tourne à la caricature. Même le bureau politique du FLN qui a commis un communiqué niant la “démission” de Ould Abbès disparaît.

Et dans la foulée, le Comité central passe à la trappe dans un silence sidéral. Aucune voix n’a apporté la moindre contradiction, pas même ceux qui ont pondu le communiqué affirmant que Djamel Ould Abbès n’a pas démissionné. Et de fait, il n’a pas démissionné, il a été renvoyé sans aucune forme de procès. On ne lui a même pas laissé le soin d’annoncer sa “démission”, un égard qui a été accordé à Amar Saadani.

Ould Abbès dont le zèle pour le cinquième mandat a fait le bonheur des persifleurs sur les réseaux sociaux pourra toujours philosopher sur la fameuse “rétribution de Cinimar” qui lui a été appliquée. C’est vrai que Ould Abbès  n’a rien construit et on ne le jette pas du haut d’un palais, on se contente de l’effacer, de le déconnecter. Peu de personne, mis à part les facétieux sur les réseaux sociaux, ne se mettront à regretter Ould Abbès, surtout si l’on se rappelle l’épisode, étouffé, de la vente des candidatures à la députation au nom du FLN.

Mais au-delà de cette cuisine, la plus grande victime dans ce “dégagement général”, ce sont les statuts, qui comme les Constitutions du pays, ne servent à rien devant le fait du prince. On ne se soucie plus des formes, toutes les règles présidant au fonctionnement du FLN sont bafouées et ses structures dissoutes sans aucune forme de procès.

Le FLN a annoncé que “conformément aux instructions” du chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika, une “instance dirigeante” avec pour “coordonateur” Mouad Bouchareb est mise en place avec la mission de préparer un « congrès extraordinaire à même de lui garantir un nouveau départ dans le cadre de l’unité, la cohésion et la solidarité”.

La dernière “mission” de Djamel Ould Abbès, exécutée de manière théâtrale a consisté à soutenir de manière bruyante et théâtrale les députés FLN ( des autres partis de “l’allégeance”) marchant en “ordre serré” pour débarquer Saïd Bouhadja, de la présidence de l’APN.  

Bouchareb remplace donc aussi bien Bouhadja que Ould Abbès, un relativement jeune qui s’installe à la place de vieux. En apparence, nous avons un “rajeunissement” voire une “révolution” au sein du parti majoritaire dans un système contrôlé par des gérontes. Mais, c’est un “rajeunissement” en trompe-l’oeil, on est encore dans la vieille cuisine du régime qui continue d’utiliser un vieux logiciel criblé de virus.

La maison de l’obéissance

Feu Abdelhamid Mehri, seul dirigeant du FLN à l’avoir libéré de la “maison de l’obéissance” et à en faire un parti autonome du pouvoir disait après le fameux “complot scientifique” en 1996 que le parti était “devenu indépendant de ses militants”. On peut préciser désormais aussi qu’il est totalement indépendant de sa direction et de ses statuts. Il suffit que le président “décide” pour que les statuts cessent d’exister.  

Pourquoi ce “chambardement”? Poser la question est presque incongru, c’est comme si l’on continuait à voir dans le FLN un parti alors qu’il ne l’est manifestement pas. Depuis le départ de Abdelhamid Mehri, le FLN n’a pas l’ombre d’un programme hormis celui de “soutenir le président”.

La “politique” au sein du parti se résume à des positionnements dans la course à la candidature dans les assemblées élues, surtout l’APN et le Conseil de la Nation. Cela en fait un tremplin pour les clientèles, un lieu pour la promotion sociale, pour les affaires et non pas un lieu où l’on parle de politique.  De ce fait, le pouvoir - c’est à dire le clan présidentiel - ne prend aucun risque en traitant aussi cavalièrement les responsables du FLN et les statuts.

Ce chambardement permet à quelques mois de la présidentielle de rebattre les cartes et de reprendre le contrôle des clientèles en créant de “l’instabilité”. On leur rappelle alors que le dispositif pour le cinquième mandat est en place que dans  “la maison de l’obéissance”, on obéit et on ne doute pas. Même les zélateurs sont punis s’ils ne comprennent pas à demi-mots ce que le prince veut. Ould Abbès, aussi roublard qu’il se croyait, n’a pas eu le flair de comprendre qu’il fallait soutenir Tayeb Louh contre le “méchant” Ahmed Ouyahia.