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13/08/2018 09h:19 CET | Actualisé 13/08/2018 09h:19 CET

Défendre les libertés individuelles et l’égalité en tant que principes et valeurs: Voilà le véritable combat du moment!

Voilà pourquoi le combat aujourd’hui c’est de défendre les libertés individuelles et l’égalité en tant que principes et valeurs et ne pas céder le terrain aux conservateurs de tous bords.

Anadolu Agency via Getty Images

Les critiques ou plutôt les attaques honteuses et les appels à la haine contre le rapport de la COLIBE et les menaces de mort contre sa présidente Bochra Bel Hadj Hamida sont insupportables et indignes. Critiquer le contenu du rapport et exprimer son opposition aux propositions qu’il développe est, pour tout un chacun, un droit absolu. Encore faut il que ces critiques portent sur le contenu du dit rapport ce qui n’a pas toujours été le cas.On a, au contraire, assisté à une avalanche d’injures, d’insultes, de diffamations et de propos qui, pour nombre d’entres eux, relèvent en principe des tribunaux.

Et jusque là les premières salves des attaques et des critiques proviennent des habituels courants conservateurs et notamment ceux issus de l’islam politique que l’on a déjà vu à l’œuvre en Tunisie après 2011 et que la Tunisie a eu, faut-il le rappeler, à affronter dans les moments importants de son histoire.

Ce qui est plus étonnant et, pourquoi ne pas le dire, plus inquiétant c’est le silence assourdissant de certains courants dits “progressistes” et qui se cachent souvent sous le fallacieux prétexte qu’il y aurait d’autres … “priorités” pour le pays. Ainsi donc débattre et défendre les libertés individuelles et l’égalité ne serait aux yeux de certains qu’un épouvantail pour détourner l’attention de l’opinion sur les “vrais” priorités du pays. Décidément et comme on le voit le conservatisme a encore de beaux jours devant lui.

Néanmoins cela témoigne de l’état d’esprit de certains courants politico-religieux conservateurs qui, comme leurs prédécesseurs en d’autres temps se sont opposés – et toujours au nom des “traditions” et/ou de l’islam - à Khair-Eddine Pacha (à la fin du 19ème siècle), à Tahar Haddad (dans les années 30) ou aux réformes promus par Bourguiba et les progressistes après l’indépendance [1].

Mais au-delà de ces péripéties et invectives - que l’histoire ne retiendra pas de toute façon - il y a ce fait nouveau - et oh combien important - depuis la révolution de 2011, que toutes les questions (politiques, sociales, économiques, sociétales …) soient maintenant débattue publiquement. C’est sain, il ne faut ni en avoir peur ni faire l’autruche et attendre que l’orage passe. Cela nous change également des habituelles méthodes privilégiées dans le passé du réformisme autoritaire imposé par le haut. Et cela est à inscrire comme un acquis et un héritage de la révolution.

Rien donc de très nouveau à vrai dire et cela montre qu’il y a bien (au moins) 2 conceptions de la politique (la politique étant entendu comme la gestion pacifique de la vie en société et de la cité) qui, en Tunisie comme ailleurs, s’affrontent et s’affronteront toujours sur les questions essentielles. Et le rapport de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité porte justement sur des questions essentielles: Comment faire valoir et promouvoir après la révolution les principes et les valeurs de libertés individuelles d’une part et d’égalité - et notamment l’égalité entre hommes et femmes - de l’autre et du même coup comment mettre le code pénal et les lois en conformité avec la constitution de 2014.

Les libertés individuelles et l’égalité en tant que principes et valeurs qui devront dans un second temps se traduire dans des textes de lois discutés par l’ARP sur les nombreux et différents sujets abordés et traités dans le rapport de la COLIBE. A la condition bien évidemment que cela arrive en débat au Parlement.

Les conservateurs de tous bords et en particulier les courants de l’islam politique ont jusque là fait plutôt profil bas au sujet de la Constitution et de ses chapitres concernant LA liberté, LA dignité, LES droits humains …. La raison est qu’ils savaient pertinemment qu’une constitution issue du contexte et de l’euphorie de la révolution, fut-elle la plus avancée, demeure lettre morte si les lois restent les mêmes que sous l’ancien régime. Le code pénal, les lois et décrets, les circulaires … ne sont-ils pas la traduction juridique et administrative de la constitution? Ne sont-ils pas la “lettre” qui traduit “l’esprit” de la constitution? Et, comme la nature, la politique a elle également horreur du vide et à avoir tergiversé et trop tardé dans la mise en place des institutions comme par exemple la cour constitutionnelle et de mettre en conformité les lois obsolètes (dont certaines datent même de l’époque coloniale) le conservatisme a toujours, avec toutes les facilités du monde, une formidable capacité à (ré)occuper le terrain. La raison c’est tout simplement “la force de l’habitude” sur laquelle fonctionne et surfe le conservatisme. A côté d’autres vecteurs tels que les intérêts économiques bien compris (la question de l’héritage notamment).

Qui plus est une liberté qui ne peut s’exprimer publiquement et ouvertement, protégée par des lois, est un non-sens et n’est tout simplement pas une liberté. C’est ce qu’ont bien compris nos conservateurs et leurs stratèges. Et les manifestations de rue comme les invectives et insultes sur les réseaux sociaux de ces derniers jours contre la COLIBE et sa présidente avec des slogans le plus souvent à l’opposé voire hostiles aux principes inscrits dans la constitution sont une démonstration de plus que rien n’est définitivement acquis et qu’il est urgent de défendre la Constitution. La défendre en tant que texte fondateur de la république dans ses principes et valeurs mais en tant que source qui alimente nos lois. Et par delà défendre les citoyen(ne)s à partir de textes de lois conformes à la constitution. Car en réalité et au fond c’est bien de cela qu’il s’agit: ne pas laisser les citoyen(ne)s, les personnes, les individus soumis au bon vouloir du patriarcat et/ou des guides autoproclamés et toujours au nom d’une lecture restrictive des traditions ou de la religion.

Tout compte fait, et pour prendre nos contradicteurs au mot, il n’a jamais été nulle part interdit de ne pas se référer ou utiliser un droit, quant on est majeur et en pleine conscience de ses moyens, si on ne le souhaite pas personnellement. Mais, à l’inverse, si je considère que je suis opprimé, humilié, exploité … alors il vaut mieux que je puisse m’appuyer pour me défendre sur une loi qui existe. C’est simplement une question de bon sens. Et c’est peut être ce que nos conservateurs de tous bords ne veulent pas ! Que les gens se mettent à réfléchir par eux-mêmes, pèsent le pour et le contre avant de prendre leur décision.

Voilà pourquoi le combat aujourd’hui c’est de défendre les libertés individuelles et l’égalité en tant que principes et valeurs et ne pas céder le terrain aux conservateurs de tous bords.

 

 [1] Imaginons les résultats si KheirEddine pacha avait écouté les “arguments” des conservateurs de l’époque ; si Tahar Haddad avait abdiqué face aux “arguments” des conservateurs qui l’ont ignoblement attaqué après son livre sur les femmes et son action avec la naissance du syndicalisme indépendant et la CGTT ; si l’on avait, au lendemain de l’indépendance, privilégié les arguments des conservateurs contre les réformes entreprises par Bourguiba et les progressistes du mouvement national (comme l’interdiction de la polygamie et la mise hors la loi de la répudiation, la promulgation du CSP, l’éducation obligatoire pour tous, le droit à la santé, la généralisation des services publics…) ; imaginons si en 2013 lors du débat sur la constitution on avait laissé passer l’idée selon laquelle la femme n’est que “complémentaire” à l’homme … etc.

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