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30/06/2018 12h:41 CET | Actualisé 30/06/2018 12h:41 CET

Décolonisation ou indépendance?

Le citoyen des pays "indépendants" se rend compte qu’il n’est qu’un "décolonisé"...

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On situe l’ère des décolonisations au début de la deuxième moitié du XXe siècle. L’indépendance (ou la décolonisation ?) de pays comme l’Inde et l’Algérie sert de repère pour situer dans le temps ce processus historique qui avait pris une allure universelle malgré le caractère locale (ou national) de chaque mouvement.

Comme tout processus d’asservissement et d’assujettissement, la colonisation avilit l’être humain et le réduit à l’état d’animal. Après la traite négrière et le commerce triangulaire, les appétits des pays européens n’étaient pas encore rassasiés et la demande en matières premières prenait des ascendants vertigineux avec une Révolution industrielle en plein essor. A la conférence de Berlin en 1885 on s’est partagé l’Afrique sans se soucier de l’Africain, ce ”sous-homme” surexploité depuis le XVIe et XVIIe déjà.

En revanche, toute tyrannie n’est pas éternelle ; elle meurt avec le déclin de son concepteur. Il en est de même pour le système colonial qui portait en son giron les germes de sa décrépitude. La montée des mouvements ”nationalistes” ou ”indépendantistes” au sein des colonisés a conduit à une prise de conscience qui a donné naissance à des “révolutions anticoloniales” qui ont marqué le XXe siècle. Le rêve d’un pays indépendant, souverain et démocratique a gagné la conscience de tous les désormais ex-colonisés.

Mais, après la liesse succède la torpeur, ironie de l’histoire. Si toute révolution est ratée, inachevée, il en est de même pour les “révolutions anticoloniales” : des guerres héroïques ont accouché de “révolutions trahies”. L’espoir est mort dans l’œuf. Des dictatures et des systèmes militaires se sont emparé du pouvoir et gèrent les pays d’une main de fer. La liberté d’expression est muselée, l’individu est surveillé, soupçonné, les ” fleuves détournés”…

Dans la misère sociale et la pauvreté, le citoyen de ces pays ”indépendants” est partagé entre l’envie de fuir et l’obligation de rester. La tête entre deux rives, il rêve et survit dans un espace imaginaire et imaginé afin de remplacer son espace confisqué. Entre le choix de rester et d’assister à l’émiettement de son rêve et le départ pour vivre dans une paix avortée, le citoyen des pays ”indépendants ” est partagé, affolé. L’ère des questionnements sempiternels le gagne comme un prurit envahissant : ”suis-je réellement indépendant ?” ”Où sont mes libertés acquises par le combat de mes parents ?”, ”Ces décideurs sont-ils légitimes ? Sont-ils compétents ?”…Le citoyen des pays ”indépendants” se rend compte qu’il n’est qu’un “décolonisé” qui doit se battre à nouveau pour son indépendance comme ses ancêtres “colonisés” ont combattu pour ”l’indépendance”…confisquée !  

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