ALGÉRIE
14/03/2019 16h:00 CET

Déclaration de l'ACDA: "Non au coup de force contre la volonté populaire"

ACDA (Agir pour le changement et la démocratie en Algérie) est une association créée en 2011, à Paris, à la faveur de mobilisations en Algérie et de la révolution tunisienne.

Kiran Ridley via Getty Images

Déclaration intégrale de l’association “Agir pour le changement et la démocratie en Algérie″.

Le régime algérien provoque une nouvelle fois le peuple et confirme sa nature manipulatrice et son mépris. Le 3 mars dernier, alors qu’Abdelaziz Bouteflika était hospitalisé à Genève, une lettre en son nom promettait au peuple algérien d’entamer une période de transition en vue de changer de régime si le candidat Bouteflika était élu pour un cinquième mandat d’une année. Il s’engageait aussi à organiser, par la suite, une élection présidentielle anticipée selon le calendrier arrêté durant la période de transition. Le rejet de cette proposition épistolaire a été massif et le mot d’ordre du rejet du « cinquième mandat » maintenu.

Dans le message lu en son nom ce 11 mars, Bouteflika veut imposer la même chose, mais tout en se maintenant au pouvoir au-delà du terme de son mandat actuel, reportant sine die l’élection présidentielle initialement prévue le 18 avril. Cette manœuvre est encore plus grossière et insulte l’intelligence des Algériennes et des Algériens. Il feint d’ignorer que c’est le rejet de sa candidature à un « cinquième mandat » qui constitue le premier point de ralliement de la mobilisation populaire, tout autant que le désir profond d’un changement de régime.

De plus, cette dernière lettre attribuée à Bouteflika indique que ce dernier n’avait pas la volonté de se présenter à un « cinquième mandat » et contredit, de ce fait, les précédentes décisions et lettres qui lui étaient attribuées : ceci confirme que le président n’agirait pas seul et qu’un groupe occulte usurpe la fonction présidentielle depuis plusieurs années, et prouve aussi la volonté du clan présidentiel de mentir d’une manière éhontée au peuple pour aller jusqu’au bout de son projet désastreux qui est de se maintenir au pouvoir.

Pourtant, ni son état de santé ni son âge ne lui permettent de réaliser en quelques mois ce qu’il n’a jamais envisagé en vingt ans de pouvoir. De plus, il le ferait en prorogeant son mandat actuel au-delà de son terme constitutionnel, en violation de la Constitution et contre la volonté populaire clairement exprimée. En effet, ce qui est proposé aujourd’hui au nom de Bouteflika n’est rien moins qu’un énième coup de force dans la plus pure tradition de ce pouvoir qui s’est imposé aux Algériennes et aux Algériens depuis l’indépendance.

Cette ultime manœuvre ne fait que renforcer la nécessité de la vigilance populaire et de l’élévation de la conscience politique commune. Plus que jamais, nous devons rester mobilisés dans la longue durée contre ce «  cinquième mandat » de facto et pour amorcer, sans Bouteflika et le pouvoir de l’ombre qui l’entoure, une transition démocratique qui ne soit pas otage de leur bon vouloir. Plus que jamais, le caractère pacifique et massif des manifestations doit demeurer. La transition démocratique réclamée par le peuple algérien doit se faire avec l’ensemble des acteurs issus du mouvement populaire, selon des modalités et des mécanismes indépendants du pouvoir actuel.