ALGÉRIE
26/05/2019 11h:38 CET | Actualisé 26/05/2019 11h:39 CET

Décès d'une dame à la nouvelle aérogare d'Alger: lacunes de sécurité et mauvaise exploitation

NurPhoto via Getty Images

Une voyageuse est décédée vendredi 24 mai 2019 à la nouvelle aérogare de l’aéroport international Houari-Boumediene d’Alger. Victime d’un arrêt cardio-respiratoire, la dame n’a malheureusement pas bénéficié de premiers soins dans les délais. Ce nouveau terminal n’est doté d’aucun défibrillateur et les services de la Protection civile n’ont toujours pas pris possession de leurs locaux, a appris le HuffPost Algérie auprès d’une source interne à la Société de Gestion des Services et Infrastructures Aéroportuaires d’Alger (SGSIA) 

La scène est racontée par un voyageur, M. Abdelkader Kessaissia, médecin interne des hôpitaux de Paris, spécialité anesthésie et réanimation. Il attendait ses bagages en provenance de Paris à bord du vol AH 1001 au terminal “T4”, c’est-à-dire à la nouvelle aérogare, lorsque la dame a fait un arrêt cardio-respiratoire.

Aidé des autres voyageurs, il a entamé un massage cardiaque. Après avoir demandé aux policiers arrivés sur les lieux de ramener un défibrillateur, ces derniers lui ont fait savoir que le terminal ... n’en est pas doté !

Pis encore, les services de la Protection civile ne sont arrivés qu’une quinzaine ou une vingtaine de minutes plus tard, a-t-il affirmé. Il était trop tard: la dame était décédée.

Le décès de cette dame, mère d’une fille atteinte d’un retard mental, a révélé plusieurs lacunes de sécurité, basique ou non, à la nouvelle aérogare d’Alger, entrée en service lundi 29 avril 2019, c’est-à-dire cela fait à peine un mois.

“Le principal dysfonctionnement est l’absence de défibrillateur”, a constaté M.Kessaissia. Le facteur prédictif le plus important c’est la récupération d’un rythme cardiaque efficace et cela ne peut être effectué qu’avec un défibrillateur. Sans cet appareil, utilisé de manière précoce, les chances de survie s’amenuisent de manière spectaculaire”, a-t-il fait savoir.

Quant à l’intervention tardive de la Protection civile, une source interne à la SGSIA fait savoir que ces services n’ont toujours pas pris possession de leurs locaux au terminal T4.

Le manque de réactivité de ces derniers ne semble pas être le seul souci auquel ils doivent prendre en compte puisque le même médecin a souligné un “manque de formation d’un des pompiers, qui a effectué un massage cardiaque de mauvaise qualité” sur la victime. 

L’exploitation pointée du doigt

Le dispositif de sécurité à l’intérieur de la nouvelle aérogare n’est pas le seul à faire l’objet de lacunes. Depuis la mise en service de la nouvelle aérogare, l’exploitation est également sujette à critiques. Des voyageurs dénoncent même “une anarchie totale”.

Selon la même source, le P-DG de la SGSIA, Tahar Allache, a procédé à la nomination de 5 directeurs de permanence en exploitation, chargés d’exécuter les opérations de gestion quotidienne dans cette enceinte aéroportuaire. Toutefois, “ces cadres n’ont aucune expérience avec leurs compétences. L’un d’eux, par exemple, est architecte de chantier recruté fin 2015 pour le suivi du béton de la nouvelle aérogare”.

Ces directeurs sont ainsi chargés de gérer les passerelles télescopiques, les tapis de bagages, l’enregistrement, entre autres. 

Les voyageurs à bord du même vol susnommé, AH 1001, ont dénoncé une “mauvaise gestion” à leur arrivée à Alger.

La mise en service de la nouvelle aérogare avait déjà été retardée en raison d’une défaillance du système de détection d’incendie

Pour rappel, le projet de la nouvelle aérogare fait l’objet depuis 2018 d’une enquête de la part du bureau gouvernemental britannique, Serious Fraud Office (SFO) pour soupçons de corruption.

Le groupe Ultra Electronics, qui avait obtenu un marché pour l’installation d’une solution informatique de gestion aéroportuaire, a accusé le P-DG de la Société de Gestion des Services et Infrastructures Aéroportuaires d’Alger (SGSIA), Tahar Allache, de corruption. 

Récemment, le parquet d’Alger a ouvert une enquête à son encontre, rapportait plusieurs médias.