ALGÉRIE
10/08/2019 10h:41 CET

Décès de Marie-Jeanne Manuellan, celle qui a travaillé “sous la dictée de Fanon”

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Marie-Jeanne Manuella, l’assistante du grand penseur et militant anticolonialiste, Franz Fanon, est décédée à l’âge de 92 ans, rapporte l’écrivain martiniquais Raphael Confiant, sur le site Montray Kréyol 

Venue en Tunisie indépendante en 1957  en tant qu’assistante sociale, Marie-Jeanne Manuella a été affectée par le ministère tunisien de la santé au Centre Neuropsychiatrique de Jour (CNPJ), à l’hôpital Charles Nicolle de Tunis, dans le service de Franz Fanon. C’est là que se noue une rencontre qui va être importante dans l’histoire de la pensée en générale et de la pensée anticoloniale.

Dans un témoignage rapporté par Florence Aubenas dans le journal Le Monde, elle raconte qu’elle restée deux mois dans son petit bureau cagibi sans que le médecin-chef, Franz Fanon, ne lui adresse la parole. Seule français dans le service, Fanon fréquente pas les Français”.

Il l’a avertie d’un ton glacial en précisant : “J’ai des responsabilités au FLN”. Pourtant, plusieurs mois plus tard, Fanon lui demande si elle veut bien venir tôt, dès 7 heures du matin, car il avait le projet de livre et qu’il avait besoin d’une secrétaire.

Ainsi commença l’écriture d’un des livres phares de Franz Fanon, “l’an V de la révolution algérienne” publié en 1959, suivi en 1961 du célèbre “Les damnés de la terre”.

Dans un témoignage livré à la fondation Franz Fanon, précise: “”Dicter” n’est pas le juste mot : en fait, FANON, sans le moindre papier en mains “parlait” son livre, à voix haute, tout en marchant de long en large dans la pièce. Ses phrases s’enchaînaient, semblait-il “toutes seules”. Mais les grandes lignes des chapitres avaient déjà été élaborées dans sa tête. “Le livre est là…”, disait-il, posant sur son grand front le bout de son index”. 

Marie-Jeanne Manuellann a publié en 2017, un livre témoignage intitulé  “Sous la dictée de Fanon” aux, édiitions L’Amourier. “ Fanon m’a rendue libre” dit-elle 

Elle avait 92 ans, avait travaillé dans son jeune temps aux côtés de FANON et donc tapé à la machine à écrire ce texte qu’il lui dicta des mois durant tout marchant en long et en large dans son cabinet, habité par cette passion que chacun lui connaissait. Merci à Mme MANUELLAN pour cet inestimable témoignage ! Allah ya-rahma ! comme l’on dit en terre d’islam....” lui rend hommage  Raphaël Confiant.