TUNISIE
10/03/2019 13h:21 CET | Actualisé 15/03/2019 13h:09 CET

Décès de 11 nouveau-nés - Médecins, citoyens, autorités: "Tous responsables" clame le président de l'Organisation Tunisienne des Jeunes Médecins

Il accuse également les autorités de "crime de meurtre pour non assistance à personne en danger"

Le président de l’Organisation Tunisienne des Jeunes Médecins, Jed Henchiri, a déploré, dimanche, la “catastrophe” qui a causé la mort de 11 nouveau-nés décédés entre les 7 et 8 mars dans les services de gynécologie obstétrique de l’hôpital de la Rabta à Tunis, pointant du doigt une responsabilité collective. 

“Nous l’avons dit et répété un nombre incalculable de fois qu’une catastrophe allait avoir lieu à cause de l’absence totale de responsabilité” a-t-il affirmé (à partir de 11:45 dans la vidéo ci-dessus).

“Nous, médecins et infirmiers sommes aussi responsables en ayant accepté de travailler dans un environnement et des conditions aussi médiocres” a-t-il indiqué expliquant que plus d’une fois des produits périmés sont arrivés au sein des hôpitaux publics, sans que personne n’en porte la responsabilité. 

Il a en outre pointé du doigt “la désinvolture” dans l’entretien des différents services, dans le recrutement d’un personnel qualifié ou encore les moyens accordés aux médecins: “Malgré ça, nous avons accepté de continuer de travailler” évoquant une obligation de moyens incombant aux médecins.

“Dans un autre contexte, nous aurions peut-être dû refuser de continuer de travail dans ces conditions inhumaines” poursuit-il avant d’ajouter: “Si nous avions appliqué la loi, nous aurions dû arrêter de travailler”.

Pour lui, tous les Tunisiens sont responsables: “Qui n’était pas au courant de la situation? Tout le monde était au courant” s’indigne Jed Henchiri.

“Nous sommes tous responsables: celui qui donne des pots-de-vin, celui qui les accepte, celui qui ne dénonce pas des erreurs, celui qui fait semblant de ne pas avoir vu ce qui se passe...” continue-t-il.

 

Pour lui, cette responsabilité collective ne concerne pas seulement “cette catastrophe mais de la situation générale du secteur, que ce soit par le silence, par la participation, ou par le fait qu’on ne porte pas plainte. Il faut comprendre qu’il y a des citoyens qui ne portent pas plainte, qui acceptent la médiocrité. Il y a aussi des médecins qui acceptent cette médiocrité en travaillant dans de telles conditions”.

Le président de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins impute la responsabilité aux “autorités” en les accusant de “crime de meurtre pour non assistance à personne en danger”:  “Quand nous avions alerté le ministère de la Santé précédemment en disant qu’il y a d’énormes manques qui peuvent causer une catastrophe, quand des gens ont présenté des preuves sur des transactions douteuses sur certains produits...et qu’il n’y a eu aucune réaction, n’est-ce pas là un crime à non assistance à personne en danger?” s’interroge-t-il.

“Nous accusons les autorités et par ‘autorités’ cela touche tous les responsables: Du directeur de l’hôpital au chef de service en passant par le ministre et le directeur général. Cela ne concerne pas seulement le ministre de la Santé. Il a été nommé il y a à peine 3 mois, c’est peut-être le maillon le plus faible de cette chaine” dit-il avant de conclure: “Il faut que ceux qui sont responsables payent!”

11 nouveau-nés sont décédés entre les 7 et 8 mars dans les services de gynécologie obstétrique de l’hôpital de la Rabta à Tunis.

Selon les résultats préliminaires publiés par le ministère de la Santé, un agent infectieux aurait été à l’origine d’un choc septique entrainant la mort des nouveau-nés.

En conséquence, le ministre de la Santé, Abderraouf Cherif a présenté, samedi, sa démission qui a été acceptée par le chef du gouvernement, et ce en marge d’une réunion de crise présidée par ce dernier.

Dans la soirée du samedi, l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) a appelé à la mise en place d’un place de sauvetage “urgent” des hôpitaux publics.

 

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