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11/09/2019 09h:29 CET | Actualisé 11/09/2019 09h:29 CET

Débats présidentiels: Un bon communicateur ne fait pas forcément un bon président et vice-versa!

Sur le fond, la question qui se pose est à quel point ces débats ont-ils impacté les électeurs?

Télévision tunisienne
Extrait du débat du 09 septembre

Les élections présidentielles anticipées en Tunisie auront lieu le 15 septembre 2019 suite au décès du premier président élu librement au suffrage universel direct Béji Caïd Sebssi le 25 juillet de la même année.

Plus on se rapproche des élections, plus les choses deviennent sérieuses. Nous ne devons pas nier non plus que l’enjeu est relativement “dangereux” cette fois en Tunisie.

Dangereux car il y a un candidat en prison et un deuxième “en fuite”. Une crise de confiance est là depuis un moment à cause d’une mauvaise gestion des dossiers de corruption ou juste du pur hasard qui ne fait qu’empirer la situation.

La moitié pleine du verre est que la Tunisie est devenue capable au bout de cinq ans, soit un mandat, de “fabriquer” DES profils présidentiables, contrairement au paysage politique de 2014 qui était compris entre trois principaux courants véhiculés par trois figures emblématiques. Cette fois, les candidats sont nombreux et assez calés pour cette mission. Sur 26 candidats, treize d’entre eux ont été ministres ou occupé un poste au gouvernement.

Pour faciliter la tâche à l’électeur, l’ISIE et la HAICA en partenariat avec l’organisation Munathara ont décidé de soumettre les candidats à un débat présidentiel comme dans les vieilles démocraties.

Les séances ont démarré à partir du samedi 7 septembre pour se poursuivre sur 3 jours. Les débats présidentiels, une vraie consécration du pluralisme et une première en Tunisie et dans le monde arabe certes, mais à quel point ont-ils été efficaces?

Sur la forme, les débats étaient un succès: une répartition équitable, une bonne réalisation, une bonne organisation. Un bon point pour la Télévision Nationale qui reprend son rayonnement de plus en plus.

Sur le fond, la question qui se pose est à quel point ces débats ont-ils impacté les électeurs?

La fonctionnalité de ces débats est essentiellement d’ouvrir les yeux de l’électorat sur les projets et les intentions des candidats et l’aider à suivre ce qu’on appelle “le vote éclairé”. Malheureusement, cela n’a pas eu lieu pour maintes raisons.

La pluralité en tant que telle a posé problème car l’événement tant attendu n’a pas maintenu le même rythme de suivi le long des trois séances diffusées respectivement pendant le week-end et le lundi. Les questions diffèrent d’un candidat à un autre. Cela pose problème surtout quand il s’agit d’un sujet délicat telle que la diplomatie, les libertés individuelles, l’ALECA (accord de libre-échange complet et approfondi), etc…

Cet éparpillement ne peut pas donner une idée claire sur les projets du candidat. Les candidats qui ont tiré profit de ces débats sont ceux qui arrivent à se maitriser devant une caméra et devant un public averti tel que le peuple tunisien, contrairement à d’autres qui ont eu du mal à cacher leur stress malgré leur maitrise du sujet face à cet examen de prise de parole en public. Ce qui leur a fait perdre des points.

Certes, le côté communicatif du président telle que la mobilisation, les négociations, la représentation diplomatique de la Tunisie, etc… est un élément essentiel chez un homme d’Etat. Mais ce n’est pas assez. Malheureusement les débats n’ont pas servi à comparer les idées et les projets. Ils ont plutôt servi ceux qui maitrisent la communication politique sans pour autant être un porteur de projet.

Sans dramatiser non plus, les débats ont servi l’électorat à cerner les caractères des candidats sans trop entrer dans le fond. Ils ont également servi à mettre fin à quelques “phénomènes passagers” et à faire tomber les masques de quelques-uns à travers leurs lapsus qui se sont avérés révélateurs.

Nous avons besoin d’une vision, d’une bonne gouvernance, pas seulement d’un bon communicateur.

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