ALGÉRIE
07/11/2019 11h:11 CET

Débat au SILA 2019 : la BD algérienne est toujours considérée comme "un art mineur"

AFP via Getty Images
Visitors look at comic strip books on the opening day of the 5th International Festival of Comics of Algeria (FIBDA) in Algiers on October 6, 2012. AFP PHOTO/FAROUK BATICHE (Photo credit should read FAROUK BATICHE/AFP/GettyImages)

La bande dessinée algérienne ne bénéficie pas de soutien. Elle est même considérée comme un art mineur. C’est le constat établi par des éditeurs lors d’un débat organisé au 24ème Salon international du livre d’Alger (SILA) qui se déroule jusqu’au 9 novembre au palais des expositions des Pins maritimes (Safex).  

“Les créateurs existent, ont besoin d’être entourés. Il y a un manque de diffusion, peu de librairies. Le créneau de la BD est lourd, coûteux mais porteur. Il faut beaucoup d’argent pour investir dans ce créneau. Les artistes doivent être payés. Le coût d’un album de BD cartonné va de 1200 à 2000 dinars l’unité, parfois plus. Un album BD, c’est une année, voire plus de travail. Les coûts freinent les éditeurs à investir dans le créneau”, a relevé Dalila Nadjem, commissaire du Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA) et directrice des éditions Dalimen. Selon Lazhari Labter, journaliste, écrivain et poète, le FIBDA a révélé le grand potentiel de créateurs de BD en Algérie mais également les difficultés d’édition dans ce domaine.

Entre deux festivals, il n’y a rien. En Algérie, il n’existe que deux éditeurs de BD, Dz-Link et Dalimen. Dalimen est un éditeur généraliste avec un département consacré à la BD. La BD algérienne fait face à un problème de minorisation. Elle est toujours considérée comme un art mineur, comme un genre qui s’adresse aux enfants et aux adolescents, pas comme un neuvième art qui s’adresse également aux adultes. Comme pour la littérature, il y a plusieurs genres de BD. Il n’existe pas un véritable intérêt pour le développement de la BD dans le cadre d’une politique générale qui touche aux livres. Cela fait des années qu’on se bat autour de ces questions, jusqu’à aujourd’hui presque rien n’a changé en dépit de l’existence du Centre national du livre (CNL) et de loi”, a-t-il constaté. Il a plaidé pour que les grands éditeurs publics comme l’ENAG ou l’ANEP publient des BD. Lazhari Labter vient de publier un ouvrage sur le cinquantenaire de “M’Quidech”, la première revue de BD algérienne, éditée à la fin des années 1960.

“Certains libraires refusent de vendre la BD”

Pour Salim Brahimi, journaliste, auteur de BD, responsable des éditions DZ-Link, il y a un manque d’intérêt par rapport à la lecture. “La BD est un bon outil pédagogique qui permet aux enfants d’avoir de l’appétit pour la lecture. Certains libraires refusent de vendre la BD. Parfois, ils ne savent pas ce que c’est. Pour eux, il s’agit de “Mickyette” ou de “Q’issa”, sinon ils se désintéressent de la BD. Or, nous avons des auteurs qui font d’excellents travaux, sont primés en Algérie et à l’étranger, mais n’arrivent pas à toucher leur lectorat chez nous”, a-t-il remarqué.

Il a regretté que les grands éditeurs algériens, qui possèdent des imprimeries, ne soient pas intéressés par la BD. “La BD, c’est un métier, beaucoup d’intervenants, comme pour le cinéma. C’est un long processus, plusieurs étapes, à partir de la story board, en passant par le script, les couleurs, les dialogues, les bulles, les arrière-plans et l’impression. C’est un art qui a ses codes et ses contraintes. Une planche est comme un tableau”, a souligné Salim Brahimi.

Dalila Nadjem et Salim Brahimi ont regretté que le fonds du ministère de la Culture destiné au soutien du livre ne concerne pas la BD. “En 2004, le chiffre d’affaires de la BD en Belgique était de plus de 100 millions d’euros. Je ne parle pas du Japon où l’industrie des mangas en 2007 était estimée à dix milliards de dollars. C’est les recettes d’un pays d’Afrique. La BD est une industrie, en plus de l’édition d’albums, il y a les films d’animation, les jeux vidéo, etc, c’est énorme”, a souligné Ameziane Ferhani, journaliste, qui a modéré le débat.