MAROC
13/04/2019 10h:00 CET

"De Tindouf à Laâyoune, la route de la dignité", Medi1TV en immersion dans les camps des réfugiés

A découvrir le dimanche 14 avril à 21h.

Dani Cardona / Reuters

DOCUMENTAIRE - Dans le désert de Tindouf, des hommes et des femmes brisent le silence. Cherchant la dignité que leur a arrachée le Front Polisario, ces réfugiés sahraouis témoignent de leur calvaire, parfois au coût de leur vie, dans un film documentaire inédit en langue arabe que la chaîne Medi1TV a réalisé et compte diffuser dimanche 14 avril à 21h.

Le documentaire a été présenté aux médias en avant-première, ce vendredi 12 avril à la Maison de la presse à Tanger, en présence de l’équipe à l’origine du projet. Dans cette salle obscure, la projection du film a suspendu le cours du temps pour transporter le spectateur dans un désert où la rudesse du climat est à l’image des conditions de vie que ces Sahraouis n’ont pas choisis. 

C’est une journaliste espagnole d’origine basque, Patricia Madjidi Juez, qui nous fait découvrir l’envers du décor des camps de Tindouf. Sélectionnée par Medi1TV suite à un casting, elle n’avait jamais auparavant traité la question du Sahara ou effectué de reportage au Maroc. Un facteur qui, pour la chaîne tangéroise, garantit l’objectivité de l’investigation mais aussi un meilleur accès sur le territoire du Front Polisario que pour un journaliste marocain, souvent amené à faire son travail dans “un circuit fermé”. 

En fil conducteur de ce documentaire d’une heure, la journaliste nous embarque dans un voyage en deux temps: cinq jours à Tindouf et cinq autres à Laâyoune. Entre les deux destinations, elle tente de démêler le vrai du faux en allant à la rencontre d’habitants, de chioukhs (notables des tribus sahraouies), de réfugiés, de responsables, de volontaires... En compagnie de son chauffeur Adkhil, vêtue d’une melhfa (habit des femmes sahraouies), la journaliste sillonne les cinq camps de Tindouf et fait des escales pour s’enquérir de l’état des lieux en utilisant la caméra de son portable. Sécurité oblige, cette phase du tournage, effectuée au mois de novembre dernier, n’a pas été des plus aisées. “Pour des raisons sécuritaires, nous sommes restés sans contact avec la journaliste pendant les cinq jours qu’elle a passés à Tindouf”, confie au HuffPost Maroc Nabil Driouch, rédacteur en chef principal de Medi1 TV et rédacteur en chef de ce documentaire. 

Au cours de son escale dans “le camps des réfugiés”, c’est un hôpital dans un piteux état qu’elle découvre. Sans moyens, ni médicaments, cet établissement n’arrive pas à assurer sa fonction auprès d’une population souffrant, en majorité, de diabète et d’hypertension, selon les témoignages recueillis par la journaliste. “Plus de 1000kg de médicaments s’évaporent dans la nature”, lui affirme-t-on.

Et les médicaments ne sont pas les seuls à connaître ce sort. “Notre présence a coïncidé avec le blocage pendant 4 jours d’aides alimentaires dans le port d’Oran”, dit-elle. Il arrive que les aides destinées aux réfugiés disparaissent aussi dans la nature. Et c’est un ancien juge, Ahmine Ahmadou, qui le confirme à la journaliste. Après avoir passé 40 ans au Front Polisario, il a décidé de rentrer au Maroc après avoir, précise-t-il, “acquis une conviction”. “La population est face à la faim, la misère, les ceintures de sables, les vols, et les dirigeants, eux, s’accaparent les richesses et fructifient des projets à l’étranger”, s’indigne dans le documentaire cet ancien juge. 

Mais si ce dernier a réussi à regagner la mère patrie, d’autres vivent cloîtrés dans l’angoisse. “Les femmes surtout ont peur et préfèrent ne pas parler”, confie Mahfoud à la journaliste. Lui n’a pas peur et veut témoigner à visage découvert. “Je suis 100% sahraoui, je suis victime du conflit du Sahara”, clame-t-il. Ému et émouvant à la fois, l’homme livre le témoignage le plus poignant de ce documentaire. “Il n’existe aucun gouvernement dans le Polisario, mon état en est la preuve (...) Les aides que nous envoie l’Espagne, ils les vendent à Béchar ou Oran (...) Je sais que demain, après demain ou l’an prochain, on me jettera en prison ou on me tuera”, assure-t-il.

De Tindouf, la journaliste change de destination pour découvrir Laâyoune. Elle se dit agréablement surprise par “la vie normale que mènent les habitants” et “la liberté” qui y règne. Elle rencontre les représentants des autorités locales, rend visite aux structures économiques, touristiques, administratives et hospitalières de la ville. Elle y découvre des projets vitaux comme le dessalement d’eau de mer, la production des énergies renouvelables, ou encore l’implantation de techniques empêchant le lixiviat des déchets de polluer la nappe phréatique.

À l’issue du documentaire, la journaliste dresse un comparatif entre les deux lieux où son investigation l’a menée et achève son enquête par plusieurs questions: “pourquoi les aides qui parviennent à Tindouf échappent-elles au contrôle?”. “Pourquoi en 43 ans, rien n’a été construit à Tindouf?”. “Pourquoi trouve-t-on des riches et des pauvres dans une zone supposée vivre d’aides?”.