MAROC
12/07/2018 12h:25 CET

De sa fresque de 16 mètres de haut à son portrait d'Amrabat, à la rencontre du street-artiste Ed One

Tag par tag, trait par trait.

Yoriyas

STREET-ART - Son vendeur de ballons de baudruches en a certainement ému plus d’un. Située en face de la mosquée Hassan II à Casablanca, impossible de rater la fresque géante colorée de Mohamed Touirs, alias Ed One. Cet artiste marocain de 24 ans a récemment participé à la cinquième édition du festival Sbagha Bagha, en dépeignant une scène qui ravive des souvenirs d’enfance.

En l’espace de neuf jours, trois nouveaux personnages se sont ajoutés au boulevard de la corniche. Sur un mur de 16 mètres de haut sur 8 de large, deux enfants attendent impatiemment qu’un vendeur ambulant leur donne des ballons. Pour respecter le thème de la préservation de la faune et la flore de cette 5e édition, Touirs a glissé, comme dernières touches, un masque de lion sur la tête d’un des enfants et deux autres masques de renard et de tigre dans la main du vendeur.

“Lorsqu’on m’a dit que j’allais travailler sur ce mur situé juste devant la mosquée, j’ai eu un petit coup de pression, parce qu’il allait être vu par tous, Casablancais, étrangers, ou touristes...”, confie Ed One au HuffPost Maroc. “Je suis alors resté assis plus d’une heure sur la place de la mosquée Hassan II à regarder le mur blanc en essayant de trouver l’inspiration au milieu de la foule. Je n’ai pas aperçu cette scène en particulier ce jour-là, mais quand je suis rentré chez moi, j’avais déjà cette idée en tête”, raconte le street-artiste. 

Hamza Nuino/Sbagha Bagha 2018

Avec une oeuvre aussi belle et visiblement maîtrisée, difficile de croire qu’il s’agit là de la première fresque en peinture de Mohamed Touirs. Habitué a manier les bombes de peinture et non les pinceaux, le street-artiste a pourtant préféré utiliser de la peinture vinyle pour sa fresque pour, selon lui, être plus libre dans son choix de couleurs.

“Même si on peut avoir 20 bombes de roses différentes, on ne peut jamais avoir autant de choix en mélangeant les couleurs que ne le permet la peinture”, explique le graffeur, qui a peint plusieurs études d’acrylique pour se préparer à travailler sur le mur de la corniche.

Amateur d’anciennes pièces de théâtre marocaines, il a notamment peint une série de portraits représentant des personnages tirées de ces pièces comme Nourredine Bikr dans “Hassi Massi”. 

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Mais c’est un des ses récents portraits qui a eu le plus de succès auprès des internautes. Porté par la liesse autour de la performance de Nordin Amrabat lors de la Coupe du monde, l’artiste a voulu rendre hommage au footballeur en le représentant de dos avec son casque de protection.

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“Ed”, tout simplement

Le jeune diplômé en infographie et gestion d’imprimerie a commencé le street-art en s’essayant d’abord au graffiti. Un art pour lequel il s’est passionné depuis ses années lycée à Casablanca, où il a suivi des études d’art appliqué.

“Je voyais des élèves avec moi venir en cours, des fois à 8h du matin, les mains couvertes de peinture. Ça m’avait intrigué et je voulais en savoir plus”, se rappelle le jeune artiste qui finira par rejoindre la bande d’apprentis graffeurs.

Durant cette période, Mohamed Touirs s’est trouvé son propre surnom, un élément essentiel pour tout graffeur, selon l’artiste. “Mohamed était trop long et Med était déjà pris, j’ai alors enlevé le ‘M’ et choisi de garder ‘Ed’ tout simplement. Le ‘One’ est venu après pour indiquer aux autres graphistes qu’il existe déjà un Ed au Maroc”, explique-t-il.

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L’apprenti graffeur a alors l’ambition d’améliorer sa technique et choisit de suivre plusieurs ateliers donnés par des graffeurs marocains et étrangers, notamment Neok, un graffeur professionnel français basé à Marrakech, ou encore l’artiste marocain Morran, qui ont été de véritables “mentors” pour Ed One. 

“Lors de ces ateliers, j’ai également pu avoir accès à du bon matériel importé de France et d’Espagne”, ajoute le jeune artiste, soulignant que les bombes de peintures, qui se vendent à près de 80 dirhams, restent assez chères au Maroc.

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En 2014, le graffeur participe pour la première fois au festival Jidar. Il se fait ensuite remarquer par le centre culturel et artistique l’Uzine, où il anime depuis 2015 des ateliers de graffiti, parallèlement à son métier de graphiste-illustrateur en freelance. 

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Ses différents projets lui ont permis de côtoyer plusieurs artistes marocains et étrangers et de s’imprégner de leur façon de travailler. “C’était assez intimidant, moi qui pensais me débrouiller assez bien au crayon... j’avais de bonnes notes aux cours de dessin au lycée!”, plaisante Mohamed Touirs.

Tag par tag, le jeune artiste a d’abord commencé à intégrer le dessin à ses graffitis en utilisant les bombes à peintures. Inspiré par ses modèles, il a ensuite voulu améliorer son coup de pinceau.

“J’ai commencé à dessiner partout. Maintenant, où que j’aille, il faut que je capture le moment présent, pas en prenant une photo mais plutôt en faisant des croquis. À la maison, assis dans un café, entre potes, et même dans le grand taxi que je prends pour me rendre à Casablanca... Peu importe le résultat, je dois sortir mon carnet de dessin”, assure l’artiste qui habite à Berrechid.

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Aujourd’hui, Ed One travaille en tant que graphiste en freelance tout en saisissant les opportunités de projets artistiques qui s’offrent à lui. Quelques entreprises, comme Adidas ou Richbond, ont d’ailleurs déjà eu recours à son talent de street-artiste et d’illustrateur pour décorer leurs bureaux ou faire des illustrations pour leurs affiches.

“Contrairement à ce qu’on peut penser, il y a un marché de l’art au Maroc, mais je ne veux pas me sentir obligé de produire des oeuvres pour gagner ma vie”, reconnait-il. “Je fais de la peinture, je dessine, mais je ne peux pas encore dire que je suis artiste. Je n’ai d’ailleurs encore jamais travaillé sur une toile. Je me cherche encore. Les expositions et les galeries, c’est encore loin. Je veux toujours jouer au délinquant avec ma bombe de peinture”, souhaite celui qui considère qu’il a encore beaucoup à apprendre.