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13/02/2019 15h:56 CET | Actualisé 13/02/2019 15h:56 CET

De quoi la femme tunisienne est-elle le nom?

C’est l’image que la télévision tunisienne véhicule de la femme (...) L’image de la femme objet, belle et stupide, qui fait tout pour arriver à ses fins.

Tzogia Kappatou via Getty Images

D’habitude mon seul et unique contact avec la télévision tunisienne en tant que téléspectateur c’est la fameuse sitcom “choufli hal”, car c’est le seul moment de bonheur que nous procurent les chaînes de télé .

Regarder la télévision a toujours été un supplice, même pour regarder les rediffusions des émissions auxquelles je suis invité.

Hier, après mon moment de bonheur quotidien, je zappais et soudain une scène m’a interpellé. Il s’agit d’un sketch dans l’émission “edhhak maana” de Naoufel Ouertani, dans lequel un acteur s’adresse à une actrice:

-Taw ntayahlek fommek (Je vais te casser la gueule).

Pas vraiment étonné, je me suis mis à compter le nombre d’insultes envers les femmes dans le même épisode.

Résultat des courses:

- Ntay7elha fomha (Je lui casserai bien la gueule)

- 3zouza sarrfouha bnet bou 18 (Il a changé une vieille pour des jeunes filles de 18 ans)

- 4 “Tfouh alik” (Je te crache à la figure)

- 15 “Naantellah alik” (Qu’Allah te maudisse)

- 2 “Jad weldik” (Intraduisible mais quelque chose du genre ‘le putain de ton arrière grand-père’).

- Nehchi fik rejli (Je t’enfoncerai ma jambe...)

Le public rigolait et applaudissait, et personne ne réalisait à quel point c’était violent et dégradant pour les femmes, objets de cet humour violent.

Aujourd’hui les Dalton de la télé tunisienne, les frères Chebbi invitent des femmes battues pour les réconcilier avec leur maris, en minimisant les violences subies par ces dernières.

Aujourd’hui on choisi des filles superficielles, “bimbos”, qui n’ont que leurs comptes Instagram comme talent.

Des sketchs traitant toutes les femmes d’opportunistes, qui ne cherchent que l’argent et à se caser a tout prix.

Ils nous ramènent les connes de services pour qu’elles analysent l’actualité, mélangé à l’étalage de leur vie privée.

Interpellé par cette violence je me suis mis à regarder les rediffusions des émissions, et lors d’une rubrique de l’émission d’Amine Gara, “Bas les masques”, la chroniqueuse Mariem Dabbegh a déclaré:

- “J’ai assisté à des transactions douteuses concernant des matchs de foot”

- “Les services secrets m’envoyaient espionner des hommes d’affaires”

- “J’ai touché une commission pour la vente d’un terrain immobilier”

- “On m’a envoyé amuser un joueur la veille d’un match”

En quelques minutes, elle a parlé de proxénétisme, corruption, enrichissement illégal, et encore une fois, c’est passé inaperçu.

Ne vous étonnez pas des agressions dans la rue, des viols, des harcèlements et des abus sexuels.

C’est l’image que la télévision tunisienne véhicule de la femme. Sans restriction d’âge, cette image de la femme sera inculquée dans les petits cerveaux des enfants qui regardent la télévision avec leurs familles.

L’image de la femme objet, belle et stupide, qui fait tout pour arriver à ses fins.

D’après les statistiques réalisées au sein de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates, le nombre de victimes de viol a augmenté pour atteindre 1050 cas depuis la révolution.

On n’a pas les chiffres exacts du harcèlement sexuel, mais je pense que plus de 90% des femmes en Tunisie en ont été victimes.

Il est temps que les esprits se réveillent, qu’on éduque nos enfants à considérer la femme comme partenaire qui représente la moitié de la société.

Entre les guerres idéologiques, la violence subie dans la rue, l’injustice salariale, la femme tunisienne semble être la seule perdante dans cette histoire.

Le ministère de la Femme, la société civile doivent plus que jamais s’unir pour promouvoir une nouvelle image, bannir la violence de la télévision et sensibiliser les citoyens.

La condition de la femme est loin de la médiatisation et reste sujette à la manipulation politique événementielle que les politiciens tunisiens utilisent quand ils veulent.

Ce n’est pas une robe de mariage qu’on sort, chaque 5 ans, avant les élections.

Ce n’est ni des soeurs, ni des mamans, c’est des citoyennes comme des autres qui veulent vivre tranquillement et ne plus être représentées par des moins que rien dans les médias.

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