MAROC
09/08/2019 15h:59 CET | Actualisé 09/08/2019 16h:34 CET

De Pékin à Paris à vélo, le défi fou d'un jeune étudiant franco-marocain

"Cela paraît étrange à de nombreuses personnes mais le vélo n’est pas du tout une passion pour moi".

DÉFI - Réda Er Rihani, Français d’origine marocaine, aime se lancer des défis. Âgé de 22 ans, cet étudiant en école de commerce à Paris a pris une année de césure pour réaliser un voyage pas comme les autres. Il a décidé de parcourir Pékin-Paris et ce, sur un vélo. Parti depuis le 15 juillet, Réda Er Rihani est actuellement en Mongolie et a répondu à nos questions.

HuffPost Maroc: Bonjour Réda, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs? 

Réda Er Rihani: Je m’appelle Réda Er Rihani et j’ai 22 ans. Je suis en école de commerce à Paris (ESCE) mais j’ai pris une année de césure pour réaliser ce voyage. Je suis né en France, pays où je vis et où j’ai grandi, mais je possède des origines marocaines et même berbères du côté de mon père et je retourne au Maroc chaque année. Cela paraît étrange à de nombreuses personnes mais le vélo n’est pas du tout une passion pour moi. Je suis plutôt course, j’ai couru le Marathon de Paris en 2018, et j’aime beaucoup les sports collectifs comme le foot ou le handball. Une passion bien plus évidente est le voyage. Depuis tout petit, je rêve de parcourir le monde et de voir les choses de mes propres yeux.

Quand et comment l’idée d’un tel projet vous est venue? 

Chaque été maintenant depuis 2015, je pars en voyage en vélo. Pour moi, c’est un moyen de se donner un challenge sportif, de pourvoir s’arrêter quand on le veut pour profiter d’un endroit, d’un moment, le tout en parcourant de grandes distances une fois le voyage terminé. Et puis ça ne pollue pas en bonus. Avec mon ami Robin Spiquel, nous avons été inspirés par le livre “L’Afrique à l’Envers”. Deux hommes ralliant le Cap au Caire en Afrique. Je trouvais ça tellement fou que je voulais aussi réaliser quelque chose de grand et de beau.

Nous avions commencé par un voyage Nantes-Irlande en 2015, puis Paris-Copenhague en 2016, et en 2017, Robin étant bloqué par des examens, je me suis lancé seul pour un voyage de 44 jours et 3.000 km de Paris à Tanger. C’était une tout autre expérience, mais magnifique. En 2018 nous sommes repartis à deux et avons réalisé Aix-en-Provence-Istanbul (4.000 kilomètres).

Quel est l’objectif de parcourir des pays en vélo pour vous?

Ça n’a jamais été un défi sportif. Mais plutôt une aventure humaine. En effet, chaque soir nous toquions à la porte d’inconnus à la recherche d’un hébergement d’un soir! Et cela a marché quasiment chaque soir sur chaque voyage dans plus de 10 pays! Je garde encore aujourd’hui contact avec certaines de ces personnes et je suis intarissable d’anecdotes concernant l’incroyable vie de ces gens. Ces voyages permettent l’ouverture d’esprit, l’acquisition d’une manière plus globale de voir les choses. Ils apportent culture, maturité, expérience... C’est une manière d’apprendre la vie en accéléré, en tout cas c’est l’impression que cela me donne.

Concernant le voyage en Chine, comme je l’ai dit, depuis 2015 je rêve de partir pour une aventure de grande envergure. Exploitant les vacances d’été à chaque fois, je ne pouvais guère partir trop longtemps ou trop loin. Mais j’ai pu prendre une année de césure en 2019 et après avoir effectué un stage de 6 mois, il me restait suffisamment de temps pour réaliser le projet que je prépare depuis 2 ans maintenant: rallier Pékin à Paris. Le voyage est censé durer 5 mois pour environ 12.000 km. Une dizaine de pays sont sur le chemin et je suis aujourd’hui en Mongolie, un pays possédant un certain mysticisme qu’il me tardait de découvrir.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le budget nécessaire? Comment avez-vous financé votre voyage? 

Pour le financement, j’ai toujours eu des boulots étudiants à côté de mes études (caissier en supermarché, fleuriste, serveur en salon de thé) et ça a toujours servi à financer mes voyages avec un petit soutien de la famille en plus.

Pour Pékin-Paris c’est différent, j’ai là aussi financé une bonne partie du voyage de ma poche mais ça ne suffit plus. Il y a les vaccins, l’avion pour Pékin, l’assurance internationale, l’équipement et les dépenses journalières sur 5 mois bref, une tout autre somme. J’ai pu trouver deux sponsors pour ce voyage, l’un est équipementier: il s’agit de Riverside Decathlon qui m’a prêté un prototype de vélo pour le voyage, je dois simplement leur faire des retours techniques pour qu’ils puissent apporter des modifications si nécessaire.

Pour l’aspect financier, l’ESCE Paris a fait la promesse de me soutenir, ce serait une aide non négligeable qui m’aiderait à aborder l’aventure plus sereinement. Cela fait plaisir de voir qu’une école soutient les projets de ses étudiants et les accompagne dans leurs réalisations.

Que pense votre entourage de votre aventure? Quelle était leur réaction quand vous leur avez annoncé ça la première fois?

Ma mère, comme c’est la 5e fois que je pars, a réussi à se faire à l’idée que c’était nécessaire pour moi et surtout une expérience incroyable à faire. Elle s’inquiète toujours un peu, c’est une maman. Mais elle me laisse cet espace d’épanouissement. Mon père est content pour moi et me soutient depuis le Maroc. Mes amis, notamment grâce aux réseaux sociaux, me soutiennent énormément et ça m’aide beaucoup au quotidien. Quand je leur ai annoncé la première fois ils croyaient en moi et ça me montrait qu’ils sont un réel soutien et que j’avais réussi à faire mes preuves à leurs yeux, donc j’étais plutôt content.

Avant l’Irlande je leur avais annoncé que j’allais faire l’Afrique en vélo avec mon ami Robin Spiquel en 2 mois. J’avais fais un rapide calcul et à raison de 200 km par jour tous les jours je pensais pouvoir le faire. Facile non? À 18 ans j’étais déjà candide mais peut-être un peu plus naïf je l’avoue! Bref nous sommes revenus sur notre décision et nous nous sommes lancés pour l’Irlande et même ça, mes plus proches amis pariaient pour savoir quand est-ce que j’allais abandonner (rires). Au fur et à mesure des voyages, ils m’ont accordé une plus grande confiance.

Certains me qualifient de “fou” ou “inconscient” sur le ton de l’humour bien sûr. Mais j’ai bien conscience des enjeux, des risques et de la difficulté. Tout cela est réfléchi. Même si chaque jour est un peu une découverte forcément. On me dit aussi que j’ai de la “chance” mais sur cela je les reprends à chaque fois. Ce n’est pas de la chance, je suis loin d’être chanceux ou unique. C’est du travail, de la passion et de la motivation. Tout le monde peut faire cela, partir à l’aventure, découvrir le monde, rencontrer, voir, apprendre. On commence tous quelque part, moi c’était l’Irlande et c’était pas grand chose quand on regarde en arrière. Même faire 20 km tous les jours c’est également une aventure.

Quelles sont les contraintes auxquelles vous avez du faire face durant ces voyages (généralement) et celui-ci en Chine?

Les contraintes, c’est maintenant que je réalise que je n’en ai pas beaucoup eu avant. En effet, ce début de voyage avec la Chine et la Mongolie est assez rude. Le climat en est la principale raison: je n’ai jamais autant pris conscience de la force de la nature sur l’homme. Des pluies fortes, qui durent toute la journée et qui transforment les campagnes en enfer de boue et les villes en piscines à vagues; des vents violents arrivant de face et drainant parfois des tempêtes de sable. Le tout sans ayant parfois rien pour se protéger, s’abriter ou se reposer (Mongolie). C’est frustrant parce que je vois des routes où j’aurai pu profiter de superbes paysages ou simplement profiter du moment et je me retrouve à baisser la tête et garder mon objectif à l’esprit pour avancer.

La seconde contrainte serait la route en elle-même. Je me suis aventuré hors des routes principales pour ce qui se voudrait être les ”départementales” de Mongolie. Ces routes ne sont évidemment pas pavées mais elles font aussi ressortir le titre qu’a la Mongolie de “pays à la plus faible densité de population au monde”. On ne croise personne, les routes sont parsemées de sable, ce qui m’oblige parfois à marcher à côté du vélo pendant plusieurs kilomètres. Heureusement j’arrive à trouver des rivières ou des yourtes (les Mongols sont très accueillants) pour me réapprovisionner en eau.

Enfin, pouvez-vous nous donner une petite anecdote ou un souvenir sympa depuis votre départ de Pékin? 

La réponse n’est pas très originale mais bien réelle: ce sont les gens. Mon objectif depuis 5 ans est de toquer aux portes dans chaque ville où je m’arrête pour être hébergé pour une nuit. Cela a toujours marché depuis la France à la Turquie en passant par le Kosovo, l’Irlande, la Croatie et j’en passe... Cela m’a permis de rencontrer énormément de monde, d’apprendre des centaines de choses, de la recette maison d’un herbicide bio redoutable à l’histoire et la géopolitique de certaines régions du monde. J’ai partagé des nuits, repas et discussions avec des gens de toutes origines et aux histoires de vie toutes aussi belles, folles et enrichissantes les unes que les autres.