TUNISIE
08/10/2019 10h:32 CET

De l'aéroport au tribunal: L'incroyable mésaventure vécue par le réalisateur Ridha Behi

Devant se rendre à Malmö pour faire partie du jury d'un festival international, le réalisateur se retrouve devant le tribunal à cause d'une...négligence bancaire.

FETHI BELAID via Getty Images

Le réalisateur et producteur tunisien Ridha Behi a vécu une incroyable mésaventure le 04 octobre dernier à l’aéroport Tunis-Carthage.

Devant se rendre à Malmö (en Suède) où il devait être membre du jury du Festival International du Film Arabe, il apprit à l’aéroport qu’il était condamné à 5 ans de prison. 

Après les vérifications d’usages de la part de la police des frontières, commence alors son calvaire: “Pas encore inquiet, je descends des escaliers derrière le policier laissant les salles lumineuses et bruyantes vers des lieux de plus en plus sombres, lourds et accablants…je traverse des couloirs silencieux éclairés par les tubes néon . Les bureaux sont vides avec des ordinateurs éteints..Un sentiment étrange m’envahit : Il suffit d’un seul étage plus bas pour que le monde bascule. Dans le bureau de l’agent principal, je réalise que l’affaire est sérieuse” affirme-t-il.

“Tu dois téléphoner à quelqu’un ou à ton avocat parce qu’on va t’envoyer aux locaux de Gorjani et demain matin tu iras au tribunal pour régler ta situation et faire un appel du jugement” lui dit alors l’agent principal qui le laisse attendre dans une petite salle après avoir récupéré ses effets personnels.

“Vers 5 heures du matin l’agent principal me tend un bout de pain avec un fromage. Je ne peux rien avaler et il me confie à un autre agent qui va me conduire aux locaux de Gorjani” relate Ridha Behi avant de poursuivre: “je sens une douleur aiguë dans la poitrine et j’essaie de cacher mes larmes…Un vieux qui pleure c’est dur et ce n’est jamais beau”.

Arrivé à El Gorjani, “une horrible bâtisse” où il est conduit “vers une chambre, une pièce avec 2 rangées de lits (une dizaine). Ça sent l’urine”.

“J’ai mal partout...au dos et à mes yeux surtout. L’odeur de la pisse est incommode. Les cafards sont partout. Le matin des centaines de détenus remplissent les couloirs et la cour. Ce qui est frappant c’est la jeunesse de ces prisonniers. J’arrive au tribunal de Bab Bnat à 9 heures où je passe sept heures assis dans une pièce au sous-sol…une pièce qui se veut pour les VIP mais sale et lugubre. Je remarque que les gardiens et policiers ont fini par avoir les mêmes têtes que les détenus qui passent dans le couloir par dizaines” décrit le réalisateur tunisien. 

En fin d’après-midi, il est emmené à l’étage, au tribunal où il rencontre son avocate qui lui explique les raisons de sa détentions: “C’est pour une affaire de chèque d’un montant de 13.000 dinars réglé en 2017. Votre banque par négligence n’a pas informé le tribunal…Heureusement votre ami Maher S. a attesté ce matin que vous l’aviez réglé à temps et qu’il n’a jamais porté plainte contre vous”. 

Abasourdi, Ridha Behi comprend que ce qu’il vient de vivre n’est autre qu’à cause d’une “négligence bancaire”.

“Quelques minutes plus tard, je suis reçu par une juge…une jeune femme belle mais autoritaire. Après quelques questions d’usage, elle m’informe que je suis libre mais que je dois me présenter le 5 novembre pour payer 20% (frais de justice)” affirme-t-il.

Sortant du tribunal, le réalisateur de “Fleur d’Alep” retrouve ses amis avec qui il évoque “l’univers oppressant et kafkaïen de la ‘justice’ tunisienne”.

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