TUNISIE
18/06/2019 11h:20 CET | Actualisé 19/06/2019 16h:23 CET

Dans une interview accordée à France 24, Abir Moussi s'attaque à l'amendement de loi électorale et à Ennahdha

“Ils ont peur de nous. Ils savent que le Parti Destourien Libre est leur seul concurrent politique sérieux pour l’accès au pouvoir lors des élections de 2019"

La présidente du Parti Destourien Libre (PDL), Abir Moussi, s’est de nouveau attaqué, lundi, sur France 24 en langue arabe, au projet d’amendement de la loi électorale, à près d’un mois du dépôt des candidatures aux élections.

“Cet amendement est venu dans le cadre de tractations entre des partis. Je n’ai pas envie de rentrer dans ces tractions car il s’agit d’un règlement de compte entre les membres du gouvernement, les frères musulmans et les autres personnes concernées par cette loi. Ils l’ont fait sur-mesure” a-t-elle déploré.

Affirmant que le projet d’amendement donne à l’ISIE le pouvoir de refuser la candidature de ceux qui “glorifient, selon eux, les politiques de la dictature et les violations des droits de l’Homme”, Abir Moussi indique qu’ “ils veulent aujourd’hui convaincre l’opinion publique que je ne suis pas concernée par cet alinéa. Effectivement, je ne suis pas concernée parce que je ne glorifie pas la dictature, ni les violations aux droits de l’Homme. Je glorifie les réalisations de l’État nationaliste”.

Interrogée par le journaliste Taoufik Mejaied sur ce qu’elle pensait de la période de la dictature de Ben Ali, la présidente du PDL affirme qu’ “il y avait du bon et du moins bon” avant d’interroger: “Que voulez-vous dire par Dictature? Donnez-moi une définition claire de la dictature et je vous dirai si c’était une dictature ou non sous Ben Ali”.

Selon elle, les termes vagues utilisés dans le projet d’amendement de la loi électorale pose réellement problème: “Cela pourrait mener à de nombreuses interprétations, cela n’est pas raisonnable surtout lorsqu’on parle de conditions pour pouvoir se présenter aux élections” a-t-elle regretté estimant être aujourd’hui une cible d’un discours ambiant qui dit que “Abir Moussi et le PDL veulent restaurer la dictature”. 

″Nous allons déposer nos candidatures même si l’amendement est adopté. Et si nos listes ou candidatures sont rejetées sur la base de cet amendement dictatorial, fasciste, contraire à la Constitution et aux standards internationaux, nous ferons un recours auprès du Tribunal administratif” a-t-elle poursuivi.

Ennahdha, en ligne de mire

La présidente du PDL attribue au parti Ennahdha -qu’elle appelle “le parti des frères musulmans”- l’ajout de l’alinéa visant à l’exclure elle et son parti de la course aux élections. “Cela est une opération (...) pour se débarrasser du principal adversaire des frères musulmans lors de ces joutes électorales” a-t-elle affirmé avant de s’en prendre au parti dirigé par Rached Ghannouchi. 

“Ennahdha est une section des frères musulmans et cela est de notoriété publique. Ils ont dit qu’ils étaient devenus un parti civil, mais il s’agit d’une feinte, d’une fourberie visant à tromper l’opinion publique (...) Ils ont trompé l’opinion publique en 2011, et ont gagné en 2014 grâce au consensus avec Béji Caid Essebsi après la rencontre de Paris” a-t-elle poursuivi avant d’ajouter: “Nous ne serons jamais des marionnettes entre les mains des frères musulmans, et ils le savent pertinemment”.

Pour elle, son si Ennahdha craint autant le PDL, c’est parce que son parti est réellement en tête des sondage: “Nous ne croyons pas en les sondages. Sur le terrain, nous sommes en première position, et ils le savent très bien. Ils savent aussi qu’aucun consensus n’est possible avec nous” dit-elle expliquant que l’alinéa relatif à l’exclusion de ceux qui “glorifient la dictature et les violations aux droits de l’Homme” a été rajouté “sur mesure” par “les frères musulmans”. “D’ailleurs, ils ne font qu’accuser Abir Moussi dans les médias de glorifier la dictature” fustige-t-elle.

“Ils ont peur de nous. Ils savent que le Parti Destourien Libre est leur seul concurrent politique sérieux pour l’accès au pouvoir lors des élections de 2019. Si j’avais été un phénomène éphémère (NDLR: comme l’avait affirmé Rached Ghannouchi sur le plateau de France 24), ils n’auraient pas eu recours à ce genre de pratiques” a-t-elle poursuivi.

Via cet amendement de la loi électorale, Ennahdha “a montré son vrai visage” estime Abir Moussi. “Ils ont passé 9 ans à mettre en avant leur côté démocrate, à dire qu’ils sont pour les libertés, l’ouverture et à la pluralité d’idées. Aujourd’hui, ils se retrouvent dans une impasse, ils vont perdre le pouvoir et ils ont déjà perdu le contrôle sur le paysage politique, face au retour du Parti Destourien Libre, qui est la continuité des combats des destouriens en Tunisie depuis plus de 100 ans (...) C’est pour ça qu’ils veulent faire passer cet amendement”.

Interrogé sur d’éventuelles coalitions après les élections, Abir Moussi a affirmé que le projet du parti est clair: “Nous ne nous allierons qu’avec ceux qui accepterons de voter avec nous pour un gouvernement sans frères musulmans et leurs avatars. Il faudra aussi que le gouvernement ne soit pas basé sur des accointances politiques”.

“Nous voulons un changement radical, un État capable de redonner sa santé à l’économie et de redonner sa place à la Tunisie dans le concert des Nations” a-t-elle indiqué.

Un projet de réforme de la Constitution 

Parmi les projets de son parti, Abir Moussi appelle clairement au changement de la Constitution et au passage à la 3ème République.

“En tant que parti politique, nous avons le droit de dire que la Constitution de 2014 contient de nombreux défauts, dont la mise en place d’un système politique qui a dispersé les centres de décision, a affaibli l’État tunisien et a conduit à un paysage politique douteux fait de tourisme parlementaire, de lobbies, et via lequel 109 voix peuvent décider du destin des Tunisiens” dit-elle présentant son programme de réforme de la Constitution: “Il faut que ce système change, il faut adopter un régime politique qui rend à l’État son prestige et qui donne au pouvoir exécutif de plus grands pouvoirs” indique Abir Moussi, expliquant vouloir instaurer un régime politique présidentiel sur la base de la Constitution de 1959 avec des modifications, sans exclure de larges passages de la Constitution de 2014.

“Aujourd’hui, le discours ambiant consiste à dire que tout ce qui touche à ce qui a été instauré par les frères musulmans (...) est réputé comme un retour à la dictature, comme du despotisme menaçant le processus démocratique, alors qu’au contraire, nous voulons instaurer un régime démocratique, responsable, capable de réaliser un développement total, la stabilité et la sécurité” a-t-elle également expliqué.

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