TUNISIE
19/09/2018 10h:59 CET

En un mois, plus de 3 injures par heure sont proférées contre les femmes dans les fictions

Les femmes dans les fictions tunisiennes et belges, objet d'une étude.

Capture ecran/Youtube

Récemment, la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA) et le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) belge ont publié une étude intitulée “Place et représentation des femmes dans les fictions”. 

Les feuilletons comme les émissions sont amplement commentés en Tunisie. Les stéréotypes et les violences à l’égard des femmes comme des enfants ont été relevés et décriés. Cette étude confirme-t-elle ce constat? Quelle place occupe les femmes dans le monde de la fiction? Quelles sont les images véhiculées dans les fictions tunisiennes? 

L’étude, publiée par le journal “Le Temps” mardi, a été faite sur un échantillon de séries à grand succès lors du ramadan 2015, en l’occurrence “Awled Moufida” et “Hikayet Tounissia” sur la chaîne Al Hiwar Ettounsi, “Leilat Echek” diffusé sur la chaîne privée Attassia, “Al Rrisk” sur la chaîne privée Hannibal TV et “Naouret Lahwa” diffusé sur la chaîne publique Al Wataniya 1. Cet échantillon a été croisé avec huit fictions de la Radio-Télévision Belge Francophone (RTBF) pour obtenir des chiffres surprenants.

Au total, 4125 minutes de contenu, soit 68 heures et 45 minutes ont été scrutés. Il en ressort des chiffres accablants.

Les femmes travaillant dans les fictions

Les hommes constituent l’écrasante majorité dans les métiers de haute technicité (ingénieur de son, DOP, montage, production...): ils sont 100% d’hommes pour le métier des ingénieurs de son, 80% dans la production et le montage.

Dans l’acting: les femmes représentent 37% contre 63% des hommes.

Les femmes sont plus présentes comme scénaristes (60%). La féminisation de ce métier ne se traduit pas sur les écrans. 

Les femmes dans les fictions

Sur le petit écran, on préfère les femmes jeunes, belles, veuves ou divorcées (donc fragilisées et incapables d’élever correctement ses enfants) et ne souffrant pas du chômage puisqu’elles sont femmes au foyer et se contentent d’y rester pour faire le ménage.

Si elles travaillent, elles sont subordonnées à un homme. Et si par chance, elles sont parvenues à atteindre les hautes sphères, c’est par ruse ou grâce à un héritage. Cela parait caricatural si ce n’était pas vrai. 

- 84% des personnages féminins ont entre 19 ans et 49 ans, 63,89% pour les hommes.

- 24% sont représentées veuves ou divorcés  (14% pour les hommes).

- Pour la représentation socio-professionnelle, on est enclin à montrer les femmes sans emplois comme “systématiquement femmes au foyer (12% des personnages principaux et secondaires) pas dans un processus de recherche d’emploi”. 


“Les métiers de subordination, (secrétariat, accueil...) sont l’apanage des femmes. En revanche, dans la catégorie dirigeants et cadres supérieur les femmes ne représentent que la moitié avec 8% contre 16,67% pour les hommes. Dans la catégorie profession intellectuelle et scientifique les femmes sont nettement en avance avec 20% contre 13,89% pour les hommes. Et quand elles sont arrivées à des fonctions supérieures, à la tête d’une entreprise, par exemple, ce n’est pas grâce à leur labeur et leur persévérance mais via un héritage, des moyens détournés, contrairement aux hommes dont on valorise le succès”, note l’étude. 

Encore pire, les femmes jouent souvent le rôle de la “méchante”: elles font des actes blâmables (40%) contre 13% des hommes. 1/3 d’entre elles sont infidèles. Même si elles sont instruites, elles font souvent preuve d’immoralité.

Le lexique utilisé envers les femmes n’est pas mieux: 3 injures par heure en moyenne sur une période d’un mois seulement, ont été relevées par l’étude.

Si les résultats de cette étude montrent que les fictions reflètent la réalité à bien des égards -il n’y qu’à voir la place des femmes dans les médias, le parlement, les hautes fonctions ou encore les violences envers elles- il faut questionner le rôle des créations dites artistiques dans leur approche de cette réalité et si elles sont en train de la faire perdurer, comme le montre cette étude. 

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