TUNISIE
10/08/2018 18h:07 CET | Actualisé 11/08/2018 16h:11 CET

Dans les mosquées, et autour, mensonges et exagérations autour du rapport de la Colibe

Ce vendredi, les prêches dans certaines mosquées avaient pour but de s’attaquer à la Colibe et à son rapport.

Anadolu Agency via Getty Images

Alors que vendredi dernier donnait lieu à une démonstration de force du président du Courant Al Mahaba et de dizaines de personnes venus manifester et faire une prière de rue contre le rapport de la Colibe, ce vendredi, les prêches dans certaines mosquées avaient également pour but de s’attaquer à la commission et à son rapport.

Dans un statut publié sur sa page Facebook, le député Karim Helali a relaté ce qu’il a vécu lors du prêche de ce vendredi où l’imam a dénigré le rapport de la Colibe, le décrivant comme étant un rapport de “230 pages de mensonges, de folie et de calomnies concernant Allah”.

Ce même imam a ajouté qu’ “il n’y aura pas de développement et que le déficit commercial ne baissera pas tant que nos dirigeants viendront avec des lois contre les lois d’Allah”.

Regrettant l’utilisation des mosquées pour propager des discours “incendiaires” visant à “diviser les tunisiens”, le député appelle le ministre des affaires religieuses à assumer ses responsabilités en cas de débordements.

 

De son côté, la juriste et membre de la Colibe Salwa Hamrouni a relaté comment à Kairouan, des camions munis d’haut-parleurs à travers lesquels les décès dans la ville sont annoncés, sont utilisés par l’Association des imams de Kairouan pour appeler les citoyens à manifester contre le rapport de la Colibe à Tunis, le 11 août prochain.

Plus inquiétant encore, selon elle, le langage haineux utilisé pour parler du rapport. Ainsi, n’hésitent-ils pas à affirmer que celui-ci a été rédigé par un “groupe de personnes égarées et déviantes” appelant les gens à “venir pour la victoire d’Allah” et à “venir au djihad”.

 

De son côté, le journaliste Haythem El Mekki a également publié sur sa page Facebook, un document signé par “l’association tunisienne des imams de mosquées” distribué dans différentes mosquées de Tunisie contenant un ensemble de mensonges concernant le rapport de la Colibe.

Parmi ces mensonges colportés dans ce document, la Colibe proposerait “la suppression des mots ‘Islam’ et ‘musulmans’ de la Constitution, de toutes les lois et de toutes les circulaires”, ce qui est évidemment faux, ou encore “la peine de 12 ans de prison” à ceux qui font circoncire leurs fils.

 

Si le Syndicat des Imams, syndicat indépendant qui ne relève pas de l’UGTT, et un des trois syndicats d’imams en Tunisie, a apporté un soutien implicite au rapport de la Colibe en indiquant qu’il n’était pas de “leurs rôles de juger le rapport de la Commission des Libertés Individuelles et de l’Égalité”, il semblerait que d’autres se servent du prêche du vendredi pour s’en prendre au rapport de la Colibe, interrogeant sur le rôle joué par le ministère des Affaires religieuses quant à son silence face à ces dépassements maintes fois observés depuis plusieurs jours.

En avril dernier, le ministre des Affaires religieuses Ahmed Adhoum avait affirmé que “toutes les mosquées sont sous contrôle et sont prémunies contre le discours religieux radical grâce à la coopération entre cadre du ministère et les autorités locales et l’accent est mis sur la nécessité de faire prévaloir le discours modéré dans les prêches du vendredi” n’excluant pas “quelques dérapages” dans certaines de 5800 mosquées que compte la Tunisie.

Le 16 juillet dernier, Bochra Bel Haj Hmida avait appelé le ministre des Affaires religieuses à appliquer la loi contre les imams qui utilisent les mosquées pour atteindre les membres de la Colibe...visiblement sans succès.

Samedi, à l’initiative de l’ancien ministre des Affaires religieuses sous la Troïka, Noureddine Khadmi, une manifestation contre le rapport de la Colibe sera organisée à Tunis.

Lundi, en marge du 13 août, fête nationale de la femme, un grand rassemblement de soutien à la Colibe et aux libertés individuelles et à l’égalité aura lieu devant le théâtre municipal.

Entre temps, un discours extrêmement attendu du président de la République viendra lever le voile sur l’avenir de ce rapport.

Remis au président de la République le 8 juin, le rapport de la Colibe propose une panoplie de mesures visant à concrétiser les libertés individuelles et l’égalité consacrées dans la Constitution tunisienne. Les propositions englobent plusieurs aspects: l’homosexualité, l’égalité dans l’héritage, les inégalités hommes-femmes au sein de la famille, etc. 

Depuis sa publication, le rapport de la Colibe soulève le débat. Ainsi, si pour certains, ce rapport semble aller trop loin en terme de droits et libertés individuelles en s’attaquant aux principes fondamentaux de l’Islam. D’autres estiment que la Tunisie a osé toucher à des tabous et réussi à prendre des décisions révolutionnaires, en phase avec la modernité tout en respectant le texte sacré.

 

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