MAROC
19/04/2019 13h:31 CET | Actualisé 19/04/2019 14h:01 CET

Dans le centre Tilila à Mohammedia, un refuge pour les femmes victimes de violence

"Je ne sais pas ce que j'allais devenir si on ne m'avait pas parlé de ce centre..."

stevanovicigor via Getty Images

SOCIÉTÉ - La Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes (FLDDF) a fait cause commune auprès d’organismes et d’autres associations de défense des droits des femmes, dans le cadre d’un projet baptisé “Nt3elmo w n3ewlo 3la rasna” (“Apprenons et comptons sur nous-même”).

Visant “le renforcement des capacités des organisations locales de la société civile pour un accompagnement global des femmes victimes de violences”, ce projet est co-financé par l’UE et réunit les associations Quartiers du monde et le réseau LDDF-INJAD contre la violence de genre.

Pour faire connaître ce projet et surtout lancer un SOS au profit de ces femmes victimes de violences sans toit, les partenaires ont organisé, jeudi 18 avril, une visite au centre Tilila à Mohammedia, dans le but d’attirer l’attention sur ce problème de l’hébergement et rappeler au gouvernement la nécessité de soutenir financièrement ces associations. Reportage.

Nous sommes à Mohammedia, dans l’un des quartiers les plus riches de cette ville balnéaire. Il est 18 heures lorsqu’on visite le centre d’hébergement Tilila. Depuis plus de treize ans, cette association accompagne et reçoit des femmes victimes de violence. Certaines y viennent pour trouver un secours, d’autres pour entamer un nouveau départ.

“Il m’a battue dès le premier jour”

Au fond du rez-de-chaussée, dans la grande cuisine du centre, dix femmes discutent autour d’une table. Fils et crochets dans les mains, elles sont en plein cours de tricot. Parmi ces femmes, on trouve Amal (son prénom a été modifié). Le sourire timide, surmonté d’un regard douloureux, elle accepte de nous raconter comment elle a quitté un village de Sidi Slimane avec ses deux enfants, pour fuir son mari violent.

Après avoir passé huit ans à subir les coups de sa famille et de son mari, elle a décidé de s’enfuir. “C’était un mercredi. Il était 16h, j’ai profité de l’absence de mon mari pour préparer un petit sac de vêtements pour mes enfants, j’ai fait de mon mieux pour qu’il ne se doute de rien” se souvient-elle tristement. “Je n’avais que 60 dirhams dans mes poches. Je n’avais rien mais il ne me restait plus d’autres solutions. Je vivais dans un enfer que je voulais quitter à tout prix. J’ai pris un autocar pour aller à Rabat, une ville que je n’avais jamais visitée et où je ne connaissais personne. J’ai jeté ma carte SIM de peur qu’on repère le lieu où je me trouve avec, même si au fond de moi je savais que personne n’allait me chercher”, ajoute-t-elle en pleurant.

“Je me suis mariée à l’âge de 21 ans. Il m’a battue dès le premier jour, je ne le connaissais pas avant le mariage et je ne l’ai jamais aimé. Il me battait même lorsque j’étais enceinte. Je n’avais pas où partir. Même quand j’essayais de me cacher chez mes parents, mon père me battait et m’obligeait de revenir chez moi. Chez nous, quand une femme se marie, c’est une honte qu’elle revienne chez ses parents. Ils ne voulaient plus de moi... j’avais l’impression que je n’étais plus leur fille”, poursuit-elle.

“J’ai réalisé que je vivais avec un monstre”

Amal a supporté cette violence huit ans avant de prendre conscience de sa situation. “Après qu’il m’a frappée avec un verre cassé, je me suis dit qu’il était temps d’échapper à la mort. J’ai réalisé que je vivais avec un monstre. Il avait l’intention de me blesser le visage mais je me suis protégée avec mon bras qui a subi les coups” nous raconte la jeune femme en nous montrant ses cicatrices. ”Il ne se contentait pas de me battre, il me violait. Je me souviens qu’il rentrait parfois vers quatre heures du matin et se jetait sur moi, il puait l’alcool, et tentait de me pénétrer alors que je dormais... tout ça en me traitant de pute”.

Mère d’une fillette de 8 ans et d’un petit garçon de cinq ans, Amal est aujourd’hui l’une des dix femmes hébergées au centre Tilila. Après son arrivée à Rabat, et avoir passé plusieurs jours dans la rue, elle s’est renseignée pour trouver une association qui pouvait l’accueillir, elle et ses enfants, et c’est le centre Tilila qu’on lui conseille. “Je ne sais pas ce que j’allais devenir si on ne m’avait pas parlé de ce centre...” nous confie Amal. Aujourd’hui, après avoir passé environ trois mois dans le centre, elle devrait bientôt préparer son départ et voler de ses propres ailes. En effet, le centre, en manque de moyens, s’est trouvé devant l’obligation de réduire la durée de l’hébergement à deux mois.  

Selon une enquête publiée par le ministère de la Santé en novembre 2018, environ 15% des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi un acte de violence au cours des 12 mois précédents (2017). Cette violence touche essentiellement les femmes mariées à 13,4% et cible la catégorie d’âge 34-49 ans.