ALGÉRIE
19/10/2014 11h:30 CET | Actualisé 19/10/2014 17h:17 CET

Le réalisateur Damien Ounouri: "Fidaï" raconte le parcours de gens "ordinaires" dans la Révolution

Facebook/Damien Ounouri

Damien Ounouri, 32 ans, est un réalisateur franco-algérien qui cumule cinq réalisations cinématographiques et un vidéo clip. Il a étudié la théorie du cinéma à l'université Paris 3 (Sorbonne Nouvelle) et réalisé son premier long-métrage Fidaï en 2012. Un film documentaire qui retrace le chemin d'un ex-combattant FLN. Dans un entretien avec Al Huffington Post Algérie, il explique pourquoi il a choisi de montrer le "parcours humain" des gens "ordinaires" dans la révolution.

Al Huffington Post Algérie: Le film Fidaï est sorti en 2012, et a participé aux festivals mondiaux la même année. Sa projection en salles ne commence que le 29 octobre prochain. Pourquoi ce décalage? Quand sera-t-il projeté en Algérie?

Damien Ounouri: Nous avons effectivement terminé le film en 2012, et il a fait sa première mondiale au Festival de Toronto TIFF, avant de voyager un peu partout: New York, Vienne, Amsterdam, Doha, Hong-Kong, Buenos Aires, etc. Si le film ne sort que maintenant en salles en France, c’est qu’il est très difficile de trouver un distributeur. Cela prend du temps, il y a beaucoup de films, et c’est encore plus dur d’atteindre la salle lorsqu’il s’agit d’un documentaire. Le film est déjà passé en Algérie: Au festival d’Oran et aux JCA d’Alger en 2012, aux Rencontres cinématographiques de Bejaïa et au ciné-club Chrysalide à Alger en 2013. Mais nous travaillons à faire une vraie sortie salles, que j’aimerais itinérante.

La sortie du documentaire a coïncidé avec le cinquantenaire de l'Algérie. Y a-t-il eu une "commande spéciale" par le gouvernement algérien? Et est ce qu'il (le gouvernement) vous a aidé pour la réalisation en mettant des moyens à votre disposition?

Non, Fidaï n’est pas une commande du gouvernement, il n’était pas dans les films du cinquantenaire. J’ai commencé à travailler dessus en 2008, et le temps de le financer et le produire a fait que nous sommes arrivés en 2012, mais "accidentellement". Je n’ai malheureusement pas eu le soutien du FDATIC (Fonds de Développement de l'Art, de la Technique et de l'Industrie Cinématographique) du ministère de la Culture sur ce film-là. Il a donc fallu trouver d’autres moyens pour le financer, et mettre en place une coproduction internationale avec la Chine, la France, l’Allemagne, le Koweït et l’Angleterre, ainsi que des fonds du Moyen-Orient pour faire ce film algérien.

Fidaï est le récit du grand oncle de votre père, votre imagination et les témoignages des autres vous ont aidé à monter le film. Vous avez dit que le but est "faciliter la transmission [de l'Histoire] (...) face à la disparition croissante de ses acteurs".Quelles sont les "découvertes" durant vos recherches historiques qui changent de l'Histoire de l'Algérie "officielle"?

J’ai personnellement découvert une partie de ce que les Algériens avaient fait en France pendant la Révolution, et que je connaissais très mal: La Fédération de France du FLN, son organisation politique et militaire, les luttes contre le MNA (Mouvement national Algérien de Messali Hadj, Ndlr), etc. J’ai pour cela travaillé avec l’historienne Linda Amiri, spécialiste du sujet.

Ensuite, c’était un travail avant tout humain, avec mon grand-oncle, pour qu’il sorte de son silence et me raconte son vécu. J’avais envie de voir dans un film la "petite" histoire, celle des gens ordinaires et majoritaires, un parcours humain, avec ses hauts et ses bas, ses actes héroïques, ses doutes et ses fragilités. Comprendre l’engagement d’un homme. Faire parler nos anciens qui, pour beaucoup, sont retournés à une vie très simple après la révolution et ne nous ont pas raconté ce qu’ils avaient vécu. Et ainsi, ne pas perdre tout un pan de notre mémoire.

Quelles sont vos rapports avec l'Algérie (mis à part vos origines algériennes)?

J’ai naturellement un rapport intime avec l’Algérie, par mes origines et mon histoire. Mais c’est principalement le lieu où je travaille, où j’ai des envies de films et les concrétise, où je me sens stimulé et ai envie de regarder, exprimer et questionner des choses. C’est, pour dire vite, ma source d’inspiration.

Votre prochain film s'intitule Chedda, et il est en développement en ce moment. Parlez nous un peu ce film?

Chedda est une fiction que je suis en train de développer et pour laquelle je cherche des financements. Je ne préfère pas encore en parler tant que le film n’est pas fait. Par contre, je viens de réaliser le clip "Dellali" pour le groupe Djmawi Africa, avec l’actrice Adila Bendimerad.