MAROC
23/07/2018 18h:31 CET | Actualisé 23/07/2018 18h:33 CET

Crise sociale à la RAM: l'AMPL persiste à nier toute grève et donne sa version des faits

L'association de pilotes dénonce une "cabale médiatique" menée par la compagnie aérienne à leur encontre.

Senohrabek via Getty Images

RAM - Alors que la Royal Air Maroc annonce de nouvelles annulations de vol ce lundi 23 juillet, les pilotes de la compagnie ont décidé de répondre à ce qu’ils désignent comme une ”cabale médiatique” menée par la compagnie à leur encontre. Le personnel navigant a ainsi décidé de communiquer sur leur mouvement par le biais d’une conférence de presse, organisée au siège de l’association à Casablanca ce 23 juillet.

“Lynchés sur la place publique”

Dès les premiers instants de la conférence de presse, les pilotes nient catégoriquement être en grève. “Nous ne sommes absolument pas en grève”, insiste un des membres de l’association. “Voyez notre président, lui-même revient d’un vol effectué en Russie”, poursuit-il. 

La semaine passée, un courrier de la compagnie fuité dans la presse a en effet mis le feu aux poudres,le PDG accusant les pilotes, dans la missive qui leur était adressée, de “grève”, alors qu’une crise oppose depuis plusieurs mois les pilotes et la compagnie aérienne nationale. Cette dernière annonce quotidiennement, depuis l’envoi de ce courrier polémique, des annulations de vols sur son site pour causes de “tensions sociales”. 

Une accusation que réfute complètement le personnel navigant, accusant la RAM de ne pas avoir correctement géré la saison estivale. Les pilotes se considèrent ainsi “insultés” et “lynchés” sur la place publique, et citent entre autres l’exemple d’organes de presse s’indignant de leurs salaires. Ils remettent également en question la version de la RAM qui affirme que la lettre n’avait pas vocation à être “fuité à la presse”.

L’école de pilotes, un des nerfs de la guerre

Les pilotes rappellent leurs doléances, qui se résument en quatre points: “une revalorisation des salaires de 15.000 dirhams sur une période cinq ans, le refus d’une paix sociale de 7 ans demandé par la compagnie, 4 jours de repos mensuels et que nos collègues de RAM express puissent bénéficier des mêmes avantages”, explique le président de l’association, Amine Mkinsi. 

Mais les griefs ne s’arrêtent pas là. Pour les pilotes, il faut revenir plusieurs années en arrière pour expliquer les récents événements. “En 2011, la compagnie a vécu une grave crise, et l’État lui a demandé de restructurer son activité principale, l’aviation. Ils ont donc vendu leurs hôtels, des avions, et surtout, ils ont fermé l’école nationale de formation des pilotes”. Cette même école qui est aujourd’hui l’un des nerfs de la guerre pour l’association qui réclame son retour, sinon une augmentation du nombre d’élèves-pilotes, notamment par la voie de contrat-formation qui diviserait la prise en charge de l’élève entre ce dernier, l’État et la compagnie aérienne. “Nous réclamons le retour de la méritocratie”, déclare le président de l’association Amine Mkinsi, tandis que les pilotes présentent, au cours de la conférence de presse aux journalistes, un document dans lequel le PDG de la RAM s’engageait à la réouverture d’une école de pilotes. 

Autre point de discorde: les avantages qui seraient accordés à leurs confrères étrangers engagés par CDD. En effet, si la crise de 2011 a obligé la RAM à sacrifier des avions et à envisager une restructuration, les compagnies aériennes se retrouvent actuellement face à une explosion de la demande. Le manque de pilotes aurait ainsi poussé la RAM à engager en 2017 une vingtaine de pilotes étrangers en CDD, des chiffres qui sont loin des 86 nécessaires à la bonne marche de la compagnie, explique l’association. Ces pilotes, selon l’AMPL, bénéficient d’avantages considérables par rapport à leur confrères marocains. “Ces derniers bénéficient en effet de 5 jours ‘off’ par mois en plus des 48h de repos hebdomadaire, ainsi que des salaires de départ d’environ 7000 euros par mois, tandis qu’un pilote débutant marocain obtient en moyenne 48.000 dirhams par mois”.

Les journées “off”, autre sujet brûlant

Ces 48h de repos sont un autre sujet brûlant pour les pilotes. Si la RAM les a d’abord accusés de faire grève, ces derniers sont catégoriques: ils respectent simplement les conditions de leur contrat qui leur offre ces “48 heures off” hebdomadaires. Alors que ces derniers étaient parfois appelés par la compagnie à travailler durant ces jours de repos (journée off qu’ils peuvent réclamer un autre jour), ils déclarent actuellement refuser de prendre ces charges supplémentaires qui porteraient atteinte à leur vie privé ou leur santé. 

Les pilotes sont catégoriques: les annulations actuelles sont dus au fait que “la compagnie n’a tout simplement pas affrété suffisamment d’avions et de pilotes”. “Non seulement nous n’avons pas atteint les 86 pilotes demandés, mais ceux qui ont été engagés en CDD sont partis pour certains vers d’autres entreprises, qui leurs offraient de meilleurs avantages”, explique Amine Mkinsi. 

“La balle est dans le camp de la RAM”

Pour le président de l’AMPL, les discussions salariales étaient pratiquement réglées, jusqu’au “volte face en juillet de la compagnie sur plusieurs points”. “On n’a pas choisi le timing, il nous a été imposé par la compagnie”, insiste-t-il alors que des journalistes accusent le mouvement de “prendre en otage les usagers” en cette période estivale. Reste à patienter à présent pour espérer une sortie de crise prochaine. “La balle est dans le camp de la RAM”, assure ce pilote au HuffPost Maroc. Contactée par le HuffPost Maroc, la RAM se refuse pour l’instant à “tout commentaire officiel”.