TUNISIE
19/04/2018 15h:49 CET | Actualisé 19/04/2018 15h:55 CET

Crise du lait en Tunisie: "La sonnette d'alarme est tirée", annoncent l'UTICA et l'UTAP

Les éleveurs de vaches laitières, les collecteurs et transformateurs du lait, mettent en garde contre l’effondrement de l’ensemble de la filière lait en Tunisie.

PeopleImages via Getty Images

Le secteur laitier s’enlise depuis peu dans une crise sans précédent. Le bras de fer entre les autorités et les principaux acteurs de la chaîne de production est loin d’être fini. En effet, avec les menaces de suspension de la production et de la distribution du lait à quelques semaines du mois de Ramadan, la situation semble ingérable. Selon les professionnels, le constat est lourd. 

“C’est une véritable sirène d’alarme que tirent les éleveurs de vaches laitières, conjointement avec les collecteurs et transformateurs du lait, mettant en garde contre l’effondrement de l’ensemble de la filière lait en Tunisie,“ont-ils clamé dans un communiqué de presse conjoint en vue de sauver la filière en péril. 

A vrai dire, la crise touche toute la chaîne allant de l’élevage, à l’industrialisation passant par la production, regrettent l’Union tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche (UTAP) et l’Union tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA). “La cause principale en est l’augmentation significative des coûts et charges, à tous les niveaux, sans une révision a minima des prix,” expliquent-t-ils en appelant les autorités compétentes à prendre les mesures idoines à même de sauver le secteur sinistré et à l’ouverture d’un dialogue responsable afin de prendre les mesures urgentes salutaires.

Les deux organisations ont également déploré avec grande préoccupation la recrudescence de l’évasion des troupeaux de vaches laitières vers des pays voisins, à des nombres de plus en plus importants. 

Un secteur étouffé 

L’UTAP et l’UTICA ont révélé, d’autre part, l’aggravation des pertes enregistrées par les éleveurs, les centres de collecte et les industries de transformation du lait et de ses produits dérivés.

D’après eux, “la problématique qui accable la filière lait provient essentiellement du gel des prix à la consommation, sans tenir compte de l’augmentation des coûts, notamment pour ce qui est du prix des vaches laitières, de l’alimentation du bétail, des soins vétérinaires, des carburants et des salaires. A cela s’ajoute l’impact du dérapage du dinar face aux devises étrangères pour ce qui est des intrants nécessaires à l’alimentation, des médicaments vétérinaires et des emballages, importés”.

Comparant aux pays voisins, la Tunisie a le prix de lait le moins cher. En effet,  le prix public du litre de lait stérilisé en Tunisie est actuellement en Tunisie de 1120 millimes, contre 1500 en Libye, 1900 millimes au Maroc et 1 800 millimes en Egypte.

Une hausse de prix s’impose

L’UTAP et l’UTICA sont en fait confrontées à un triple souci. D’abord, prendre en considération le pouvoir d’achat du consommateur. Ensuite, ne pas obérer la Caisse de compensation. Mais aussi, faire face à l’impératif stratégique et vital de préserver la filière lait et d’éviter son effondrement. Une équation assez compliquée qui ne peut être résolue qu’avec une augmentation du prix.

C’est pourquoi, elles ont demandé une légère révision des prix en affirmant que cette augmentation “ne saurait être équitablement de moins de 200 millimes par litre, pour l’éleveur, 55 millimes pour le collecteur et 100 millimes pour l’industriel”.

Le secteur laitier en chiffres

En Tunisie, la filière du lait compte pas moins de 112.000 éleveurs pour la plupart (82.8%) de petits éleveurs possédant de 1 à 5 vaches. Ces accomplissent 40% des journées de travail dans le secteur agricole et contribuent à hauteur de 11% dans la valeur de la production agricole.

La transformation du lait et de ses dérivés représente 7% de la valeur des industries alimentaires.

Cette industrie est forte de 45 unités dont 11 spécialisées dans le lait avec une capacité de 4.2 millions de litres/jour, 8 dans le yaourt, 2 dans le séchage et 25 dans les fromages.

La production totale s’élève à 1.413 millions de litres par an, dont 995 millions de litres sont traitées et transformées par les unités industrielles.

La consommation annuelle par tête d’habitant est passée en Tunisie de 83 litres par personne en 1994 à 110 litres par personnes en 2017 et reste insuffisante par rapport à la moyenne européenne qui est  250 litres par tête d’habitant.

Il est à rappeler qu’il a été décidé d’annuler la suspension de la production du lait demi-écrémé, prévue le 23 avril 2018. Quant à la décision concernant l’arrêt total de la production de la distribution du lait, programmé le 30 avril courant, elle a été reportée à l’après-ramadan.  

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