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18/08/2018 14h:53 CET | Actualisé 18/08/2018 14h:53 CET

"Crash Test entrepreneur" de Lab'Ess: L'entrepreneuriat social en questions

Ces experts en matière d’entrepreneuriat et financement social, ont reçu les entrepreneurs pour un échange de 10 minutes chacun après avoir lu le pitch du projet de l’entrepreneur.

C’est dans un cadre zen, vivant, plein de couleurs et de “positive attitude” que le “Crash Test entrepreneur” s’est déroulé vendredi dernier à l’incubateur Lab’ESS dédié à la quatrième promotion de ses entrepreneurs sociaux qui ont été accompagné et encadré par l’organisation cette année.

Cet évènement était sous un format de speed-dating pour annoncer la fin proche de l’incubation de la promotion actuelle et cela a consisté en une journée d’échanges entre entrepreneurs Lab’ESS et des experts, coachs et mentors qualifiés dans différents domaines tels que l’UBCI, BFPME, 111 Co-think, Machrou3i fi blédi et Enactus.

Ces experts en matière d’entrepreneuriat et financement social, ont reçu les entrepreneurs pour un échange de 10 minutes chacun après avoir lu le pitch du projet de l’entrepreneur.

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Les projets qui ont été mis à l’épreuve des professionnels afin de bénéficier de leurs conseils ont été sélectionnés pour leur engagement et degré d’avancement. Il s’agit de: Smart Collect, Jenaina, We Improve, Cha9a9a.tn, Hydroponic for All et Sciencia.

Après un bref pitch, les entrepreneurs ont été interviewés sur les procédures, les cibles, le BMC (Business Model Canevas), le financement et l’impact social, et puis ils ont eu des conseils personnalisés suivant la spécificité du projet.

Les professionnels ont essayé de trouver un plan d’action pour que les jeunes entrepreneurs puissent confirmer des partenariats avec des clients potentiels, proposer un nouveau mode de management, identifier les points de vigilance et recommander des formations qui pourront aider les porteurs de projets à les affiner.

LabESS

 

Ces entrepreneurs ont également eu un coaching sur la gestion participative, sur le marketing et l’intégration des parties prenantes, ou encore sur comment identifier la population concernée et la fidéliser.

L’interview que j’ai fait avec plusieurs professionnels autour des interrogations posées ci-dessous a donné certains éléments de réponses.

Qui dit ESS dit égalité des chances, est ce que les entrepreneurs sociaux des zones intérieures ont eu leur chance?

Rachid  Abidi : Directeur du Lab’ess :

“Pas totalement je pense c’est vrai qu’il y a un gros travail à faire de la part d’organismes comme nous et d’autres organismes intermédiaires pour promouvoir, sensibiliser davantage sur cette question dans les régions,

C’est vrai qu’il faut pouvoir les soutenir à travers beaucoup de formations et d’accompagnement mais aussi il faut leur donner la possibilité d’accéder à des prêts, des financements”

Marouen Hadhri : Fondateur de Machrou3i Fi Bledi :

“Faut-il travailler plus sur cette dimension?Je dirai oui! Il faut mettre en place un programme qui soit dirigé par des fondations internationales comme la Banque mondiale. Il y a beaucoup d’autres programmes mais après est ce qu’ils sont efficaces?

Également, concernant les banques les informations ne sont pas disponibles pour les entrepreneurs.

Nous à Machrou3i fi Bledi, nous essayons d’inculquer l’esprit du partenariat aux différents acteurs. Il faut que les formateurs, les fondations, la presse, et les experts s’associent et se dirigent vers les jeunes pour les sensibiliser”. 

Houda BOUARIR chercheuse en ESS au Maroc de 111 – Cothink :

“Oui bien sûr l’ESS, c’est un sujet qui est très en vogue et il y a des choses qui ne sont pas encore très bien définie et c’est normal puisque la loi est toujours en cours d’élaboration. Les principes de l’ESS ne sont pas encore validés, les piliers de l’ESS ne sont pas encore tous en place mais c’est une économie comme toute autre économie qui se base sur l’égalité entre les membres et beaucoup d’autre principes”.

LabESS

 

 

Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils vraiment impliqués dans l’économie sociale et solidaire?

 

Rachid  Abidi : Directeur du Lab’ess:

“Encore une fois je pense que c’est à nous de faire ce travail de communication et de sensibilisation et c’est ce qu’on essaye de faire. Les jeunes peuvent aller voir notre page Facebook qui a quand même une communauté intéressante. Mais ça passe pas que par les réseaux sociaux, aussi on organise de nombreux événements pour vulgariser et démocratiser l’entrepreneuriat social et solidaire, en espérant toucher pas mal de jeunes parce que ça passe vraiment par eux.

Il y a un réel problème de disparités régionales donc il faut travailler sur ce sujet ...”

Marouen Hadhri : Fondateur de Machrou3i Fi Bledi :

“Déjà, il y a des initiatives et c’est pas mal. Le fait de pouvoir conjuguer l’économique et le social en Tunisie avec l’absence de réformes est un grand pas” 

Houda Bouarir, chercheuse en ESS au Maroc de 111 – Cothink :

“Aujourd’hui on voit la volonté des jeunes d’intégrer le monde économique et solidaire, d’intégrer ce monde de l’ESS.

Les gens sont motivés surtout les jeunes et cela grâce à beaucoup de choses, notamment le fait que les jeunes deviennent de plus en plus responsables vis-à-vis de leur pays.

Mais il faut prendre en considération l’orientation de l’encadrement de ces jeunes pour pouvoir entrer dans l’ESS de la meilleure façon.

Dans l’histoire de l’ESS depuis 1980 c’était pour une solution pour pouvoir sortir des crises sociales et économique, donc pour pouvoir aider ces jeunes qui ont la volonté pour, il faut avoir l’accompagnement dans ce sens. »

Quels sont les freins majeurs qui découragent les jeunes à monter leur projet et quels sont les plans d’action pour les aider? 

Rachid  Abidi : Directeur du Lab’ess :

“Il y a la loi qui devrait voir le jour dans les prochaines semaines ou dans les prochaines mois. C’est une bonne nouvelle même si on pourrait l’améliorer, mais au moins il y en aura une et cela permettra au secteur d’être reconnu. C’est une grande avancée.

Après c’est vrai qu’il y a tout un travail sur des décrets d’application, sur la gouvernance, donc il y a un travail juridique évident par rapport à pleins d’autres petits détails. Il y’a aussi beaucoup de travail à faire sur la gouvernance du secteur. 

Il faut aussi travailler sur la formation des différents acteurs, certains ne savent pas qu’ils sont en ESS alors que c’est le cas, d’autres disent l’être mais ils le pratiquent à leurs manières, donc il faut pouvoir orienter les gens dans la bonne direction.

Il y a aussi ceux qui ont besoin de formations au niveau des acteurs publics, de l’administration, ils doivent savoir de quoi on parle. Ces gens-là doivent être sensibilisés..

Après il y a la question du financement: Comment on adapte les outils actuels ou comment créer de nouveaux outils de financement.”

Marouen Hadhri : Fondateur de Machrou3i Fi Bledi :

″À part l’autofinancement, et le cadre juridique, le premier frein est la lourdeur administrative. 63% des Tunisiens ont comme premier bémol la lourdeur des procédures et qui mène à chaque fois l’entrepreneur à actualiser ses devis et son étude de projet. 

En deuxième lieu, l’instabilité politique. Troisièmement, le taux d’intérêt qui est très élevé sachant que l’entrepreneuriat social ne repose pas sur un but lucratif mais plutôt un profit limité”.

Houda Bouarir, chercheuse en ESS au Maroc de 111 – Cothink :

“Tout le monde en parle, mais il y a un manque de connaissance à ce sujet. Il n’y a pas d’experts ou de professionnel de l’ESS parce que le concept est un peu nouveau, aujourd’hui en Tunisie. Il n’y a pas de master en économie sociale et solidaire. je pense qu’il faut encore travailler sur l’encadrement”

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Et pour clôturer avec l’organisateur de l’évènement, on s’est adressé à Rachid pour une dernière question et un feedback sur l’impact de Lab’ess.

Quant aux étudiants qui sont de potentiels entrepreneurs sociaux, avez-vous pensé à les encadrer?

On collabore avec différent club comme par exemple Enactus, dont l’un des représentants est aujourd’hui présent à ce “Crash test entrepreneurs”. Ils agissent auprès des jeunes pour développer l’esprit de l’entrepreneuriat social. On a également pu échanger avec quelques clubs de l’IHEC qui sont sensibles à la thématique. Notre objectif est d’appuyer les porteurs de projets à impact social dans l’objectif d’apporter des solutions concrètes aux populations dans les différents territoires.

Nous lançons un appel à candidature début septembre pour trouver les nouveaux entrepreneurs sociaux qui seront incubés au Lab’ess pour une durée de 6 mois. On va collaborer avec des écoles et universités pour passer le message et organiser des réunions d’information. Notre objectif est d’inclure au moins 40% de jeunes de moins de 30 ans au sein de cette nouvelle promotion. On se doit de préparer la nouvelle génération à mener des projets à impact environnemental et social.

Le Lab’ess a été créé par un collectif d’associations tunisiennes et le GROUPE SOS en France, il y a maintenant un peu plus de 5 ans. C’est un espace dédié à l’innovation sociale qui a pour mission de répondre efficacement aux besoins socio-économique du pays. Le Lab’ess accompagne les acteurs via son espace de co-working et son dispositif d’incubation.

Durant cette période d’incubation, le Lab’ess propose un hébergement, de l’accompagnement individuel, de la formation collective, de la mise en réseau et l’organisation d’évènements pour créer des synergies.

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