TUNISIE
08/06/2019 15h:29 CET

Coupe du monde: les différences entre le football des femmes et celui des hommes

Avec la huitième Coupe du monde féminine, c'est l'occasion de se pencher sur ce qui différencie la pratique féminine, au niveau tactique, mais aussi mental et physique.

Le HuffPost

FOOTBALL - Onze joueuses sur un rectangle vert, des schémas tactiques connus, des organisations allant du 3-5-2 au 4-3-3, des sprints et des frappes en lucarne. À première vue, difficile de dire ce qui sépare le football pratiqué par les hommes de celui des femmes, dont la Coupe du monde débute ce vendredi 7 juin en France avec une rencontre entre les Bleues et la Corée du Sud.  

“C’est le même sport. Il y le même temps de jeu, on essaye de pratiquer les mêmes choses, sur le plan technique comme sur le plan tactique”, répond d’emblée au HuffPost Sandrine Dusang, ancienne joueuse de l’équipe de France, multiple championne de France et vainqueure de la Ligue des Champions avec l’Olympique Lyonnais.

Et pourtant, en creusant un peu, il s’avère que des différences assez profondes existent tout de même. 

“On va toujours dire que les femmes font moins de chiqué que les hommes. C’est ce qui ressort quand on pose la question aux gens”, concède celle qui s’est reconvertie dans l’analyse du football féminin avec le site Foot d’Elles. Harry Couvin, l’un des premier journalistes sportifs français à avoir suivi le foot féminin dans le pays, pour Onze Mondial, confirme. “Quand il y a un contact, eh bien OK, on joue. Il y a un côté un peu militant derrière cela pour les footballeuses. Elles se disent que c’est un sport de contacts et qu’on va faire avec, sans se plaindre. C’est le contrecoup d’avoir entendu pendant des années que le football n’est pas un jeu de filles.” 

“Le jeu des femmes se passe peut-être un peu plus dans la tête”

Pour Sandrine Dusang, cette différence provient également de l’approche qu’ont les footballeuses de leur sport. “Je parlerais aussi d’une dimension intellectuelle. Peut-être que le jeu des femmes se passe un peu plus dans la tête que celui des hommes.” Elle détaille: “Les hommes vont peut-être aller plus vite, se rentrer plus dedans, aller plus au duel. Parce que c’est moins problématique pour eux. Alors que les femmes vont réfléchir en amont, éviter certains duels, répondre par la tactique.” 

 

“Je me souviens de Patrice Lair (un entraîneur emblématique de l’Olympique lyonnais pour lequel Sandrine Dusang a joué, ndlr) qui disait que ça lui faisait drôle parce que quand il donnait des consignes, les hommes appliquaient et basta. Alors qu’avec les femmes, elles cherchaient à comprendre pourquoi elles faisaient ça”, poursuit l’ancienne internationale. “On était beaucoup à poser des questions, on ne voulait pas faire les choses bêtement, on voulait comprendre ce que l’on faisait.” 

Les femmes sont donc “dans la ‘cogite’”, pour citer Sandrine Dusang, ce qui a des conséquences très concrètes sur le déroulé d’un match. “D’un point de vue statistique, la plus grande différence entre les hommes et les femmes, c’est le temps de jeu effectif. Et il est bien plus important chez les femmes”, assure Harry Couvin, qui évoque le chiffre de 15% de temps de jeu supplémentaire.

Et pour cause: moins de contacts signifie moins de fautes. D’autant que comme l’explique le journaliste, “quand tu prends un coup chez les pros chez les garçons, c’est 80 kilos de vice qui t’arrivent directement sur le genou ou le tibia. Il y a de vraies fautes délibérées, voire méchantes. Il n’y a pas ça chez les filles, ou très peu. Les fautes n’ont pas tout à fait la même intensité, et il n’y a pas non plus de volonté de faire mal.” 

Pressing haut et appels en profondeur

Des fautes plus légères, donc, en foot féminin, qui causent des interruptions de temps de jeu moindres. Surtout qu’au contraire de leurs homologues masculins, les footballeuses n’ont apparemment pas tendance à surjouer les blessures ou à enguirlander les officiels. “Il y a un respect de l’arbitrage qui est plus grand que chez les garçons. Et même quand il y a une erreur manifeste, les femmes ne palabrent pas pendant des heures. Elles se replacent et jouent”, estime Harry Couvin. 

Reste finalement les considérations tactiques, où là encore, des différences existent. “Quand on regarde un match de foot féminin, c’est rare qu’il n’y ait pas de pressing à trente mètres de ses buts. En tant que défenseure, je me souviens avoir été régulièrement pressée dans mes 25, 30 derniers mètres. Chez les hommes on le voit beaucoup moins”, explique Sandrine Dusang. Et effectivement, hormis sur quelques séquences bien précises, en particulier quand un gardien est en difficulté, il est rare de voir les footballeurs venir gêner la relance adverse aussi haut sur le terrain. 

“Tactiquement, j’ai toujours trouvé qu’elles étaient plus appliquées, plus respectueuses des conditions tactiques mises en place. Chez les garçons, on écoute les consignes, mais ça peut partir vite en live”, décrypte le journaliste Harry Couvin, qui couple cette donne à une qualité technique extrêmement élevée chez les femmes, de manière générale et en particulier pour ce qui est du toucher de balle, ce qui donne un football généralement propre et appliqué. “Elles ont une vision de jeu supérieure”, continue-t-il. “Leur gestion de l’espace est différente par rapport aux garçons, elles trouvent mieux et vite les joueuses qui partent dans le dos, elles le sentent beaucoup mieux.” 

En clair, si vous découvrez le football féminin avec la Coupe du monde qui débute ce vendredi en France, ne vous attendez pas à voir des oppositions physiques entre deux blocs solides, mais davantage de jeu de passe, de tentatives de débordement, de courses dans le dos des défenseuses. Car à en croire Harry Couvin, le football féminin à relevé un grand défi: celui de se fonder d’abord sur les qualités des joueuses pour définir le système, à s’adapter à leurs points forts davantage qu’à une école tactique. Et à ce petit jeu, il félicite une femme en particulier: la sélectionneuse de l’équipe de France Corinne Diacre. De bon augure pour le Mondial... 

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