MAROC
15/07/2018 16h:06 CET

Coupe du monde 2018: Entourée d'hommes, l'une des rares photographes du mondial revient sur son expérience en tant que femme

"La photographie sportive est encore très masculine, mais les choses évoluent."

Getty Images

FEMMES - Le football, toujours un milieu d’hommes? Cette Coupe du monde 2018 peut en témoigner. Entre les diverses agressions commises sur des supportrices ou à l’encontre de certaines journalistes en plein direct, être une femme et suivre cette discipline semble être encore une entreprise semée d’embûches. Alors que la compétition touche à sa fin, pour Maja Hitji, l’une des rares photographes officielles du Mondial, l’heure est au bilan.

Passionnée de photographie sportive, cette dernière est employée par la banque d’images Getty Images pour couvrir la plupart des grands événements en Europe. “Dans ce domaine, j’ai eu l’occasion de photographier certains des principaux matchs du football allemand, les Jeux Olympiques d’hiver et maintenant la Coupe du monde”, confie la jeune femme de 33 ans, contactée par Le HuffPost.

Maja Hitji a grandi en Slovénie. Elle y a suivi des études en journalisme avant d’intégrer la rédaction d’un journal local slovène puis de partir exercer en Allemagne. Là-bas, elle a rejoint le bureau berlinois de l’agence de presse mondiale Associated Press, où elle a fait ses premières armes dans divers domaines de l’actualité pendant plusieurs années.

“Parfois vous gagnez, parfois vous perdez”

Mais son intérêt premier, c’est celui pour le sport. La raison? Il “crée des émotions et aussi beaucoup de défis en tant que photographe, concède la reporter. [...] La photographie est presque comme le sport lui-même, il faut beaucoup d’entraînement, de connaissances et de patience... et comme dans le sport, parfois vous gagnez, parfois vous perdez.”

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Comme elle, d’autres femmes, à l’instar de Lucy Nicholson chez Reuters, ont été embauchées pour suivre le mondial en Russie. Cependant, elles sont encore en minorité dans cette profession. Même si Maja Hitji n’aime pas qu’on associe le fait qu’être une femme puisse apporter des difficultés dans un milieu d’hommes, cette dernière reconnaît que la vie n’y est pas toujours rose.

“Cela ne veut pas dire que tout est simple et parfait, la photographie sportive est encore très masculine, mais les choses évoluent”, assure la professionnelle. Comment s’en sortir? “J’essaie toujours de me concentrer sur les avantages que j’ai en tant que femme, et il y en a aussi beaucoup. [...] À la fin de la journée, ma conclusion est la même que les autres photographes, je suis ici pour capturer les moments marquants”, explique la journaliste.

Mais ce n’est pas si facile. Le rythme est soutenu et demande de se déplacer un peu partout très rapidement. “Ce n’est pas une course de 100 mètres mais un vrai marathon, s’amuse Maja Hitji. Vous devez savoir là où il faut dépenser votre énergie, de sorte à ne pas en gaspiller. [...] Le défi est d’obtenir des images intimes et de trouver sa place tout en prenant soin de ne pas gêner les équipes qui filment.”

Devoir faire ses preuves au quotidien

Une tâche plus difficile quand on est une femme? Elle le reconnaît. Elle a le sentiment de devoir faire ses preuves tous les jours, “mais c’est la même chose dans toutes les professions”. Elle poursuit: “Vous voulez que les gens vous respectent pour le travail que vous faites et non parce que vous êtes une femme dans ‘un monde d’hommes’”.

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Maja Hitji semble avoir un mental d’acier. Elle a la tête sur les épaules. ”À la fin de la journée, si vous restez professionnelle et produisez du bon travail, vous serez toujours valorisée et c’est le cas, peu importe votre origine ou votre sexe”, assure la trentenaire.

Résultat, elle a adoré travailler lors de cette Coupe du monde. Si c’était à refaire, elle le referait sans hésiter: “L’atmosphère est incroyable et vous êtes porté par l’adrénaline”.

Ce qui lui a plu le plus? Les séances photos avec les équipes en coulisses. Plus précisément, le jour où pour décoincer l’un des joueurs australiens devant l’objectif, elle lui a demandé de faire comme s’il marquait un but. “J’ai insisté [...] jusqu’à ce qu’il me réponde très froidement: ‘Je suis un gardien de but’.”