TUNISIE
10/02/2016 08h:50 CET | Actualisé 10/02/2016 08h:53 CET

Tunisie: Le président de l'Instance nationale de lutte contre la corruption réclame des aides pour lutter contre "la hausse de la corruption"

Shutterstock / Maryna Pleshkun

Plus de moyens et une coopération des autorités : c'est la demande répétée depuis près de 10 jours par Chawki Tabib, nouveau président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption.

À peine un mois après sa nomination, il multiplie les déclarations. Lundi il assurait à l'agence TAP que les indicateurs de la corruption connaissent une hausse, cinq ans après la révolution", allant jusqu'à affirmer que "les mêmes signes précurseurs qui, en 2011, avaient précédé la révolution (contre le régime corrompu de Ben Ali), étaient à nouveau réunis".

Le même jour, sur la radio nationale, il a souligné l'importance pour une instance anti-corruption de bénéficier d'une totale indépendance, alors que "90% des dossiers de corruption" concernent "l’administration au sens large (...) du simple employé au ministre et au juge".

Selon les termes de la loi portant création de l'Instance nationale de lutte contre la corruption, aucune restriction n'apparait en tant que telle dans l'exercice de la mission de l'instance et ses membres bénéficient d'une immunité concernant l'exercice de leur mission.

Manque de moyens financiers

Le 9 février, Chawki Tabib expliquait sur Shems FM que l'instance était dans l'incapacité de lutter efficacement contre la corruption.

Le président de l'Instance nationale de lutte contre la corruption cherche donc à élargir ses marges de manœuvre. Dans son rôle de "Monsieur anti-corruption", il a demandé à la Commission parlementaire de la réforme administrative, de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption et du contrôle de gestion des biens publics "un soutien politique, moral et matériel pour l’Instance de lutte contre la corruption". Selon lui, c'est de 6,5 millions de dinars dont l'instance a besoin en 2016 pour accomplir sa mission.

Fin 2014, le prédécesseur de Chawki Tabib, Samir Annabi, critiquait le rôle des gouvernements successifs, de l'administration et de la justice dans la lutte contre la corruption, déplorant notamment une absence totale de structure, de statut pour le personnel, d'organisation et de communication. Il avait critiqué un budget étriqué de "390.000 dinars par an, dont 220.000 dinars pour le seul loyer". L'instance nationale de lutte contre la corruption ne dispose d'aucun site web.

Une indépendance déjà questionnée

Déjà en mai dernier, il avait appelé à "la mise en place d'une structure constitutionnelle de lutte contre la corruption qui ait le droit de questionner le gouvernement et les administrations publiques".

La politique de lutte anti-corruption a toutefois reçu un soutien financier étranger d'un montant de 3,797 millions de dinars pour la période allant de la mi 2013 à la mi 2016, dans le cadre du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), financé par les gouvernements suédois, britanniques et japonais, ainsi que le PNUD lui-même, qui avait présenté à Tunis son implication dans cette politique anti-corruption.

Le rôle de l'instance nationale de lutte contre la corruption, créée en novembre 2011, est de "réunir les données relatives à la corruption", d'enquêter sur les cas qui lui sont exposés, et le cas échéant de les transmettre à la justice, mais aussi de "proposer des politiques de lutte contre la corruption, d'édicter les principes d’orientation générale, de donner son avis sur les projets de textes législatifs et réglementaires relatifs à la lutte contre la corruption", rappelle le site Anticor.tn, créé dans le cadre de ce programme du PNUD.

La Tunisie est classée au 76e rang sur 168 dans le classement de l'ONG Transparency International sur l'indice de perception de la corruption.

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