TUNISIE
12/06/2018 17h:52 CET

Corée du Nord: À quoi pourrait ressembler le pays s'il s'ouvrait à l'économie de marché?

Deux fois moins peuplée que la Corée du Sud, elle exporte 228 fois moins.

Gavin Hellier / robertharding via Getty Images

INTERNATIONAL - Donald Trump et Kim Jong Un ont affiché leur bonne entente ce 12 juin lors d’un tête-à-tête historique qui a abouti à la signature d’un document commun concernant le devenir de l’arsenal nucléaire de la Corée du Nord.

Le président américain a assuré que le processus de dénucléarisation pourrait désormais commencer “très rapidement”, après des décennies de tensions. Certes, la formulation de la déclaration commune reste vague, et s’en remet à des négociations ultérieures pour sa mise en oeuvre.

Mais cet accord ouvre la porte à la levée des sanctions économiques, et l’ouverture progressive de la dictature communiste à l’économie de marché. Pour Kim Jong Un, c’est sans doute la condition sine qua non de survie de son régime.

L’exemple? La Chine de Deng Xiaoping des années 80, bien sûr, qui a réussi à conjuguer jusqu’à un certain point libertés économiques et dictature politique. A l’opposée, la débâcle de l’URSS fait figure d’épouvantail.

 

Tourisme et exploitations minières

A quoi ressemblerait une Corée du Nord prospère? Ce 12 juin, Donald Trump s’est laissé aller à imaginer de magnifiques opérations immobilières le long de ses plages paradisiaques.

Mais avant le tourisme, cet Etat de 25 millions d’habitants devra s’appuyer sur ses matières premières. Coup de bol, il est plutôt bien doté par la nature. Selon le North Korea Resources Institute, à Séoul, il abriterait le deuxième plus grand dépôt de magnésite du monde, ainsi que d’importantes réserves de minerais de tungstène, de graphite et de molybdène.

D’après Les Echos, ses profondeurs cacheraient aussi plusieurs terres rares nécessaires à la construction des derniers produits high tech, comme les batteries électriques.

D’ores et déjà, la Corée du Nord peut s’appuyer sur l’exportation de charbons, première source de revenus, sa petite industrie textile, et la vente des produits de la mer. Mais avec un volume de 2,28 milliards d’euros d’exportation en 2015, le pays fait figure de confetti dans le commerce international. Les exportations de la Corée du Sud, tout juste deux fois plus peuplée, sont 228 fois plus importantes (520 milliards en 2016).

En clair, tout est à faire en Corée du Nord. L’ONU estime que 40% de la population est en “besoin d’assistance humanitaire”. Le pays manquerait de tout, sauf de l’envie de s’en sortir.

“Il y a un fort esprit d’entrepreneuriat, a confié aux Echos Ian Bennett, formateur en Corée du Nord pour une ONG de Singapour. Beaucoup des gens qui cherchent à développer de nouveaux concepts ont connu la famine des années quatre-vingt-dix et savent qu’ils ne peuvent plus compter seulement sur l’Etat. Ceux qui n’ont pas tenté de se débrouiller seuls sont souvent morts.”

La Chine, la Russie, et le Vietnam, actuels partenaires économiques principaux, semblent les mieux placés pour en profiter, mais les Etats-Unis ont marqué des points grâce à Donald Trump. Quand à la France, elle devra miser sur la francophilie des élites locales, dont beaucoup ont pu étudier en Suisse.

Projets sud-coréens

Mais quel que soit le projet économique, la Corée du Nord devra déjà bâtir des réseaux de transports dignes de ce nom, et importer toutes les technologies nécessaires, notamment pour l’exploitation minière.

En avril, lors du sommet réunissant les deux Corées, le président de la Corée du Sud a remis une clé USB à Kim Jong Un avec des suggestions de plans de développement. Ils imaginaient notamment la création d’au moins trois couloirs économiques reliant les deux nations pour ressusciter son industrie. Le Sud de la péninsule rêve aussi d’investir dans le réseau ferroviaire pour expédier sa marchandise par voie terrestre vers la Chine et la Russie.

Evidemment, comme la Chine des années 80, la Corée du Nord pourra compter sur une main-d’oeuvre très bon marché pour attirer les usines du monde entier.

Mais avant tout cela, Kim Jong Un devra se montrer capable d’apporter la base indispensable au développement d’une économie de marché: la sécurité juridique des investissements. Pas si simple, tant les prédations du pouvoir en place ont déjà fait beaucoup de tort à l’image du pays.

Les Echos citent notamment les déboires du groupe chinois Xiyang, qui a perdu des dizaines de millions de dollars dans une coentreprise avec l’Etat dans l’exploitation de minerai de fer, ou encore l’égyptien Orascom qui, après avoir bâti le premier réseau de téléphonie mobile du pays, s’est vu interdire de rapatrier ses gains.

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