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07/12/2018 12h:03 CET | Actualisé 07/12/2018 12h:03 CET

COP24: Pourquoi il est urgent de changer nos modes de consommation

"Nous devons cultiver, exploiter, répartir et consommer différemment les ressources alimentaires."

Spiderstock via Getty Images

CONSOMMATION - Hausse des températures, périodes de sécheresse prolongées, inondations à répétition, baisse des rendements agricoles, accès à l’eau de plus en plus limité... Le réchauffement climatique concerne tout le monde, partout, tout le temps.

De COP en COP, comme chaque année, plus de 190 représentants d’Etat se réunissent pour déterminer des feuilles de route communes visant à contenir l’augmentation de la température moyenne mondiale en deçà de 2 degrés, tout en s’efforçant de limiter cette augmentation à 1,5 degré d’ici la fin du siècle. A l’heure où à Katowice, en Pologne, la 24ème édition des Conférences des Nations unies (ONU) sur les changements climatiques permet de mobiliser l’attention du monde entier sur les défis environnementaux actuels et à venir, la grande ligne reste la même que lors des sommets précédents: collectivement, l’humain doit faire la différence.

Mais cela prend du temps. Même si un nombre croissant d’actions écoresponsables est réalisé ici et ailleurs, les experts sont unanimes: cela ne suffit pas! La planète n’attend pas! Elle avance à son rythme et dans cette course contre la montre, les Hommes tardent à suivre la cadence.

Selon un récent rapport publié par l’ONU, le réchauffement climatique devrait s’accentuer dans les prochaines années. Dans cette même étude, l’organisme pointe du doigt l’un des dommages les plus importants directement causé par ce phénomène: l’insécurité alimentaire.

D’ici 2050, nos sociétés devront être capables de nourrir plus de 9 milliards de bouches tout en faisant face à la raréfaction des ressources naturelles. Un défi qui englobe des secteurs aussi divers que la science, l’économie, l’industrie, l’agriculture… Mais aussi les habitudes et les modes de consommation de tous les citoyens du monde.

La sécurité alimentaire: une question de transition

Un nouveau rapport du Think Tank Momagri dévoile qu’à ce jour, 925 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, 98% vivent dans les pays en développement et 55% sont des agriculteurs. Ce sont donc paradoxalement ceux qui cultivent la terre et nourrissent les Hommes qui ne peuvent plus se nourrir. Deux raisons principales expliquent ce phénomène:

  • Dans de nombreux pays, l’activité agricole n’est plus rémunératrice. Conséquence, de plus en plus d’agriculteurs sont obligés d’abandonner leurs terres. Cette baisse de rentabilité est principalement due à la volatilité des cours agricoles, la baisse des cours sur les marchés internationaux, le démantèlement des politiques agricoles et la libéralisation non régulée du commerce international.

  • L’augmentation de la productivité agricole, importante sur ces 50 dernières années, est remise en cause dans certaines zones en raison des sécheresses, des changements de températures et de la montée du niveau de la mer. Alors même qu’en 2050, la demande globale d’aliments – boostée par le boom démographique actuel – sera 70% supérieure à celle d’aujourd’hui.

Dans ce contexte, il devient clair que la notion de sécurité alimentaire passe par celle de la transition alimentaire. Nous devons cultiver, exploiter, répartir et consommer différemment les ressources alimentaires. Pour les agriculteurs, compter sur une expansion réduite des terres agricoles et sur un accroissement de la productivité limité aux régions où les pratiques agricoles n’ont pas encore épuisé les sols est de mise. L’optimisation de l’agriculture est indissociable d’une utilisation efficace des ressources.

De nouveaux outils pour aider les agriculteurs à prendre les bonnes décisions

L’usage des outils d’aide à la décision apporte déjà des bénéfices concrets pour les agriculteurs. Ces systèmes utilisent des capteurs in situ, télé-direction, traitement de données et dispositifs d’autoguidage pour aider l’agriculteur dans ses prises de décision.

Exemple: sur un écran, des parcelles ensemencées sont affichées par couleur selon leur besoin en ressources. L’agriculteur peut ainsi contrôler l’adjonction d’intrants et l’irrigation selon la grille de diagnostic calculée par le système: état de la plante, température, historique de la parcelle. Cet outil n’a pas pour vocation de se substituer à l’homme mais de lui proposer des solutions reposant sur l’analyse des données et sur l’imagerie hyperspectrale ou multispectrale acquise en survolant les champs, capable de cartographier la zone de culture avec précision et d’offrir à l’agriculteur un niveau de connaissance jamais égalé.

Baptiste Bannier, directeur et expert Agribusiness chez PwC, commente: “pour rester compétitifs, les agriculteurs doivent innover dans leur mode de production. Les nouvelles technologies peuvent les aider dans ce sens. Les machines se chargent également d’exécuter les actions simples et répétitives pour que les Hommes puissent se pencher davantage sur des tâches à plus forte valeur ajoutée”.

Inventer de nouveaux modes de consommation

Si l’innovation agricole mobilise un éventail très large de technologies, elle ne s’y limite pas. Relever le défi de la sécurité alimentaire passe d’abord par la capacité à renouveler en profondeur les comportements, et en particulier, par une limitation drastique du gaspillage alimentaire.

Maladies, facteurs météorologiques, volatilité des prix, normes de calibrages, surplus de production... D’après une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA), les étapes de production, de manutention et de stockage des aliments sont responsables de 54% du gaspillage. Autrement dit, plus de la moitié des aliments qui finissent à la poubelle n’ont même pas atteint l’étape de la consommation. Cela peut changer!

Agir est urgent

A ce stade, outre les scénarios catastrophes qui mèneraient à des crises alimentaires récurrentes, les experts envisagent 3 scénarios possibles à l’échelle mondiale, qui peuvent se combiner:

  • “Un régime alimentaire sain” qui reposerait sur la diversification des productions agricoles, sur le changement des comportements alimentaires et la réduction des gaspillages.

  • “Une souveraineté alimentaire” qui consisterait à ce que chaque région développe sa propre stratégie de sécurité alimentaire en réduisant les échanges internationaux.

  • “Des circuits courts” qui favoriseront l’agriculture familiale; les échanges entre les zones rurales et urbaines sont renforcés.

Triste projection de l’ONUAA: aujourd’hui, un être humain sur neuf est sous-alimenté. L’objectif Faim Zéro de 2030 s’éloigne chaque jour un peu plus. L’année dernière, pour la troisième année consécutive, la faim dans le monde a progressé. Pour changer la donne, nous devons réagir collectivement, repenser nos façons de produire et de consommer, et financer la digitalisation du secteur agricole nécessaire pour que l’offre d’aujourd’hui puisse répondre à la demande de demain.

Soyons exemplaires et tête de file dans la mise en place de solutions qui allieront production, distribution et consommation responsable.