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06/08/2018 16h:36 CET | Actualisé 06/08/2018 17h:01 CET

Contre Youssef Chahed: Jusqu’à quand abuseras-tu de notre patience?

En 12 points, je vais détailler pourquoi changer de chef du gouvernement relève de la dignité nationale et du crucial avenir du pays

AFP Contributor via Getty Images

Les mois précédents ont connu une chute abyssale dans la confiance au gouvernement, non seulement par les citoyens mais encore par la classe politique. La question qui a occupé et occupe encore la nation ne devenait plus “plus d’effort ou quel espoir pour servir la Tunisie”, mais “combien, pourquoi et comment une personne parachutée il y a deux ans à la tête du gouvernement tunisien, sans autre états de services particuliers avant d’être ministre mis à part peut-être être jeune et être proche parent du président, va s’accrocher à son poste malgré des résultats désastreux”? Les dernières semaines ont contre toute attente accouché d’un statu quo après une paralysie du processus d’union nationale de Carthage et l’indignation généralisée de l’opinion publique eu égard aux difficultés croissantes du pays.

Ainsi, Youssef Chahed se maintient, indirectement appuyé suite à la reconduction tacite de son équipe à l’Assemblée des représentants du peuple, c’est-à-dire les représentants de tous les citoyens, laissés pour compte de manœuvres politiques (avec un petit p). En 12 points, je vais détailler pourquoi changer de chef du gouvernement relève de la dignité nationale et du crucial avenir du pays, et comment l’enjeu dépasse l’égoïsme d’une personne aux manettes, qui s’abreuve de patience et d’inaction: 

1- Le constat premier est une dégringolade continue de la société tunisienne sur le plan social, économique, technologique, politique, diplomatique ou culturel. Nous ne reconnaissons pas cette Tunisie! C’est une conséquence directe de l’inaction du gouvernement et le verdict d’échec de sa mission depuis 2 ans. Pourtant, dans le cadre de l’accord de Carthage, la feuille de route était claire (principalement stabilité politique et prospérité économique) et le consensus réalisé autour de réformes et de priorités. On n’en a rien fait, et on a préféré charger le pays d’invectives et d’ambitions personnelles. Si le chef du gouvernement a failli dans une mission à laquelle aucun de ses prédécesseurs n’a failli aussi superbement, il est temps qu’il s’en aille, parce qu’il ne s’agit plus de son confort ou de sa détermination ou de sa vision, il s’agit des finances d’un pays, de la misère d’un peuple et du destin d’une nation.

2- Le mécanisme du maintien de Youssef Chahed tranche avec la tendance depuis 7 années certes pas si prospères mais dignes du succès de l’auto-détermination par les urnes et la transparence. En effet, dans ce maintien, on ne reconnaît pas la démocratie participative à laquelle le citoyen tunisien aurait pu et dû donner son avis, et qui faisait de lui le personnage central de la vie politique: c’est lui qu’on sollicite, qu’on drague, c’est lui qu’on manipule si l’on souhaite, mais c’est lui qui décide et consent par cet apprentissage nouveau de la démocratie, à travers l’opinion et les remous sociaux. La saga Youssef Chahed a été de son début à sa prochaine fin des manigances de couloirs et de cabinets! Du coup, le consensus politique qui assurait la stabilité des institutions et le relatif positivisme a accouché d’une situation anormalement stressante sur le plan de la démocratie et des institutions. Tous ont demandé son départ, du président aux chefs de partis, en passant par l’opinion publique et par les médias; pourtant il est là, joyeux de sa victoire à la Pyrrhus! Youssef Chahed serait comme un locataire dérangeant, qui ne paie pas ses loyers et qui génère des dégâts; malgré cela il lutte bec et ongles non seulement pour préserver son logement mais encore pour diriger l’immeuble. Le consensus qui a amené Youssef Chahed au pouvoir n’existe plus, sa fonction est donc caduque. Pis encore, son maintien crée des remous terribles au sein de tous les partis et institutions, il génère le blocage du dialogue et de la décision de l’autorité publique que l’on voit dans le champ de la santé publique ou de la sécurité intérieure. Ce n’est peut-être qu’un début de la périclitation de notre démocratie!

3- Le népotisme apparent qui caractérise ce pouvoir (un papa président, un fils chef de premier parti et un cousin par alliance relativement proche chef du gouvernement) doit cesser. Quelles réalisations majeures particulières ont donné la légitimité à Youssef Chahed de diriger un gouvernement et de donner l’espoir à des millions de vies d’aujourd’hui et de demain, et de justifier ainsi de possibles résultats remarquables? Est-ce son brillant parcours? Son militantisme pour les valeurs chères à la nation révoltée? Son expérience de la direction des hommes et des institutions? Rien de tout cela! Je ne pense pas qu’il soit polytechnicien, économiste, meneur d’hommes ou professionnel de renom pour mériter l’éloge de la République aussi tôt dans sa carrière, et hériter d’une responsabilité si lourde. Je ne pense pas non plus que sa jeunesse ait donné un souffle d’espoir à la jeunesse de son pays; elle n’a servi que lui-même et a installé avec elle une certaine petitesse dans la vie politique. Non, en réalité, il ne doit sans doute sa place que parce qu’il est proche du pouvoir, parce qu’il a donné l’impression de dynamisme et de loyauté. D’étudiant en sciences agronomiques, au parcours relativement mystérieux, on le retrouve très jeune ministre propulsé par cooptation, puis politique ambitieux prêt à bousculer ses anciens soutiens pour s’installer dans le fauteuil du pouvoir.

Ce népotisme et ce manque de références cruciales ont résulté en une gouvernance chaotique et un bilan désastreux. La révolte des braves tunisiens, qui, pour certains ont laissé la vie, d’autres des parcours, prend la forme d’une arnaque. On a manifesté pour plus de travail, de conditions de vie meilleures et de la dignité en démocratie, voilà qu’une famille prolonge le règne beylical, soutenus par argentiers, communicants et courtisans, voilà que les mesures prises ne sont pas destinées à la masse de millions de tunisiens déshérités, mais aux privilégiés, toujours plus privilégiés. Ce ne sont pas les os à ronger qu’on leur lance, et évergétismes de misère intellectuelle ou morale, comme l’annonce de nouvelles libertés pusillanimes, ou la revue faiblarde de la juridiction de l’égalité, ou autre mesure de fortune – pour faire mousser l’audience électorale – qui font oublier les principes fondateurs que sont la liberté, l’ordre et la justice, valeurs cardinales indivisibles et garanties par la constitution mais bafouées par les plénipotentiaires.

4 - Les affaires à répétition de ce gouvernement font planer le doute sur l’inadéquation éthique de façon générale. Les dernières en date, relatives à l’ingérence de la Grande-Bretagne pour redorer l’image du gouvernement sont d’une nature scandaleuse – on peut s’indigner qu’on n’ait donné aucun éclairage transparent à la nation de cette révélation car il s’agit au moins d’intelligence avec une souveraineté étrangère et peut-être de manipulation de l’opinion publique. La corruption, contre laquelle Youssef Chahed doit lutter, est toujours soigneusement cachée, par nature. Peu d’éléments de preuve refont surface juridiquement, car il n’est de l’intérêt ni du corrupteur ni du corrompu de laisser des traces de telle manière à ce que lumière soit faite sur leurs agissements criminels un jour. Alors quand quelques bribes de scandales font surface, l’opinion doit comprendre que les crimes sont infiniment plus profonds. Si untel a reçu une Rolex, c’est que quelques millions ont transité au bénéfice de nombreux comptes bancaires. Si la proche d’untel a été promue à un poste ronflant, c’est qu’une cohorte de proches a indument bénéficié d’avantages, de privilèges et de fonctions. Si un ministre est limogé c’est qu’il n’est sans doute plus qu’une brebis insoumise dans un clan d’adulateurs prêts à recueillir le pouvoir pour leur chef de clan. Ab uno disce omnes (Et qu’un seul vous apprenne à les connaître tous) !

5 - La Tunisie mérite mieux qu’un Iznogoud. Regardons de plus près: Youssef Chahed est un mauvais candidat à ce poste. Le constat est a posteriori évident, alors que la sagesse aurait dû alerter aussi bien sur ses qualités que sur ses risques: il est mauvais communicant, mauvais décisionnaire, mauvais leader, mauvais visionnaire entre autres. S’il a été bon, ce n’est que dans le consensus autour de ses résultats humiliants pour la Tunisie.... Ce constat est d’autant plus dérangeant que le caractère expansif et téméraire d’un jeune peut certes apporter de la rapidité dans la décision et l’exécution, mais risque aussi de trouver dans une démocratie embryonnaire le terreau de son expression despotique. La Tunisie a connu cela par le passé avec Ben Ali, et le monde se souvient des phrases prémonitoires de l’ambitieux Napoléon Bonaparte: “Il faut qu’une constitution soit courte et obscure. Elle doit être faite de manière à ne pas gêner l’action du gouvernement”. La Tunisie a plutôt besoin de vrais économistes, de vrais leaders élus par la nation, de vrais spécialistes du développement, des gens à la probité au-dessus de tout soupçon, qui ont fait de longues armes dans la gestion de la chose publique, et non des parachutés de bas de velours vers des draps en soie.

6- Personne n’apprécie les trahisons. Or Youssef Chahed semble s’être retourné contre des membres de son parti, contre ses alliés, contre son président, contre d’autres partis qu’il a voulu phagocyter en divisant les élus. À défaut d’avoir transformé la Tunisie de pays en difficulté en un pays sur le chemin du progrès, il aura au moins réussi une transformation inattendue: de l’image lisse d’un jeune dynamique et loyal à son aîné, il est devenu un politicien suffisant et arrogant, dont le déni de la réalité et le manque de charisme n’ont d’égal que le nombre de critiques et de poignards lancés à ses anciens soutiens…Il n’y a certainement pas de mal à cela, surtout si on ambitionne une très grande récompense, mais les méandres de la vie politique et les exemples de Judas malmenés par leurs desseins inavoués devraient donner à Youssef Chahed des éléments de réflexion pour l’image du gouvernant qu’il souhaite construire. Et s’il est assoiffé de pouvoir et lorgne légitimement sur 2019, qu’il lâche le poste décerné par un accord caduc et prépare son échéance comme Valls ou Macron l’ont fait récemment en France, mais qu’il ne prenne pas ainsi le pays en otage. Du reste, ses soutiens du moment, dont personne ne comprend réellement le calcul politique, devraient garder soin de se retrouver dans l’embarras, car “l’homme est sot, quoi qu’on fasse pour lui, il est ingrat”.

7- Pour se maintenir et garder la main sur la chose publique, Youssef Chahed axe sa communication autour de 2 faits discutables: son bilan économique et l’intervention désastreuse de ses adversaires pour la stabilité politique. En quelque sorte, lui a raison, les autres ont tort. Naturellement, Youssef Chahed n’a jamais été élu mais a gagné à la loterie; alors faute de bilan, son arme principale demeure la communication! Or une analyse plus fine des chiffres qu’il avance les met en contradiction avec les difficultés économiques et le malaise des citoyens. Par ailleurs le respect des règles de fonctionnement d’un gouvernement aurait dû lui imposer la réserve politique de ne pas prendre en otage la nation pour régler un différend avec la direction de son parti (quand bien même elle est en difficultés avec son électorat), d’autant plus qu’elle est en cohérence avec beaucoup d’autres formations politiques. Le chef du gouvernement est sorti de ses prérogatives et aurait sans doute mieux fait d’annoncer des mesures tangibles pour les citoyens plutôt que de faire de la politique!

8- Le gouvernement actuel se caractérise par le manque surprenant d’étoffe, de panache et de charisme de certains ministres, placés en des lieux inconfortables pour mieux mettre en valeur leur chef peut-être. En comparaison avec certaines fiertés nationales dont peut s’enorgueillir le gouvernement Jomaa, fait d’indépendants, le jeu politique a fait entrer des personnalités dépourvues de leadership, de communication et surtout de résultats dans lesquels se reconnaît le citoyen. Ne cherchons pas plus loin l’origine des difficultés du pays, car la faiblesse atteint sa tête et les mécanismes qui devraient faire avancer la nation et lui redonner de l’espoir. Certains évoquent un terme plus fort: la médiocrité. C’est un adjectif nouveau pour désigner les hauts responsables de l’État, qui de tout temps depuis 1956 ont été tour à tour des leaders militants reconnus, ou des hauts fonctionnaires au long parcours prestigieux dans les administrations publiques ou plus récemment des personnalités au parcours dans le privé long et élogieux après des études brillantes. Le gouvernement Youssef Chahed ne représente pas toujours le modèle le plus éloquent de la méritocratie et de la compétence.

9 - La situation de blocage vient largement du type de régime et des institutions qui forment le pouvoir tunisien, et qui donnent à Youssef Chahed l’opportunité d’exploiter les failles du système pour s’improviser homme fort, alors qu’il n’a jamais été élu, ne représente pas un parti et encore moins une nation. Pour fuir un excès, les Tunisiens sont tombés par maladresse dans l’excès inverse. Ainsi, voulant fuir l’abus d’un régime présidentiel fort, ils ont donné plus de présence à des contre-pouvoirs tels l’Assemblée des représentants du peuple et à l’exécutif que dirige le chef du gouvernement. In fine, entre ces 3 institutions, dont deux seulement sont élues par suffrage, personne n’est responsable des résultats, tandis que tous les trois sont indépendants pour tirer le pouvoir et les budgets vers eux-mêmes, selon des prérogatives interprétées à leur guise. Pourtant les institutions sont seules garantes de la démocratie, et on devrait pouvoir s’en sortir sans hommes et sans leadership ou presque si les institutions avaient suffisamment de poids dans le fonctionnement de l’État. In fine, le parlement est marginalisé, ne débat pas et ne fait qu’avaliser des discussions de peur d’être antipatriotique, et sous la sainte férule des positions improvisées des partis. Youssef Chahed, chef du gouvernement, qui devrait être l’exécutant de la politique d’union nationale, convenue par les partis et par le président, ne se retrouve jamais soumis aux suffrages et à l’opinion publique; il peut être indéboulonnable si aucun mécanisme juridique n’est actionné. Ainsi, la fonction du chef de gouvernement devrait sinon disparaître pour laisser une équipe renforcée autour du président élu sur son programme et responsable face à l’Assemblée des représentants du peuple, du moins être ajustée pour devenir l’exécutant d’une politique dont il est co-responsable devant la grogne sociale.

10- Dans quelle direction se dirige le pays? Selon un sondage récent, 4 Tunisiens sur 5 pensent que la Tunisie s’engouffre dans la mauvaise direction. Ils sont naturellement sensibles aux annonces économiques désastreuses et politiques scandaleuses régulièrement assénées comme si confier ses affaires à Youssef Chahed ressemblait désormais à ouvrir une boîte de Pandore. À ce jour, l’Indice de Développement Inclusif du World Economic Forum donne une Tunisie à la 69ème place sur 105 pays analysés avec une tendance négative sur l’inclusion et la richesse inter-générationnelle. L’inflation prend un envol à 7.8 %, tandis que le TMM est ajusté à 7.25% pour faire frissonner tous ceux qui voient leur pouvoir d’achat se réduire comme peau de chagrin tous les mois. Le déficit de la balance commerciale s’aggrave à 8.2 Milliards TND contre 7.5 Mds à la même époque l’année précédente. L’année 2017 s’était clôturée à un déficit record de 15.5 Mds, qui sera vraisemblablement dépassé cette année. Les inégalités s’aggravent sans doute aussi. Pourtant, influencé par ses conseillers en communication, Youssef Chahed annonce la croissance de l’exportation en oubliant de mentionner que les importations en devise augmentent encore plus, et que tout cela est principalement dû à la dépréciation du dinar ou à la conjoncture de la production d’huile, donc rien de réjouissant mais plutôt inquiétant. Le Tunisien reconnaît aisément les techniques de mirages qu’on lui vendait dans les médias lors de la sinistre époque Ben Ali, alors que sa situation se dégradait et que le monde ou les voisins avançaient vers des contrées ambitieuses. Une chose est certaine: bon nombre d’économistes ne voient pas d’issue, de stratégie de développement et de réformes économiques pour envisager une transformation nécessaire de l’économie tunisienne, qui vit encore selon le même prisme économique et juridique que celui des années 70. À ce rythme, l’Euro atteignant la barre des 4 dinars pourrait être une réalité à l’été 2019. Les dettes s’amoncelant, son service étouffera le pays et les finances publiques, la Tunisie fera défaut sur sa dette extérieure et l’austérité détruira ce qui reste de son système d’éducation, de santé ou de transport, déjà en piteux état. Le mauvais bilan de Youssef Chahed met en lumière la complexité et la dangerosité de la gouvernance.

11- Désormais, le hold-up politique de Youssef Chahed et de son clan relève du possible et est un des scénarii que tout un chacun doit envisager. Son avènement rappelle celui d’un précédent homme fort de la Tunisie, qui, venu comme la providence en homme de la situation, eut besoin de moins de deux ans pour renverser un système et devenir tyran adulé. Cet épisode du passé doit faire douter une potentielle mainmise sur le pouvoir. Sans avoir jamais été élu, donc ne représentant stricto sensu personne, le voilà dans le bon fauteuil pour rassembler amitiés, soutiens et médias. Il tient déjà tête à beaucoup de pouvoirs légitimement sceptiques. “Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter!” dit-on souvent. Doit-alors prendre le risque de lui donner encore du temps pour l’observer régner encore 20 ans?

12- La critique est facile opposera-t-on? Mais la critique est avant tout pour rappeler les dépassements et les scandales. Si l’on n’est pas capable de diriger le pays dans la bonne voie, on ne doit pas aspirer à ce rôle, si on n’est pas capable de discuter avec les parties prenantes (syndicats, partenaires étrangers, etc) et de gagner un accord pour la nation, c’est qu’on n’a pas le caractère ou l’expérience requise, bref on n’a pas sa place. Quand on n’est pas capable de rallier autour de soi plus de 20 députés à qui on promet peut-être avantages, c’est qu’on n’est pas la bonne personne pour exécuter le plan de sortie d’union nationale. Si on n’est pas capable d’améliorer de manière substantielle la vie des Tunisiens et de lutter pour la souveraineté nationale, on n’est pas la bonne personne pour diriger cette destinée qui obligerait quiconque à la recherche de la gloire de sa patrie. Si on endette substantiellement les générations futures, et qu’on n’est pas capable en 2 ans de projeter un plan économique, on n’a rien à faire dans ce rôle. Si on n’est pas capable de rassembler autour de soi une équipe solide, on n’est pas un chef. En réalité, ainsi décrit-on la personnalité de l’homme politique qui doit être nommé à la tête du gouvernement: un élu du peuple, leader, qui fait le consensus, qui a le sens du service public, qui fait la part belle à l’économie et à la question sociale dans son exercice, qui n’a pas d’ambition politique plus que celle de servir son pays et les millions de Tunisiens haletants à une lueur d’espoir de leurs malheurs qui s’accumulent.

Conclusion

Si on a décerné à la Tunisie un prix Nobel de la paix, c’est justement parce que des groupes hétérogènes ont mis de côté leurs divergences et se sont accordés pour le bien supérieur de la nation. L’audace de Youssef Chahed met peut-être ce processus en danger par une interprétation égoïste de l’exercice gouvernemental; il engage la Tunisie dans un passé peu glorieux avec des résultats en deçà des attentes.

Si cela ne suffit pas à convaincre un être rationnel, que les anges prient pour la Tunisie et que les puissances étrangères se régalent d’une nation qu’on étouffe et qui ne vaudra même pas l’argent de son cercueil. En attendant, il est un devoir des citoyens et des institutions de protéger notre bien précieux: la démocratie. Le sang des martyrs qui orne le drapeau national devrait rappeler à chacun son prix qui nous oblige tous!

Le citoyen Tunisien est beaucoup plus concerné par la gestion du pays que ne le pense ce gouvernement, dont beaucoup de membres, arrivés là sans doute par mérite personnel mais peut-être aussi par amitiés, arrangements ou calculs, ne représentent alors que le microcosme ou le particularisme dont ils sont issus. Il y a beaucoup trop de Bouazizi sur les 163610 km² de la Tunisie: des gens qui n’ont rien, qui ont souffert et qui continueront à souffrir, des gens dont l’ensemble de la classe politique ignore l’existence et s’indignerait qu’un être humain puisse encore vivre sans les bases d’une vie à peine décente en 2018, sans électricité, sans eau courante, sans respect, sans travail, sans voix, sans toit, sans propriété, sans transport, sans perspectives et en décalage avec ce qu’on observe avec soit émerveillement soit dégoût dans les médias. La nation Tunisienne attendait un pouvoir d’achat et une meilleure qualité de vie plutôt qu’un débat autour du pouvoir politique particulier.

Le 3 août justement, la nation tunisienne a commémoré comme une seule personne et avec toujours autant d’émotion et de gratitude sincères la naissance d’un gouvernant qui a quitté le pouvoir il y a plus de 30 ans et qui par un engagement sincère a participé à porter la Tunisie vers la dignité. Malgré ses dérives de fin de règne, l’œuvre et l’impact de Bourguiba ont été tellement positifs, et ont porté de l’espoir et de la gratitude par un leadership transformationnel apaisé. La Tunisie a besoin du charisme et du courage d’un tel leader éclairé, qui aime la Tunisie et les Tunisiens, qui se reconnaît en elle et qui se reconnaît en lui. Ces personnalités vertueuses et au potentiel remarquable sommeillent en chacun des enfants de la patrie. Les défis graves de la Tunisie demandent désormais une telle personnalité aux manettes pour que les générations futures trouvent une belle et fière Tunisie en héritage.

Pour lui laisser la place, Youssef Chahed doit partir!

Note de l’auteur: Cet article est l’opinion d’un citoyen libre penseur, qui n’est pas impliqué en politique et qui utilise seulement le bon sens et l’observation pour manifester un droit essentiel à la vie démocratique. L’opinion n’a jamais fait un expert mais le débat d’idées est un exercice légitime et salutaire. L’article emprunte son titre à Cicéron qui a pris la parole au Sénat Romain pour dénoncer les agissements de Catilina. Sa tirade célèbre signifie désormais la lutte des institutions démocratiques contre les abus et la soif égoïste du gouvernant.

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